Gilles LAPORTE




Biographie

1945 : Igney (Vosges), village de la vallée de la Moselle, naissance dans la maison paternelle du deuxième enfant de Paul Laporte et Louise Lamesch. Il sera prénommé Gilles Paul Louis. Ses parents travaillent « chez Boussac » : mère ouvrière de filature, père (devenu au mérite)… contremaître de préparation-filature.

1952 : Juin. Sur l’estrade de la salle des fêtes, le petit Gilles interprète Basile avec la classe de Madame Yungen : « Où vas-tu Basile, sur ton grand cheval perché… ». Puis il reçoit en fanfare (pompiers, maire, curé, postier, drapeaux tricolores, discours…) le premier prix de lecture : une édition illustrée du Don Quichotte de la Manche de Cervantès. Ce livre mythique l’impressionnera fortement. Il le lira, relira, en tirera la passion définitive du combat contre tous… les moulins à vent de la planète, et le besoin vital d’écrire pour, à son tour… raconter de belles histoires !

1954 : Octobre. Mort de sa grand-mère paternelle. Femme condamnée par la pauvreté de ses parents paysans à une vie d’éclusière sur le Canal de l’Est alors qu’elle rêvait d’une vie d’institutrice, elle s’était constitué une bibliothèque clandestine. Lire était mal vu dans ce monde ouvrier, considéré comme… loisir de fainéant ! Peu de temps après son enterrement, ses oncles avaient découvert les livres, les avaient jetés dans le verger, puis… brûlés. Gilles avait assisté impuissant à l’autodafé en ravalant ses larmes et jurant secrètement que, toute sa vie, il s’efforcerait de remplacer ces livres détruits !

1955 : Août. Après une nuit d’un train débordant de gamins Boussac, Gilles arrive au château de Port Breton, à Dinard… la colo ! Durant le voyage (première découverte), il a dévoré le pot de rillettes et le soda de la ration Boussac, aperçu (deuxième découverte), malgré les escarbilles dans les yeux… la Tour Eiffel et le dôme des Invalides ! Enfin, un mois durant, il va (troisième découverte) vivre la vie collective et (quatrième découverte) fréquenter… la mer ! Avec, au fond, un vague sentiment de culpabilité : pourquoi sa grande sœur Marcelle (déjà tisserande chez Boussac) et ses parents ne sont-ils pas avec lui ?

1957 : Septembre. Avec un copain du village (ils sont deux cette année-là à entrer en 6ème), il arrive au collège de Thaon-les-Vosges, une vraie deuxième « famille » ! Il y apprendra tout avec des professeurs rayonnants (A. Bonté, M. Levieux, P. Deschaseaux, A. Brunier, M. Minard…), du latin aux lois de l’optique, en passant par la fermentation de la levure de bière, les secrets de l’algèbre, les règles de perspective et les couleurs complémentaires, même… l’allemand (M. Renard), langue qui brouille toujours le regard de son père, des années après son « voyage de tourisme » (ce sont ses mots) en Allemagne, en… 1940 !

1958 : 15 juin. Jour de Communion Solennelle en l’église d’Igney fraîchement décorée par le beau peintre Humberto Celotto, prix de Rome 1934. La retraite de communion dans les décors de La Belle au bois dormant sur la scène du théâtre paroissial (seul local disponible) lui avait permis une semaine durant d’approcher la liturgie et… d’apercevoir les mollets troublants des filles ! Sa grand-mère maternelle lui offre un missel quotidien et vespéral marqué de ses initiales en lettres d’or, et son parrain… la montre !

1961 : Juin. Malgré le trac, il décroche son Brevet Élémentaire du Premier Cycle, une vraie épreuve en ce temps-là. Ses parents se saignent aux quatre veines et lui offrent… une mobylette ! Commencée avec le Certificat d’Études Primaires, en 1959 (il a dû chanter La Fontaine aux oiseaux, la longue période des examens ne s’achèvera que bien plus tard, à la Faculté des Lettres de Nancy, avec les épreuves de Licence de Philosophie sous la conduite inspirée du remarquable Maître Raymond Ruyer. Entre temps, il aura surmonté l’écueil des deux Baccalauréats (un seul, aujourd’hui, du niveau de sortie de maternelle !) et… le Conseil de Révision : à poil devant les maires du canton et les autorités civiles et militaires qui devaient choisir les futurs soldats… bien faits ! Bon pour le service armé et… les filles ! Quelle fête, une semaine durant, dans les rues du village, en cocardes, rubans tricolores, chansons à boire et à bais… Une initiation d’hier qui valait bien… les actuels incendies de voitures !
Dès le lendemain de ses seize ans, il était devenu ouvrier-esclave chez Broutchoux, conserves-confitures à Gripport, pour gagner de quoi poursuivre ses études. Il y passera désormais toutes ses vacances, complétant avec la SNCF, et une activité de… « chasseur » à l’Hôtel des Sources de Contrexéville (portant, à s’en casser le dos, les malles de grands bourgeois, hauts fonctionnaires et ministres de la République… avares et condescendants). Son militantisme dans les rangs des Jeunesses Communistes plongera ses racines dans ce terreau fertile !En Afrique : Bouaké, 1964


1964 : Juin. « Si tu as ton Bac, lui avait dit son parrain, je t’offre le voyage ! » Il travaillait et vivait en… Côte d’Ivoire ! Bingo ! Une semaine après les résultats officiels, Gilles prenait le train, l’avion (un gros DC10), un autre avion (un petit broussard), et atterrissait à… Bouaké ! Pour y prendre la pleine mesure des… mensonges d’État ! Pillée, méprisée par les blancs, l’Afrique qu’il découvrait n’avait rien à voir avec celle de ses livres d’école ! Une autre planète… à des années lumière ! Il lui en restera une colère définitive contre le colonialisme, et une profonde méfiance envers les discours officiels et les manipulations de l’histoire par… les vainqueurs d’un jour ! En même temps qu’un inébranlable respect du bel Esprit africain. Il estime que nos parleurs de l’environnement devraient s’en inspirer !
Au retour, sur le paquebot Foch (le voyage Abidjan-Marseille durera 11 jours), il rencontre Cindy, la fille de Marie-Louise Cullum, la secrétaire du docteur Schweitzer dont la pensée l’a bouleversé dans le livre À l’Orée de la forêt vierge tiré autrefois de la bibliothèque de l’école primaire. Cindy rentre de Lambaréné où elle a vécu quelques années. Le bateau file au large. Ils sont accoudés au bastingage… elle a seize ans… elle est très belle… elle lui raconte la vie là-bas du Grand Sorcier blanc, tandis que les poissons volants jaillissent par vagues de l’océan. Elle le met en relation avec lui. En naîtra une trop brève correspondance interrompue quelques mois plus tard par la mort du Prix Nobel de la Paix. Il n’oubliera jamais cette rencontre !


1965 : Octobre. Après une année d’égarement chez les juristes, il entre dans les ordres philosophiques pour y prononcer des vœux perpétuels. Ses maîtres de l’Université de Nancy sont prestigieux : le Vosgien Ruyer (déjà cité), Vallin, Vax, Grossin, Hatzfeld… le passionnent. Avec eux, il plonge dans la Bhagavad Gita, dévore les Upanishad, rencontre Platon, tente de suivre Sartre, et analyse l’autre Vosgien Durkheim. Ruyer sèmera en lui les graines d’une curiosité sans bornes (le curé lui avait pourtant dit qu’elle n’était qu’un « vilain défaut » !). L’Éducation Nationale le reçoit alors. Il y sera pion, adjoint d’enseignement, puis maître auxiliaire. Survient … avril 68, et… la parution de son premier recueil de poésie ! Mais Nanterre est déjà chauffée à blanc par la tignasse rouge de Cohn-Bendit : Mai 68 éclate !

1968 : Mai. Dès les premiers jours, convaincu que le peuple pourra museler les marchands au pouvoir, il se lance dans l’action. Représentant des étudiants salariés à la Faculté de Nancy, il anime à Épinal le mouvement lycéen et étudiant et, en compagnie d’un brillant professeur de Lettres, son ami Jean-Marie Naudin, rassemble toute la jeunesse en divagation de rues sur la pelouse du parc du château. Le temps de ce printemps est superbe. Ensemble, Jean-Marie et Gilles invitent collégiens, lycéens et étudiants à partager leur passion pour les grands auteurs. On lit à haute voix Rousseau, Montaigne et Voltaire… on déclame Rimbaud, Verlaine, Hugo, Mallarmé et Aragon… on chante Ferré, Ferrat, Brel, Brassens et Félix Leclerc… puis on descend en ville pour la manif. Oui, le monde est bien en train de changer ! Mais il ne changera pas ! De Gaulle se fera anesthésier, tromper, puis doubler par sa droite imbécile et dure. Pour pouvoir partir en vacances, le pays acheté par Grenelle offrira au Chef de l’État, quelques jours plus tard, une assemblée de… Godillots. Mais le fil est rompu. Le Général ne s’en remettra pas. Jean-Marie non plus ! Rentrant d’une perm., il approche de Belfort où il effectue son service militaire. Que s’est-il passé dans sa tête ? Il arrête sa voiture en lisière de forêt, raccorde l’échappement à l’habitacle. Sa femme et ses enfants poseront sur son corps quelques vers de Victor Hugo ! Que ceux qui, aujourd’hui, sortant du Mac Do les lèvres grasses, ou siégeant dans les palais de la République, bavent sur Mai 68… tentent de s’en souvenir !

1970 : Août. Son sursis expire. Servir la Patrie : oui ! Mais… ne pas subir ! Gilles choisit de se porter volontaire pour l’École d’Officiers de Réserve de l’infanterie (EOR). Après une préparation intensive de deux mois (il a toujours pratiqué le sport, notamment l’athlétisme) au 92ème RI de Clermont-Ferrand, il rejoint l’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr à Coëtquidan (promotion Guy de la Rigaudie) dont il sortira aspirant pour… rentrer dans les Vosges, au légendaire 170ème RI (ex 149ème RI - Les Hirondelles de la mort de 1914-18) où il prendra le commandement d’une section d’instruction. Sa plus importante occupation : préparer des recrues bretonnes au… Certificat d’Études Primaires ! Il est aujourd’hui… capitaine honoraire.

1971 : Septembre. Retour d’armée. Le malaise qui engourdit le monde éducatif après Mai 68 l’insupporte tellement qu’il renonce à la carrière d’enseignant. Alors, pour faire bouillir la marmite (il est marié, père d’une petite Sophie que rejoindra bientôt une petite Virginie), il retrouve durant quelques mois ses bleus (de travail et à l’âme !) d’ouvrier. Livreur de boissons et combustibles, en attendant de devenir… assureur (chargé de production et formation), cadre de l’industrie (directeur de Formation et Recrutement), puis cadre de l’Agriculture (directeur Formation-Communication-Tourisme). Sa curiosité naturelle (toujours elle !) le poussera dans toutes les filières socio-économiques de notre société dont il connaît maintenant bien des rouages (y compris des crimes : au moment de la catastrophe de Bhopal, en Inde - 3 décembre 1984, un nuage de méthyl-isocyanate tue plusieurs milliers de personnes en quelques heures -, il est cadre de la multinationale états-unienne responsable : Union Carbide Corporation).
Services-Industrie-Agriculture : toujours comme pédagogue et spécialiste des relations au travail (il occupera dans ce domaine des responsabilités nationales)… toujours près des personnels que, de son altitude, le patronat qualifie de… base.
Cette carrière professionnelle prendra fin en septembre 2005. Ayant accumulé tous les trimestres de cotisation nécessaires pour faire valoir ses droits à… libération, il s’immerge tout entier dans sa passion de toujours : raconter des histoires (de préférence des histoires de l’Histoire) et… remplacer les livres brûlés de sa grand-mère !


1972 : Prix d’Honneur des Poètes Lorrains (Mots d’Aimer).

1978 : Chef de centre de recrutement et formation, au sein de l'entreprise Viscora à Thaon-les-Vosges.Avec Henri Vincenot en 1983.

1983 : Après des poèmes, deux pièces de théâtre, un conte pour enfants, publication à compte d'auteur du premier roman. Il reçoit le Prix Émile-Moselly pour une nouvelle intitulée Les Étoiles de Plaimont.

1984 : Prix Erckmann-Chatrian pour Le Moulin du Roué.

1990 : Directeur de la communication, de la formation et du développement touristique au sein de la Chambre d'Agriculture des Vosges.

1996 : Président de l'Union des Écrivains vosgiens depuis 1993, il démissionne en septembre.

1997 : Prix Plume de Vair et Prix de l'Académie Stanislas, pour Les Dernières violettes de La Mothe.

2005 : Septembre. Depuis quarante ans il écrivait chaque matin, dès cinq heures, avant d’attaquer sa journée de salarié. Désormais, il écrit… chaque matin, et toute la journée, entre deux ressourcements en campagne, ou deux toiles qu’il exécute à l’huile (il pratique aussi l’aquarelle, fruit de la passion partagée de son beau professeur de dessin Marcel Levieux) dont il a reçu une partie des secrets de son frère en création et ami fidèle, le peintre vosgien Pierre Didier. Il a toujours aimé les peintres, ceux d’hier : Victor Guillaume, Jules Bastien-Lepage, Emile Friant, et notre beau graveur, son complice André Jacquemin. Et les vivants, ceux que la passion de créer tient encore dans ses filets et que l’officielle muséographie jacobine repousse loin des cimaises publiques : Paul Flickinger, Michel Colin, Christian Arnould, Pierre Didier, Jean Davo, Olivier Claudon, et l’éternel amoureux de la Colline Inspirée, son copain d’enfance Alain Hazemann…
Pourquoi ? Mystère !


2007 : Novembre. Il parle à son ordinateur (hier, c’était au porte-plume), lui proposant de relayer ses mots jusqu’au… lecteur. Travaillons, lui dit-il, travaillons, travaillons ! Non, le travail n’est pas une malédiction ! Les Écritures de ces hommes-là (peu de femmes, en vérité !) qui voulaient nous tenir en état de subordination nous mentent !
Le travail, au contraire, est un bonheur !
Écrivons, lisons, engageons-nous et…aimons !
Le travail est… équilibre, conscience, amour et liberté !

Aujourd’hui, ce matin… la vie continue simple et tranquille / Cette paisible rumeur-là vient de la ville !
Le ciel est par-dessus le toit…

Cela est un commencement !


1945 : Igney (Vosges), village de la vallée de la Moselle, naissance dans la maison paternelle du deuxième enfant de Paul Laporte et Louise Lamesch. Il sera prénommé Gilles Paul Louis. Ses parents travaillent « chez Boussac » : mère ouvrière de filature, père (devenu au mérite)… contremaître de préparation-filature.






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