La Lune seule le sait

  • Johan Heliot|
  • 2000 | 1er roman publié

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Date et lieu

En 1889, à Paris.

Sujet

Printemps 1889. Un vaisseau hybride de chair et de métal fait irruption dans le ciel de Paris, stupéfiant la foule venue célébrer la clôture de l'Exposition universelle. L'humanité entre en contact avec les extraterrestres Ishkiss et découvre une technologie qui surpasse tout ce que les esprits les plus audacieux ont pu rêver jusque là...
Dix ans plus tard, l'Europe s'est transformée grâce à l'alliance rendue possible entre la vie et la métallurgie. Pourtant la révolte gronde, menée par les artistes et les écrivains exilés en Amérique. La science fabuleuse apportée par les créatures d'outre-espace est devenue un redoutable instrument d'opression entre les mains de l'Empereur français. Les droits des peuples sont bafoués, les opposants déportés grâce à la nef ishkiss vers le nouveau bagne que Louis Napoléon vient d'inaugurer dans les entrailles de la Lune... L'Enfer de Dante.

Quels sont les véritables desseins des alliés du maître de l'Empire ? La réponse offre la clé de l'éternité ; un seul homme sur Terre est peut-être capable de l'entrevoir. Celui dont les rêves à présent dépassés ont à longueur de pages fasciné les semblables... (4ème de couverture, 2000).

Éditions

  • 1ère édition, 2000
  • La Lune seule le sait
  • Paris : Mnémos éd., 2000.
  • 278 p. : couv. ill. ; 22 cm.
  • (Icares).
  • ISBN : 2-911618-63-7.
  • 2ème édition, 2003
  • [Paris] : Gallimard, octobre 2003.
  • 367 p. : couv. ill. ; 18 cm.
  • (Folio Science-fiction ; 149).
  • ISBN : 2-07-042190-2.
  • Éd. révisée par l'auteur.
  • Première page

    Les brumes de l’Occident

    Un ciel jaloux de la mer accueillit le Saint Michel en rade de Brest, ce matin-là. À l’horizon, le gris des flots se mêlaient au lavis de la toile tendue entre l’océan et les étoiles mourantes. Un jour terne pointait, accordé au diapason de l’humeur des hommes d’équipage. Sur le pont du navire, les marins s’activaient en silence, le geste lourd de la fatigue accumulée ces dernières semaines. Ils avaient quitté les langueurs tropicales dans la précipitation, un mois plus tôt, après que leur capitaine eut reçu par câble sous-marin un message l’enjoignant de regagner la métropole dans les plus brefs délais. Depuis, le vieux baroudeur était resté reclus dans sa cabine, penché sur sa table de travail, sa silhouette massive ployée sous le feu de la lanterne qui avait brûlé presque sans interruption.

    Le Saint Michel, troisième du nom, rejoignit l’appontement poussé par un vent tiède, où flottaient les effluves d’épices imaginaires. C’était un fin trois-mâts, racé et effilé, dont la coque avait mouillé dans les ports des cinq continents. A ses côtés, les puissants vapeurs caparaçonnés d’acier alignés dans la rade semblaient des monstres sortis des entrailles du Léviathan.

    Prix littéraire

    Prix Rosny Aîné 2001 du meilleur roman de science-fiction francophone.

    Revue de presse

    Le Monde

    Le Monde des livres. 5 janvier 2001, Jacques BAUDOU

    LA LUNE SEULE LE SAIT, de Johan Heliot
    Après Hervé Jubert et sa Bibliothèque noire, après Gaborit et Colin et leur automate quinceyen, voici un nouveau roman qui ancre le steam-punk à la française à l'époque du second empire et de Naboléon, ainsi que le surnommait l'exilé des îles Anglo-Normandes qui est d'ailleurs, sous un anonymat tout relatif, l'un des héros du livre. Encore convient-il de préciser que Johan Heliot a choisi la voie de l'uchronie en faisant de Napoléon III le vainqueur de Sedan et le massacreur de la Commune, puis l'allié à partir de 1889 des survivants d'un peuple extraterrestre en pleine déshérence, les Ichkiss, qui lui ont permis d'établir une colonie sur la Lune, la base Cyrano. Selon une formule que René Réouven a portée à la perfection, Johan Heliot a lancé dans une aventure tout droit sortie d'une imagination fertile des personnages - connus ou moins connus - empruntés à l'Histoire ou encore à la fiction. C'est ainsi qu'aux côtés d'un Jules Verne à qui est donnée l'occasion d'explorer cette Lune dont il fit l'enjeu de deux de ses voyages extraordinaires, on croisera tout aussi bien l'Isidore Beautrelet qui impressionna Arsène Lupin lui-même dans L'Aiguille creuse que ce curieux préfet Andrieux dont la postface nous rappelle qu'il fut le père adultérin de Louis Aragon. Mais aussi, et ce n'est pas la figure la moins importante de cette épopée anarchisante et utopiste, Louise Michel, l'égérie de la Commune, qui réussit ici sa révolution socialiste... Avec ce roman généreux, inventif et ambitieux, Johan Heliot fait une entrée remarquée sur la scène d'une S-F française décidément en pleine effervescence.

    Galaxies

    N° 20, mars 2001, pp. 193-195. Stéphanie NICOT

    Les hasards de l'édition, et les raisons de l'éditeur, étant parfois ce qu'ils sont, c'est La Lune seule le sait qui sera donc - dans la bibliographie de l'auteur, qu'on souhaite à l'avenir fort riche - le premier roman de Johan Heliot. On se reportera néanmoins, pour mémoire (cf. les avant-premières de notre N° 18), à la critique de Pandémonium, premier roman écrit de l'auteur, annoncé, déprogrammé, puis reprogrammé (il devrait finalement paraître en mai). Et bien sûr à Des clous dans les yeux de la nuit, dans ce numéro, brillante nouvelle qui donne un nouvel aperçu de son talent.

    Talent, donc. Il est en effet rare que ce qu'il est convenu d'appeler un "jeune auteur" (Heliot a trente ans ; il s'est fait connaître par ses nouvelles dans Galaxies, Hyperfuturs et diverses anthologies) passe l'épreuve du roman avec autant d'aplomb, de (déjà !) savoir-faire et, osons le mot, de brio. Avant d'en venir au récit, on s'engagera sans plus d'hésitation :dès les premières lignes de La Lune seule le sait, on sait se trouver en présence d'un authentique écrivain. Si les petits cochons de l'édition ne le mangent pas, s'il sait préférer le travail rigoureux et la construction patiente d'une oeuvre personnelle aux effets de mode médiatiques qui tuent plus sûrement un écrivain naissant qu'un mauvais contrat, Johan Heliot ira loin.

    Si l'on voulait résumer le climat de l'ouvrage - et cette référence soixante-huitarde ne saurait déplaire à l'auteur - on pourrait s'exclamer : "l'imagination au pouvoir !" Car Heliot, sans faux-semblants et sans afféteries, fait le choix du récit : digne héritier des grands feuilletonistes du siècle passé, il sait ménager des rebondissements à chaque chapitre, glisser des fausses pistes pour lecteurs distraits - et donc encore plus surpris et heureux d'avoir été bernés lors des coups de théâtre ménagés (même si une information trop précise laisse tout de suite deviner où le flic Jaume se dissimule).

    Le monde de La Lune seule le sait est un univers uchronique. De subtiles altérations nus alertent dès les premières pages : l'Empire où s'affrontent les personnages du récit est un monde alternatif, dans lequel Napoléon III a vaincu les Prussiens en 1870. Malade, presque mourant, il n'a dû son salut qu'à l'arrivée, en 1889, des extraterrestres Ishkiss, devenus des alliés de l'Empire : génétique extraterrestre contre technologie humaine, l'échange semble équitable. Mais les républicains et leurs alliés socialistes et anarchistes veillent. Officiellement envoyé effectuer un reportage sur la lune, Jules Verne est un véritable agent secret de la liberté. Sa mission - qu'il a acceptée - c'est rejoindre Louise Michel, déportée depuis la Commune de 1871... Isidore, un jeune reporter enthousiaste, est du voyage ; d'ailleurs il ne dissimule pas l'admiration qu'il éprouve pour le grand écrivain : "Je dois reconnaître que vous êtes l'homme de la situation : le rêveur qui a su faire partager ses rêves à des centaines de milliers de lecteurs, le maître d'empires imaginaires pourtant bien vivants dans les mémoires de tout un peuple. Vous êtes parvenu à séduire des générations de lecteurs, jeunes et moins jeunes".

    Les personnages, faiblesse traditionnelle des jeunes écrivains, ont ici une force incroyable : crédibles, merveilleusement bien campés, grandes figures historiques (Jules Verne, Napoléon III, Louise Michel et "Babiroussa", pseudonyme d'un opposant célèbre, exilé volontaire à Guernesey...) et flics graves de grave (le délirant Préfet de police Andrieux et l'incroyable inspecteur principal Jaume) mêlés.

    Roman rattaché à la veine "steampunk" (création d'un XIX° siècle alternatif), La Lune seule le sait atteint son but là où - à quelques exceptions près (René Reouven ou Tim Powers, par exemple) - la plupart de ces textes échouent à faire plus que distraire. Heliot, lui, en fait le prétexte à un romanesque vivifiant et à une vision critique de l'Histoire. On est impressionné par une imagination si déliée, une maîtrise aussi rigoureuse des procédés du roman populaire du XIX° (clins d'oeil nombreux à l'appui), un tel sens du récit.

    Heliot n'a rien de l'habituel "jeune écrivain prometteur" annuel - dont certains font d'ailleurs de très honorables carrières. Ici, on sait d'emblée qu'on tient un écrivain. Un vrai. Avec une ambition narrative rare. Avec l'enthousiasme du raconteur d'histoires et de l'inventeur de monde. Avec pourtant assez d'humilité et de professionnalisme (déjà !) pour savoir que l'éloge flatteur - même le nôtre ! - est le pire ennemi du débutant et que seul le travail fait la différence...

    En vous invitant à faire de La Lune seule le sait un vrai succès éditorial, nous prenons date. Car nous sommes prêts à parier sur Johan Heliot.

    Le Magazine littéraire

    Philippe CURVAL

    Johan Heliot propose un divertissement libertaire fort réjouissant [...]. Le sens visionnaire d'Heliot, son inventivité quasi rousselienne, son allant, son humour nous donnent droit à des scènes d'anthologies [...].

    L'Humanité

    Gregor MARKOWITZ

    Une solide culture historique alliée à une écriture enlevée fait de cette Lune-là l'un des meilleurs romans de steampunk doublé d'un véritable manifeste pour une SF subversive et intelligente.

    Bifrost

    Pierre STOLZE

    Jouez-hautbois-résonnez-musettes, voici La Lune seule le sait de Johan Heliot [...]. Allons, Monsieur Heliot, vite d'autres romans où seront ainsi imaginées "d'hypothétiques et utopiques solutions".

    SF-Mag

    Miroslav DRAGAN

    Ce premier roman est une petite merveille. Une intrigue construite de main de maître sur un ton juste ballade, intelligemment, le lecteur de la Terre à la Lune en compagnie de Jules Verne.

    Galaxies

    N° 31, décembre 2003, pp. 178-179. Éric VIAL

    Page créée le samedi 3 juillet 2004.