Ce volume regroupe deux courts romans (Les Maux blancs et Retour aux sources) et une nouvelle (Obsidio).
La petite histoire... Il s'agit des deux premiers romans de Johan Heliot (écrits en 1998), publiés après quatre autres...

Sur la route du sang.
Un lézard vert et or file dans les fourrés.
Lhomme en blanc (un costume de tweed à la mode anglaise, des mocassins vernis, un panama penché sur le côté du crâne) sarrête. Avec sa gueule ravinée, il ressemble à Chet Baker vieux, à un ange torturé. Mais la comparaison est impossible. Dune part Chet Baker nest pas vieux, nous sommes en 1955, il est encore le séraphin improbable qui pose en couverture de lalbum Young Chet. Il ne connaît pas les canaux dAmsterdam où lattend la camarde. Dautre part, lhomme en blanc est jeune à cette époque, il na pas trente ans.
Le sang sur la route forme une flaque décarlate, qui contraste vivement avec le bitume noir. Garée sur le bas-côté, une DeSoto cabosssée, année quarante-huit ou quarante-neuf, les ailes empoussiérées. La vitre du conducteur est constellée détoiles. Lhomme en blanc en compte cinq, allumées au passage dautant de balles brûlantes. Dinstinct, il tâte la cross du colt .45 passé à sa ceinture, qui lui fait comme une bosse en haut de la cuisse gauche, et dont le canon frotte la soie fine de sa lingerie intime. Il aime le confort, lallie à lélagance, comme on prend une revanche après trop de misère. Depuis dix ans, déjà, il pare son corps si frêle des atours du luxe, travestit sa maigreur, récompense sa chair de tissus dispendieux.
Il rebrousse chemin jusquà sa propre voiture, une Packard flambant neuve. Une croûte de boue séchée recouvre lhabit de tôle jusquà hauteur des poignées de portière.
La nouvelle Obsidio a reçu
le Prix Bob Morane 2004 de la meilleure nouvelle fantastique.
Les Chroniques d'ailleurs
1er trimestre 2003.
[...] Une facette novatrice du talent de Johan Heliot qui ne demande qua être découverte, et qui devrait sûrement engendrer de nouvelles incursions dans le genre littéraire de la part dun auteur qui nous prouve ici lindéniable éclectisme de son écriture.
L'Essor de l'Isère
28 mars 2003. Georges ZIEGLER
Johan Heliot est lauteur de La Lune seule le sait, Reconquérants et Pandémonium. Au long de ce nouveau roman, il rend hommage à John Carpenter, David Cronenberg et Stephen King.
L'Humanité
Mai 2003.
Obsidio de Johan Heliot, nous offre trois étonnants récits fantastiques. Outre de multiples références cinématographique allant de la Nuit des Morts Vivants à Terminator, Johan Heliot, à la manière de Stephen King dil y a longtemps, ou dun Dan Simmons, campe le fantastique dans notre quotidien. Sauf que le Kansas profond laisse place à la zone 3 de la Carte Orange parisienne et cest terriblement efficace.
Fantastique
Mai 2003. F. G.
[...] Objet quasi mystique que vous ne pourrez plus lâcher une fois entamé, Obsidio réunit en fait trois récits tout aussi époustouflants les uns des autres, aussi bien au niveau de limagerie que du texte.
Galaxies
N° 29, juin 2003, pp. 175-176. Claude ECKEN
Deux courts romans et une nouvelle composent ce recueil très différent de la veine steampunk qui a fait la réputation de Johan Heliot. Le premier texte, Les Maux blancs, est un polar qui glisse insensiblement vers l'horreur, le second, Retour aux sources, est un récit de science-fiction, le troisième, Obsidio, s'apparente au fantastique pur.
La fièvre obsidionale, que le Larousse définit comme une "psychose collective qui frapperait la population d'une ville assiégée", est à l'oeuvre dans ces trois récits. La mémoire de l'Holocauste entretenue par les rescapés façonne, dans Les Maux blancs, un individu en Némésis. Mais le fils, étranger à cette vengeance, devient un vulgaire tueur à gages, que la quête du passé, imposée par les circonstances, pousse à rejeter cet héritage. Après un début riche en scènes d'action, dans la grande tradition des polars, le récit s'enlise : les épisodes situés dans une clinique de l'horreur aussi peu crédibles que le discours du narrateur qui, malgré l'emploi de mots d'argots, s'exprime de façon trop surannée pour un roman noir.
Plus intéressant est Retour aux sources, récit paranoïaque présentant un cadre supérieur en proie à des hallucinations, où des humanoïdes à tête de sanglier lui offrent la possibilité de rejoindre leur univers. Classique dans sa forme, le récit est particulièrement bien maîtrisé.
Obsidio voit une cité de banlieue devenir la proie des phénomènes aussi déroutants que violents. Après qu'une pluie de cendres et un froid polaire s'abattent sur la cité, et que les moyens de communication cessent de fonctionner, les protagonistes du récit, quelques jeunes délinquants et deux îlotiers à peine reconvertis, un jeune punk en révolte et une séduisante enseignante, un médecin peu fréquentable et sa maîtresse camée, etc., deviennent les spectateurs ou les victimes d'un monde subitement frappé de folie meurtrière. Le recensement, particulièrement convaincant, des maux de nos cités que fait Heliot, constitue le ferment de cette psychose collective qui se répand comme un cancer. Les terreurs ataviques, la peur, la trahison, la convoitise, la sauvagerie, favorisent le retour de créatures cauchemardesques. Ici, le style est en adéquation avec le récit et quelques faiblesses vers la fin ne font pas oublier des scènes dignes des meilleurs récits fantastiques.
Ces trois récits, dont la rédaction est antérieure aux romans déjà parus de Johan Heliot, sont à ranger parmi les péchés de jeunesse : encore entachés de défauts, ils n'en permettent pas moins de déceler une originalité et une diversité de thèmes qui ne se limitent pas au steampunk, une voix et une écriture dont le talent va s'affermissant.
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Page créée le lundi 5 juillet 2004. |