Faerie Thriller

  • Johan Heliot|
  • 2005 | 8ème roman publié

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Date et lieu

Sujet

Etienne Verbellec est un écrivain comblé. Idolâtré par le public, adulé par la critique, il ne lui manque qu'un ultime chef-d'oeuvre pour atteindre le sommet de la gloire littéraire. Mais à la veille du lancement de son nouveau roman, un double meurtre est perpétré à la fnac Saint-Lazare. La brillante carrière bâtie depuis dix ans avec l'aide des éditions Magillard commence alors à se fissurer... Au même moment, en Faerie, les restes d'un corps torturé sont retrouvés dans la gigantesque bibliothèque de la Folie Clébédia. La fey Lil et le capitaine Largagne reprennent du service pour mener l'enquête... Quel est le lien avec les meurtres commis en Surface ? Et quel mystérieux pacte lie le destin de Verbellec à Faerie ?

Les termes du pacte lui étaient revenus en mémoire. Elle laissait toute liberté à ses auteurs, pourvu qu'ils inscrivent après le dernier mot les trois lettres fatidiques - ce à quoi lui, Etienne Verbellec, se refusait depuis dix ans. Dix putains d'années à éviter le mot FIN. (4ème de couverture, 2005).

 

Éditions

  • 1ère édition, 2005
  • Paris : Mnémos éd., septembre 2005.
  • 315 p. : couv. ill. ; 22 cm.
  • Illustration de couverture : Guillaume Sorel.
  • (Icares).
  • ISBN : 2-915159-50-5.
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    Première page

    Il avait froid. Ses membres semblaient prisonniers d'une chape de glace. Mais ce n'était pas le plus gênant. Non, ce qui l'embêtait vraiment, outre le fait qu'il n'y voyait rien, c'était le souvenir du choc, au moment où la locomotive avait déboulé sur sa gauche dans un crescendo de sirène hurlante et de métal massif lancé à plus de cent cinquante kilomètres heure. La collision avait propulsé la voiture dans l'axe des rails, telle une boule de bowling filant au strike sur la piste cirée.
    Normalement, songeait-il, personne ne peut réchapper d'un pareil impact. Surtout après avoir avalé une dose de barbituriques noyée de calvados dans l'heure qui précède l'immobilisation de son véhicule sur le passage à niveau d'une départementale peu fréquentée. Ille savait, les statistiques ne mentaient pas à ce sujet: cent pour cent des candidats au suicide ferroviaire avaient tenté leur chance avec succès.
    Alors, quoi ? Qu'est-ce qui avait merdé, en définitive ?
    La réponse à cette question muette lui parvint des limbes de sa conscience, hérissant son épiderme et abaissant encore sa température corporelle :
    Rien.
    Absolument rien n'avait merdé. Un suicide parfaitement orchestré, résolu en compression de César trois cents mètres en aval du passage à niveau, obligeant les pompiers à un véritable tour de force pour parvenir à le désincarcérer sans abandonner de morceaux dans l'opération.
    Sa mort ne faisait aucun doute. Au bout, pour autant qu'il s'en souvienne, pas de tunnel, pas de clarté blanche, rien que le froid, et puis... l'ultime clic. L'effet d'un disque dur vidé de tous ses fichiers, une existence entière mise à la corbeille. Seulement, quelqu'un, quelque chose, avait retrouvé la trace fantôme des données, dans le maelstrom des vies défaites, de l'autre côté du monde.
    Un rire cristallin s'éleva d'un point situé à l'intérieur de sa conscience fraîchement éveillée. Le néant se dissipa sous l'effet de ce chant, comme la chaleur du jour éparpille la brume montée de la terre avec l'aube. Il distingua des formes en mouvement, tout près de lui, des ombres projetées sur un écran tordu, animées par une lumière vacillante.
    Une des ombres se glissa jusqu'à lui et se présenta. Il la reconnut, même s'ils n'avaient jamais été en contact direct. Comment aurait-il pu oublier sa voix ?
    Elle avait résonné sous son crâne pendant des années, avant de se taire d'un coup, sans avertissement préalable. Alors, toute sa vie avait basculé. Sans la voix, rien n'avait plus d'importance, tout était devenu fade, monotone, vide de sens.
    Sans la voix, les types comme lui préféraient mourir.

     

    Revue de presse

    Le Monde

    Le Monde des Livres, 23 décembre 2005. Jacques BAUDOU :

    En trois romans, ce nouvel auteur prodige de la SF française confirme l'étendue et la variété de son talent
    Johan Heliot, le frisson fantasy

    Si les romans de Johan Heliot ont suscité notre intérêt critique, la publication en rafale, en cette fin d'année 2005, de trois nouveaux romans justifie qu'on dresse un inventaire à propos d'un auteur devenu l'une des valeurs sûres de la jeune littérature française de l'imaginaire.

    Né en 1970, Johan Heliot a fait connaissance avec la science-fiction au collège, par le biais de la grande anthologie publiée au Livre de poche, qui figurait sur la liste des lectures conseillées par son professeur de français. Il a commencé à écrire de la SF à la fin de l'adolescence : sa première nouvelle du genre, Chronique de la bulle, est parue dans la revue non spécialisée Texte et marge au tout début des années 1990. Cette publication l'a incité à créer son propre fanzine de SF, Maelström, qui, le temps de cinq numéros, lui a permis de prendre pied dans le milieu. Il a continué à écrire des nouvelles, publiées dans divers fanzines, notamment La Geste, sous son véritable nom, Stéphane Boillot. Puis il a vendu sa première nouvelle à Gilles Dumay pour son anthologie Invasions 99 : l'occasion d'inaugurer son pseudonyme de Johan Heliot. En 2000, il est passé au roman, en soumettant à la directrice littéraire des éditions Mnémos le projet et le premier chapitre de La lune seule le sait, uchronie qui a fait date et l'a lancé...

    Premier projectile de cette salve de fin d'année, Faerie thriller est, comme son titre l'indique, un hybride entre le roman de fantasy et le roman policier. Johan Heliot reprend l'univers qu'il a créé dans Faerie hackers : l'existence parallèle de notre monde et de celui de la Faerie, et celle de passages permettant d'aller de l'un à l'autre, mais aussi ses plus savoureux personnages, la rebelle fey Lil, le presque-dragon Obrasian et le capitaine Lartagne.

    Dans un monde comme dans l'autre, il se produit des événements dramatiques. A Paris, un double meurtre ensanglante la FNAC Saint-Lazare, perpétré de telle manière que la police s'interroge sur la nature de l'assassin. En Faerie, dans la labyrinthique Folie Clebedia, c'est un corps abominablement torturé qui est retrouvé. Parce qu'il est convaincu qu'il y a un lien entre les crimes parisiens et les restes humains de la Folie, Obrasian envoie Lil et Lartagne enquêter sur Terre. Cette investigation ne tardera pas à prendre un tour frénétique, d'autant qu'à l'évidence quelque chose de surhumain est à l'oeuvre.

    Utilisant avec brio les codes du thriller, Johan Heliot livre ici une étourdissante variation sur le thème du pacte passé avec une puissance maléfique. Arrive toujours le moment où elle réclame son dû ! Ayant placé son intrigue dans les milieux de l'édition, Johan Heliot s'autorise un clin d'oeil : il assassine dans son roman un auteur de science-fiction au nom transparent de Xavier Maujain. On attend la réplique de Xavier Mauméjean !

    Second projectile de ce tir groupé, Führer prime time est paru dans une collection vouée à la publication de longues nouvelles situées dans un futur proche. Johan Heliot s'en prend aux dérives de la société médiatique et aux manipulations auxquelles elle soumet l'opinion publique. Au centre de son intrigue, un talk-show qui confronte des avatars historiques, en l'occurrence les clones de personnages célèbres du XXe siècle, Elvis Presley et Adolf Hitler. Lors de cette émission, un commando terroriste kidnappe le Führer au nom du Front de libération des Avatars historiques.

    Mais ce Front existe-t-il vraiment ? A quelle manoeuvre prête-t-il la main ? Sur ce thème on ne peut plus d'actualité, Johan Heliot frappe fort et fait mouche.

    Enfin, Alter Jeremy paraît dans une collection destinée à la jeunesse. Ce qui n'empêche nullement l'auteur d'y traiter l'un des thèmes les plus actuels de la science-fiction. Profitant des travaux informatiques de son père sur le programme Alter, qui permet de recréer la personnalité d'un mort, la jeune Lise entreprend de ressusciter dans l'espace virtuel d'un ordinateur son frère Jeremy, qui s'est tué accidentellement lors d'un jeu dangereux. Mais la firme qui emploie son père fait main basse sur cet autre Jeremy dont l'existence ouvre la perspective d'un marché juteux. Et Lise n'a plus qu'une idée en tête : le délivrer...

    Avec Alter Jeremy, Johan Heliot réussit brillamment son examen de passage en littérature jeunesse. C'est d'ailleurs dans ce secteur que paraîtront ses prochains livres. En collaboration avec Xavier Mauméjean, il a entrepris l'écriture d'une série sur le thème du voyage dans le temps et de l'uchronie qui sortira chez Fleurus au printemps 2006 sous le titre générique Le Bouclier du temps. Ce qui ne l'empêche pas de préparer pour la rentrée 2006 un autre roman mi-policier mi-fantasy qui se déroulera dans une ville ressemblant à la New York du début du XXe siècle et aura pour héros un ogre qui en est le chef de la police. A paraître aux éditions Octobre. Johan Heliot, plus que jamais, un auteur à suivre.

     

     

     

    Page créée le jeudi 8 décembre 2005.