Albert Montémont




La Vosgienne

Chant national du Pays, sur l'air des Puritains de Bellini.

De nos belles campagnes,
De nos vallons, de nos montagnes,
Vosgiens, chantons avec fierté
Les trésors et liberté.

Alpes aux vieux sommets
Valûtes-vous jamais
Nos ballons romantiques
Et nos forêts antiques ?
A vous les noirs torrents
Qui roulent le ravage :
A nous le frais rivage
Des ruisseaux transparents !

De nos belles campagnes, etc.

Pérou, cher au condor,
Garde tes mines d'or :
Nos vertes Cordillères
Riches de leurs houillères,
Ont, pour armer nos rangs
Le fer de leurs entrailles,
Qui brisent les murailles
Et le joug des tyrans.

De nos belles campagnes, etc.

Au pied des rocs Alpins
Couronnés de sapins,
Chez nous de la Moselle,
L'humble source ruisselle ;
Et déployant son cours
La nymphe vagabonde
Porte au loin de son onde
Les opulents secours.

De nos belles campagnes, etc.

En dépit des frimas,
Le ciel de nos climats
Mûrit de la cerise
Le jus qu'un gourmet prise ;
Contrexéville et Bains,
Plombières, vos naïades
Épanchent aux malades
La vertu de leurs bains.

De nos belles campagnes, etc.

Lorsque d'autres douleurs
Parfois, causes de pleurs
De l'estomac débile
Dérangent le mobile,
Colline de Bussang,
Ta source minérale
De ton eau libérale
Épure notre sang.

De nos belles campagnes, etc.

O Mirecourt, salut !
Déjà l'orgue et le luth,
Fils de ta main hardie
Ouvrent leur mélodie ;
A quels ravissements
La Vosge s'abandonne
Lorsque ton art lui donne
Le roi des instruments !

De nos belles campagnes, etc.

Mirecourt, tes enfants,
De leurs doigts triomphants,
Tracent de la dentelle
Le plus parfait modèle ;
Ce blanc et frêle atour
Que notre oeil idolâtre
Aime à parer l'albâtre
Arrondi par l'amour.

De nos belles campagnes, etc.

De nos chaumes nombreux
Les troupeaux généreux
Versent d'un pur laitage
Le nourrissant partage ;
Et notre Gérômé,
De sa boîte natale,
Livre à la capitale
Son cumin parfumé.

De nos belles campagnes, etc.

A vos tournois livrés
Et de joie enivrés,
Ménestrels d'Haréville,
Courez de ville en ville ;
De vos chants inouïs,
Nés l'hiver devant l'âtre,
Portez l'élan folâtre
Aux plus lointains pays.

De nos belles campagnes, etc.

Vous modestes pécheurs,
Admirables chercheurs
Qui rendez plus féconde
La truite vagabonde ;
Possesseurs des secrets
Surpris à la nature,
De la pisciculture
Peignez-nous les attraits.

De nos belles campagnes, etc.

Ainsi que nos aïeux
Francs et laborieux
Nous fuyons les intrigues,
Les faveurs et les brigues ;
Lorsque nous recherchons
Une digne conquête,
C'est en levant la tête
Que toujours nous marchons.

De nos belles campagnes, etc.

Vierge de Domremi,
Effroi de l'ennemi,
Aux rives de la Loire,
Tu te couvris de gloire ;
Quel plus fameux renom !
Sans toi, jeune héroïne,
La patrie en ruine
Eût vu périr son nom.

De nos belles campagnes, etc.

Plus tard nos bataillons,
Désertant leurs sillons,
Couraient à la frontière
Braver l'Europe entière ;
Les belliqueux transports
De leur âme française
Ont de la Marseillaise
Entonné les accords.

De nos belles campagnes, etc.

Bientôt ces nobles cœurs
Promènent en vainqueurs
Du couchant à l'aurore,
Le drapeau tricolore ;
Et nos braves guerriers,
Ont, aux rives lointaines,
De victoires certaines
Couronné leurs lauriers.

De nos belles campagnes, etc.

Pour l'État, dignement,
Un autre dévouement
Couronna de nos pères
Les efforts moins prospères ;
Du pays invaincu
La crise la plus grande
Eut la civique offrande
De leur dernier écu.

De nos belles campagnes, etc.

Mais outre nos Césars,
Notre sol, cher aux arts,
A de plus qu'un génie
Vu naître l'harmonie ;
La Vôge a pu compter
Des voix pour la dépeindre,
Des crayons pour la peindre,
Des luths pour la chanter.

De nos belles campagnes, etc.

Morts illustres, c'est vous
Qui répondez pour nous ;
Victor, Boulay, Grégoire,
Vous, élus de mémoire,
Gilbert et Neufchâteau,
Et toi, barde des Vosges,
Pellet, comble d'éloges,
Sur le double coteau.

De nos belles campagnes, etc.

De tes divins crayons,
Fais briller les rayons,
Lorrain, toi qui rappelles
Le grand siècle d'Appelles ;
Parlez, doctes Fleurot,
Bexon, aux talents vastes ;
Calmet, qui de nos fastes
Débrouilla le chaos.

De nos belles campagnes, etc.

Et parmi les vivants
Que de Vosgiens fervents
Dont la mâle industrie
Enrichit la patrie ;
Dignes du souvenir
Qu'un pur éclat décore,
Puissent leurs noms encore
Occuper l'avenir !

De nos belles campagnes, etc.