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GERMAIN

[ Trèves (Allemagne) , ?? – , // ]

ecclésiastique

Biographie vosgienne

1919 — Semaine religieuse du diocèse de Saint-Dié

GERMAIN.- Légende liturgique de saint Germain, abbé et martyr (21 Février).- Germain, né à Trèves, eut pour père Optard, de la caste sénatoriale. Encore enfant, il fut confié à saint Monald, évêque de la ville, qui lui fit faire tant de progrès en tout genre de vertus et de sciences que, dès l'âge de 17 ans, il commença à s'éprendre de la perfection évangélique et à désirer l'abandon des plaisirs et des vanités du monde. Ayant confié ses aspirations à l'évêque, celui-ci l'invita à ne pas embrasser témérairement un nouveau genre de vie. Mais Germain, fort de la grâce de Dieu, persiste dans son sentiment, distribue ses biens aux pauvres, et se rend avec trois compagnons auprès du bienheureux Arnould, autrefois évêque de Metz, dans un lieu désert des montagnes des Vosges, où ce dernier avait été conduit par saint Romaric, fondateur du monastère d'Habend, ou de Romarimont.

Là, il reçut la tonsure et l'habit monastique. Instruit par saint Arnould des préceptes de la vie religieuse, il appela auprès de lui son jeune frère Numérien et lui fit embrasser au monastère de saint Romaric la même vie monastique. Mâtant son corps par les jeûnes et les veilles, s'adonnant à l'oraison, pauvrement vêtu, courbé sous le travail des mains, il donnait à tous l'exemple de l'humilité et de la charité. Ensuite, il se rendit à Luxeuil, dont le monastère était alors gouverné par saint Valbert. Ce dernier, ayant mis à l'épreuve la vertu de son disciple, le fit ordonner prêtre et, quelque temps après, le mit à la tête des moines du monastère de Grandval qu'il avait édifié non loin de Délémont, grâce aux générosités de Gondoin, seigneur du lieu. Germain remplit avec prudence et sainteté la fonction d'abbé du monastère. Mais, après la mort de Gondoin, son successeur, Athic ou Cathic, infligea d'indignes traitements aux sujets du monastère, et, portant le fer et le feu dans la vallée, la fit dévaster par ses soldats. Germain se rendit, accompagné de Randoald, auprès du duc Athic et, sous l'émotion d'une sainte liberté, lui fit défense de molester à l'avenir d'innocents disciples du Christ.

Au retour, les deux voyageurs furent arrêtés par des soldats allemands qui les dépouillèrent de leurs vêtements auprès de la ville de Rhenendorf (Sainte-Ursanne). Germain, soutenant le courage de son compagnon, fut avec lui percé de coups de lance, et tomba le neuvième jour avant les calendes de mars. Ainsi tous deux méritèrent la couronne du martyre. Leurs corps, transportés au monastère de Saint-Pierre par leurs frères, furent ensevelis avec honneur dans l'église.

 

Notes.- Saint Germain mourut à l'âge d'environ 50 ans, vers 662. Il avait passé treize ans à Luxeuil et dix-sept à Grandval. Son tombeau devint le but d'un célèbre pèlerinage ; on l'ouvrit pour la première fois en 1447.

Depuis 1534, les habitants de la vallée ayant adopté la prétendue réforme de Calvin, les chanoines de Moutier-Grandval, qui avaient remplacé les moines, fixèrent leur résidence à Délémont. Ils emportèrent avec eux et déposèrent à l'église paroissiale où ils tinrent leur chœur, les reliques des saints martyrs : le calice du premier abbé de Moutier, son bâton pastoral, quelques débris de sa ceinture et de ses vêtements, ses bas, ses sandales. Ces précieuses reliques reposent encore aujourd'hui dans le trésor de l'église de Délémont. Le calice et la crosse avec sa volute d'or émaillé sont des spécimens très rares de l'art au VIIe siècle. Ces objets et les portraits des saints sont reproduits dans l'Histoire des Évêques de Bâle, par Mgr Vautrey.

 

La vallée de Grandval, le val Moutier, Münsterthal, est desservie aujourd'hui par le chemin de fer du Jura, ligne de Bâle à Bienne. C'est la plus curieuse et la plus grande vallée de la chaîne du Jura. C'est par cette ligne que l'on gagne par voiture de poste le Weissenstein, près Soleure, d'où l'on jouit d'une vue merveilleuse sur les glaciers suisses.

Le val Moutier, actuellement du canton de Berne, est sous la juridiction de l'évêque de Bâle et Lugano, dont le siège est à Soleure. C'est l'évêque des Rauraques, tribu gauloise qui occupait la région du sud de l'Alsace et de l'est de l'Helvétie, entre les Triboques, les Helvètes et les Séquanes.

 

Le martyrologe romain ne fait pas mention de saint Germain de Grandval. Les diocèses de Bâle, de Strasbourg et de Besançon, célèbrent, comme celui de Saint-Dié, sa fête au 21 février. L'ancien Propre de l'abbaye de Remiremont contenait l'office de saint Germain à la date du 21 février, sous le rite double. Cet office n'a pas été compris dans la réforme liturgique opérée en 1865 par Mgr Caverot, évêque de Saint-Dié. Il a été rétabli en 1900 par Mgr Foucault, à la date du 20 février, sous le rite simple. Depuis 1912, il est réduit à une mémoire par une leçon avec oraison propre, en addition de l'office de saint Gondelbert.

[La Semaine religieuse du diocèse de Saint-Dié, vendredi 7 février 1919, 43-06, p. 33-35. Signé : A. R.].


 

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