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MAHÉRUS ou MATHIEU

[ ?? , ?? Nompatelize (88) , // ]

ecclésiastique

Biographie vosgienne

1848 — Biographie vosgienne / François Vuillemin

MAHÉRUS ou MATHIEU.- Fils de Mathieu 1er, duc de Lorraine, entra très jeune au chapitre de Saint-Dié. Sa naissance lui valut une prébende en 1178, et la grande prévôté de Saint-Dié en 1188. Nommé évêque de Toul en 1197, il ne s’occupa de son évêché que pour en gaspiller les revenus, et afficha des moeurs tellement dissolues qu’il fut déposé et remplacé à Toul par Renaud de Senlis.

Il se retira dans un château qu’il avait fait bâtir dans sa grande prévôté de Saint-Dié, et y vécut, dit Richer, avec une fille, laquelle il avait procréée, d’une dame moniale d’Épinal, laquelle il tenoit ordinairement avec luy, et de laquelle aussi il procréa quelque filz. Il se livrait sans relâche à la rapine et au brigandage, et le duc Ferry, son neveu, après des remontrances qui restèrent sans résultat, fit enlever sa concubine et raser son château en 1210.

Renaud de Senlis, évêque de Toul, lui fit aussi, à diverses reprises, les reproches les plus énergiques, et Mahérus, qui lui avait voué la plus grande haine, jura de s’en venger. Ce prélat étant venu à Senones en 1217 [Note] pour y passer les fêtes de Pâques, Mahérus le fit espionner afin de savoir le chemin qu’il prendrait à sa sortie de l’abbaye.

Ayant appris qu’il comptait se rendre le lendemain à Autrey, il alla l’attendre près de La Bourgonce, avec quelques hommes d’armes à ses gages, le fit tuer, déshabiller et jeter dans un marais. Le duc Thiébaut, son oncle, accusé de complicité dans cet horrible crime, jura de punir l’assassin d’une manière exemplaire. Il vint à cet effet dans les Vosges, et Mahérus étant venu à sa rencontre dans l’espoir d’obtenir son pardon, il le tua de sa propre main près du village de Nompatelize. Son cadavre, abandonné sur le chemin, ne fut enterré que plusieurs jours après.

 

Note : En 1215, suivant M. Gravier.

1866 — Notices biographiques des célébrités vosgiennes / Humbert le Vosgien

MAHÉRUS ou MATHIEU, grand-prévôt de Saint-Dié, était fils de Mathieu 1er , duc de Lorraine, et de sa seconde femme, fille du duc de Cologne. Il eut pour frère du même lit, Théodoric, surnommé le diable, seigneur du Châtelet près de l’Étange et comte de Châtel.

Mahérus entra fort jeune au chapitre de Saint-Dié, où il eut une prébende en l’an 1178. Sa naissance le porta à la grande prévôté en 1188 et à l’évêché de Toul neuf ans après ; mais il gouverna si mal, et fit une telle dissipation des biens de l’évêché, que le chapitre de Toul parvint à le faire déposer. Il eut pour successeur Renaud de Senlis, et se retira dans sa grande prévôté de Saint-Dié. A son arrivée, il se fit bâtir une maison entre les deux églises, dans l’emplacement actuel des jardins de l’évêché, et y fit venir une jolie fille d’Épinal dont il se déclara le père.

Le délire religieux du peuple le rendait impassible sur les mœurs de ses seigneurs spirituels et temporels, qui pouvaient à leur gré le bénir ou l’excommunier ; mais il ne vit pas avec la même indifférence que Mahérus eût fait servir à la construction de sa maison les pierres de l’église depuis longtemps en ruine, et il murmura. Quant aux chanoines, toujours si intolérants pour leurs grands-prévôts, toujours si ombrageux lorsqu’il s’agissait de leurs droits, ils s’inquiétaient peu de cette nouvelle entreprise, qui ne concernait que le service des autels et un outrage fait aux mœurs. Le duc Ferry, informé de la conduite infâme de son oncle, vint lui faire les reproches les plus durs, fit enlever sa concubine et rasa sa maison (1210).

Mahérus au désespoir, se retira au château de Clermont, sur la montagne de la Madeleine, qu’il avait fait reconstruire quelques années auparavant, et se vengea de la honte et du mépris en se livrant à la rapine et au brigandage avec quelques chanoines ses compagnons.

Ferry, justement irrité, leva des troupes dans le val et s’empara du château de Clermont qu’il fit démolir. Mahérus, sans domicile, devint bien plus à charge aux habitants du forum (faubourg Saint-Martin de Saint-Dié) qu’il regardait comme les premiers auteurs de son désastre ; il y exerça ses rapines et ses violences. Mais tout à coup l’inquiétude qu’il causait à ses voisins fit place à un sentiment d’horreur.

Mahérus ayant appris l’arrivée de l’évêque de Toul dans les Vosges, résolut de se venger sur son successeur de sa honteuse expulsion de l’évêché. Il envoie des espions à Senones pour connaître la route que l’évêque devait suivre ; ces espions sont admis au quartier abbatial où logeait l’évêque, ils reçoivent l’hospitalité la plus honorable et s’évadent le lendemain pour donner à Mahérus l’itinéraire du prélat. Au jour indiqué pour le départ, Renaud se trouve arrêté au-delà de la Bourgonce, sur le chemin d’Autrey, par un abatis entre la montagne et le marais. Les satellites de Mahérus fondent sur la petite troupe qui cheminait en avant de l’évêque, blessent grièvement Etienne, abbé de Saint-Mansuy, le dépouillent ainsi que ses compagnons, attaquent l’évêque, le massacrent, et s’enfuient couverts d’infamie et chargés de butin. Mahérus voulut s’assurer par lui-même de la mort de Renaud, et ne quitta son cadavre qu’après l’avoir fait traîner dans le marais (1215).

Le duc Thiébaut, qui avait succédé à Ferry, fut accusé de complicité avec son oncle Mahérus. Cette accusation le détermina à venger la mort de l’évêque ; il vint à Saint-Dié, sous le prétexte d’y passer les fêtes de la Pentecôte ; mais en effet, pour y trouver l’occasion d’accomplir son dessein. Le crime était au comble ; Thiébaut ne fut obligé à aucune recherche ; Mahérus vint lui-même à la rencontre du duc dans l’espoir de réveiller en lui les affections du sang ; il se rendit au Void du Parupt, sur le chemin de Nompatelize, où devait passer Thiébaut. Le prince, transporté de colère à la vue du scélérat, lui enfonce une lance dans la poitrine et le laisse mort sur la place ; son cadavre abandonné resta quelques jours exposé aux outrages des passants. Les complices de Mahérus se dispersèrent malgré l’audacieuse protection du chapitre.

Erhard, valet de chambre du due Thiébaut, raconte l’histoire de Mahérus avec une naïveté remarquable. Vie du duc Thiébaut, par Erhard. Manuscrit de la bibliothèque de M. Noël, notaire honoraire à Nancy.

1881 — Voyages dans les Vosges / Charles Chapiat

MAHÉRUS.- Grand prévôt d’exécrable mémoire, promu au siège épiscopal de saint Mansuy, qu’il souilla de ses crimes.

Déposé de l’épiscopat, par jugement du pape Innocent III, il était revenu à Saint-Dié déshonorer les tombeaux des saints par son infâme conduite, et se charger, à la Bourgonce, par le poignard de l’un de ses serviteurs, de l’assassinat de son successeur à Toul, Renaut de Senlis, prélat d’une angélique douceur.

Ce monstre tomba, six semaines après, à Nompatelize, sous la lance de son propre neveu, Thibaut 1er, duc de Lorraine, outré des déportements de son misérable oncle, et son corps fut jeté, comme un cadavre immonde, dans un piège à loup, au milieu des forêts de la Madeleine.

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