1866 —
Notices biographiques des célébrités vosgiennes / Humbert le Vosgien
IDATE. Sous la vouerie du comte Jean VI de Salm, fut brûlée, à Senones, une femme accusée du crime de triage et genocherie, c’est-à-dire sorcellerie, magie.
Cette femme se nommait Idate, femme de Colin Paternote, du Ménil, canton de Senones. Arrêtée sur de simples soupçons, elle fut enfermée dans les prisons de l’abbaye, et on fit venir, de Metz à Senones, un inquisiteur de la foi pour instruire son procès. L’inquisiteur, après l’avoir interrogée, entendit les témoins et rendit une sentence qui déclarait Idate bien et dûment convaincue, par sa propre confession, et coupable du crime dont elle est accusée.
La sentence, émanée d’un délégué du grand inquisiteur, ne pouvait recevoir de sanction que de la divinité même au nom de laquelle elle était rendue. L’inquisiteur convoque le peuple à l’église, fait amener l’accusée, et après un discours véhément, par lequel il s’efforce de faire passer dans les esprits la sainte fureur qui l’anime, il prononce en face des autels le jugement d’accusation, et ordonne la tradition de l’accusée au bras séculier. Le maire et les officiers du seigneur-abbé s’en emparent, la conduisent hors des limites du Sacré pourprix, enceinte inviolable que nulle puissance séculière n’eût osé franchir ; ils la font monter sur la pierre ronde qui en était la limite, et la livrent avec la procédure entre les mains du prévôt des comtes de Salm avec invitation d’en faire justice selon le contenu de son procès. De là, elle est ramenée devant la porte de l’église, où le prévôt séant au siège de justice, accompagné de plusieurs autres officiers, ordonne à tous les sujets de l’abbaye et à ceux des comtes de Salm, de se retirer avec lui à l’écart, pour prendre conseil sur ce qu’il y avait à faire dans la circonstance.
Après avoir suffisamment délibéré, les jurés chargèrent l’un deux, Ferry, maçon de Senones, de prononcer ce jugement :
- Que la dite Idate, pour les choses contenues en son procès, et attendu sa confession touchant fait de triage, genocherie et matière contre la sainte foi catholique et les commandements de notre mère sainte Église ; qu’elle, comme crimineuse avec son corps, devait bien être arsue, brûlée et fulminée, et pour cette cause tous ses héritages avec toutes ses appartenances, selon le anciennes chroniques et selon le droit des anciennes et louables coutumes du monastère, en tel cas observées de temps immémorial, étaient enchus et confisqués, et devaient appartenir aux dits seigneur-abbé et couvent de Senones, comme seigneurs à cause de leur monastère, et tous ses biens meubles devaient pareillement appartenir aux seigneurs comtes de Salm, comme voués dudit monastère et Val de Senones. Ainsi fut prononcé par la bouche de Ferry, le maçon de Senones, à ce commis le 26 août 1482.
On retrouve dans cette sentence quelques traces de ce qui s’est passé au commencement du quinzième siècle ; l’accusation d’avoir été crimineuse avec son corps et la mention de ce qui s’est observé en pareil cas à Senones, de temps immémorial, révèlent de précédentes exécutions dont il ne reste pas d’autres documents. Ces femmes étaient interrogées sur leurs aventures et leur commerce charnel avec un diable du nom de Bertrand, ou avec maître Persin, le chef de tous les diablotins des Vosges.
L’exécution d’Idate fut la dernière que tolérèrent les comtes de Salm pour semblable crime.