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Antoine HURAULT

[ Épinal (88) , 1500 Épinal (88) , 1577 ]

ecclésiastique

Biographie vosgienne

1962 — La Liberté de l’Est

Qui était Antoine Hurault ?

Ce spinalien au grand cœur
avait avantagé, à perpétuité,
la descendance de sa parenté…


Plusieurs de nos lecteurs nous ont demandé qui étaient cet Antoine Hurault qui a sa rue à Épinal et dont l’avis de décès de Mademoiselle Pauline Morrot rappelait le mois dernier qu’elle était sa dernière descendante.

Rectifions tout d’abord une petite erreur dans le libellé de cet avis de décès : Mlle Pauline Morrot descendait de la famille d’Antoine Hurault, mais probablement pas d’Antoine Hurault lui-même, puisque celui-ci était prêtre.

Au demeurant, on ne sait pas grand-chose le concernant, sauf qu’il était prêtre, peut-être curé d’Épinal, et qu’il avait beaucoup de bien au soleil à en juger par son testament daté du 3 octobre 1562. Ce testament fort long a été reproduit par Charles Ferry dans son inventaire historique des archives anciennes de la ville d’Épinal, tome V, pages 392 à 408. Il est précédé du titre : Testament de messire Antoine Hurault, prêtre et curé d’Épinal, en date du 3 octobre 1562, mais comme le fait remarquer M. Dumont, rien n’indique dans le texte cette qualité de curé de notre bonne ville.

C’est cet inventaire de Ferry qui va nous servir de source pour les renseignements qui suivent.

Un testament remarquable

Le testament, qui est avec celui de Jean Viriot (qui a aussi sa rue, et vivait à la même époque) une des plus remarquables fondations intéressant notre ville sous l’ancien régime, débute comme suit :

Sçachant tous qu’en la court monseigneur le duc de Lorraine, marchis de son tabellionnage d’Espinal, comparut personnellement discrète personne messire Antoine Huraulx, d’Espinal, prêtre, meu en dévotion, que luy considérant la fragilité de nature humaine et de la mort l’heure incertaine, aussi l’estat instable de ceste mortelle vie (voir ledict sainct Paul l’apôtre, disant que tous seront toujours du jugement final devant le siège de Dieu le créateur, pour recevoir de lui selon qu’aurons mérités et desservi en ceste vie soit bien ou mal et que profitable et nécessaire chose est pour obtenir rémission de nos péchés et venir à la vie éternelle), dont est affin qu’iceluy messire Anthoine Hurault soit nombré au nombre des hostes, et finallement obtenir le royaulme de paradis, de son bon gré a reconnu et confessé : sans contrainctes, qu’il a donné, fondé et ordonné… etc., etc.

Sur la liste interminable des fondations : il s’agit d’abord d’une somme de 30 francs à donner chaque année à de pauvres filles natives d’Épinal, ou servantes y résidant, le lendemain de leurs noces.

Puis il est question de la parenté du testateur : chaque enfant légitime de son parenté reçoit 60 francs au lendemain de la célébration de son mariage. Si deux enfants de son dit parenté se marient la même année, le premier emporte les 60 francs de l’année en cours, le deuxième 60 francs à valoir sur les revenus de l’année qui suit, en sorte que la donation annuelle aux deux pauvres filles ou servantes n’était valable que s’il n’y avait pas dans l’année mariage d’un descendant de la parenté.

Messire Anthoine prie et supplie les quatre gouverneurs et gens du conseil de la ville de prendre en charge toutes les fondations. Suit l’énumération des divers cens dus par tel ou tel paysan du voisinage ou Spinalien dont le total forme les 60 francs de revenu annuel.

Suit une fondation de 20 francs, dans les mêmes conditions, c’est-à-dire pour une pauvre fille, à moins qu’un descendant ou une descendante de la parenté ne se marie.

Suivent différentes aumônes, toujours justifiées par des redevances de fermiers, telles que les 16 gros et demi et un chapon dûs par les héritiers Jean Beld, de Jeuxey, les 18 gros que doit Goéry Martal, drapier et bourgeois d’Épinal, les 9 gros dus par le sellier Demenge, de Giremont, etc., etc.

Une autre fondation est faite pour que les pauvres mendians qui journellement se viennent rendre à l’hospital du petit Rualménil d’Épinal, soient mieux norris, entretenus, substantez et alimentez à l’advenir audict hospital.

D’autres clauses concernent les enfants pauvres, pour les vêtir, pour leur apprendre un métier, l’entretien d’un ermite à Saint-Michel, le salaire d’un régent d’école, le crieur de nuit qui réveillait pour la prière, etc. etc.

Une grosse fortune

Comment voit messire Antoine Hurault avait voulu faire œuvre humaine. En homme sage, il n’oubliait pas les siens, mais il pensait aussi aux déshérités.

Sa fortune lui venait de son père qui dès 1525 avait commencé de constituer un capital sous forme de nombreuses rentes et argent et en nature et d’acquisition de meubles et immeubles. A ces biens, l’abbé Antoine Hurault avait ajouté force achats de maisons, terrains ou cens tant à Épinal qu’à Dogneville, Sercœur, ou dans Épinal même : faubourg d’Ambrail, au faubourg du Grand Moulin, etc.

Une foule de braves gens furent ainsi intéressés malgré eux, jusqu’à la Révolution, aux fondations charitables du prêtre spinalien. C’est ainsi par exemple qu’en 1601, les cinq francs que le cordonnier Genay devait annuellement sur sa maison du Grand Rualménil entraient dans les sommes servant à apprendre des métiers à trois pauvres enfants, tandis que les cinq francs dus par le maçon Jean Chastelain sur sa maison du faubourg de La Fontaine contribuaient à vêtir 13 pauvres enfants. Etc. Le décompte en était fait très exactement. Il le fut moins par la suite.

En même temps, les comptes de la ville nous font connaître les mariages des neveux, petits-neveux, arrière-petits-neveux ou nièces du bon abbé. Il semble bien que celui qui rendait compte des distributions charitables était choisi par le conseil de la ville, comme c’est le cas en 1628 pour Jacques Villemin, parmi les descendants et alliés de la famille Hurault. Dans ce cas, Jean Mourot fils, directeur des fondations pieuses en 1722, pourrait bien être l’ancêtre de Mlle Morrot, dont le nom se serait modifié au cours des âges comme cela arrivait souvent. De toutes façons, les papiers de Mlle Pauline Morrot ont été détruits par la guerre, de sorte qu’il ne subsiste que la tradition de famille.

M. le juge en est…

Nous venons de citer Jacques Villemin, dit Souhay. Ce dernier avait épousé Catherine Hurault. Il était donc de la famille, et sa postérité existe toujours en la personne de M. Villemin, juge des enfants au tribunal de grande instance d’Épinal, qui en est le descendant en ligne directe du marchand drapier, comme le constate un arbre généalogique sur parchemin rédigé en 1790 et propriété de notre sympathique concitoyen.

… et aussi force Spinaliens

Mais il est probable que quantité d’autres descendants des Hurault existent de par le monde, à en juger par les noms de celles qui jusqu’à la Révolution bénéficièrent des 60 francs à leur mariage. Je cite au hasard, au XVIIe siècle : - Catherine, fille de Villemin dit Souhay, - Claude, fille de François Dubois, auditeur à la Cour des Comptes de Lorraine et épouse de l’avocat François Maljean, - Yolande, fille de Benoît Picquet, - Anne, fille de Nicholas Saucourt, - Antoine, fils d’Antoine Gravel et Judith Hurault, - Jeanne Guichard, - Charles Adam Natoire, - Françoise Pot d’Argent, - sans parler des Pierrot, des Viart, des Moitsier, des Boban, des Baguel, des Logeot, des Viriot, des Viard et des Jeandidier, etc., etc., etc.

De sorte qu’il vint un moment au XVIIIe siècle ou les rentes devenant insuffisantes pour acquitter les donations faites à l’hôpital et que tout l’argent disponible fut partagé au mieux entre les descendants du "parenté" de messire Antoine Hurault, tels les Jacquot, les Aubertin (à Charmes), les Rolland (de Nancy), les Lefebvre, les Stein, les Planté, les Homo, les Lassus, les Demence, les Cornémont, les Georgé, les Bourdon, les Plaisance, les Padoxe, les Louis, les Vautrin, les Rose, et j’en oublie.

Parmi les derniers bénéficiaires de la descendance Hurault à la veille de la Révolution, on voit Nicolas-Louis Demence, à cause de Marie-Anne Jeandidier, Joseph Nicolas Jeandidier, Joseph Georget à cause de Marie-Anne Thiriet, sa femme, F.-J. Vautrin à cause de sa femme née Viard, etc.

Comme on le voit, la descendance par les femmes a dû être excessivement nombreuse, et il est probable que, si un généalogiste en faisait le compte, quantité de nos concitoyens se trouveraient cousins par les Hurault.

Un vent de fronde souffla au XVIIIe siècle

La distribution des lots devait du reste se faire sans trop d’exactitude, car l’un des distributeurs opérant par mandat du Conseil fut accusé au XVIIIe siècle par les descendants d’avoir mis force deniers dans sa poche, et ceux-ci portèrent le défi aux administrateurs de justifier par aucun acte qu’ils aient jamais fait habiller 12 enfants pour assister à l’office pendant l’Octave de la Toussaint, ni qu’ils aient non plus délivré ou payé aucun grain et denier pour faire apprendre profession à trois enfants, suivant que voulu par ledit testament, ni qu’ils aient jamais donné, comme il est aussi voulu, le moindre denier aux hermites de la Magdeleine et de Saint-Michel, proche d’Épinal.

Quant à celui qui devait crier les prières, la nuit, les descendants Hurault accusaient les administrateurs de l’avoir payé sur les deniers de la commune, en mettant le revenu du legs dans leur escarcelle.

Il faut dire que si les descendants se montrèrent soudain si soucieux du respect des clauses du testament, c’est qu’un avocat spinalien, Me Viriot, qui était de la descendance, n’avait reçu que 50 francs au lieu de 80 pour dot de mariage. Il fit un procès à la Ville, appuyée par un autre avocat mussipontain, Jean-Baptiste Viard, un notaire, un conseiller d’État, un ancien officier de cavalerie (Stein) qui tous aussi se réclamaient des Hurault, et considéraient avec inquiétude la réduction de la manne.

La Révolution mit un terme à ces doléances en entraînant la disparition des fondations.

Mais du moins une partie du legs du bon abbé Antoine Hurault subsiste indirectement, celle qui avait été employée à la construction de l’hôpital Saint-Lazare d’Épinal auquel notre hôpital Saint-Maurice a dans une certaine mesure succédé.

Jean Bossu.


[ La Liberté de l’Est , 7 mars 1962 ]

1990 — Dictionnaire des Vosgiens célèbres

HURAULT (Antoine), prêtre et bienfaiteur

Épinal, vers 1500 - Épinal, après le 15 février 1577


Antoine Hurault appartient à une ancienne famille bourgeoise d’Épinal. Il se destine très jeune à l’Église. Ordonné prêtre avant 1525, il utilise ses revenus pour acheter de nombreuses terres, des maisons et d’autres biens répartis autour de sa cité natale, durant toute son existence. Au début de 1577, il possède un important patrimoine foncier qui lui procure des revenus substantiels. Quand il se juge suffisamment âgé, il décide d’en faire profiter ses concitoyens.

Pour ce faire, il dicte un important testament à Jean de Pallegney, tabellion juré des bailliages de Vôge, Épinal et Châtel le 3 octobre 1562. Ses donations pieuses serviront à marier deux filles de sa parenté, une autre fille ou servante, à entretenir treize pauvres, à payer les gages d’un régent d’école et de vingt de ses écoliers, à faire apprendre des métiers à trois pauvres enfants, à constituer des aumônes pour les lépreux, l’ermite de la chapelle Saint-Michel, le reveillé qui parcourt les rues de la ville le soir, les bassins des Trépassés, de Notre-Dame et du Corpus Domini de l’église Saint-Goéry.

Ses dernières volontés sont scrupuleusement respectées quand il disparaît par les quatre gouverneurs d’Épinal. Un commis est nommé pour distribuer les revenus de ses biens aux intéressés. Il tient chaque année un compte des sommes qu’il verse. Conseiller en l’Hôtel de ville, il nous conserve le détail de ce qu’il attribue tant aux descendants de la famille Hurault qu’à d’autres personnages dont les noms et les degrés de parenté avec le testateur sont généralement indiqués.

La fondation d’Antoine Hurault produit un revenu annuel primitif de 12.410 francs et de 4.200 francs au milieu du XVIII° siècle. Il n’en est plus question à partir de 1790. Une rue d’Épinal porte le nom d’Antoine Hurault.


Bibl. : Archives communales de la ville d’Épinal. Testament sur parchemin d’Antoine Hurault et comptes relatifs à ses fondations. DD 178 à DD 205.
Ferry (Ch.).- Inventaire historique des archives anciennes de la ville d’Épinal, tome 5, 1880, p. 392 à 443.


[ Georges Poull ]

 

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