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Marcel METZGER

[ ?? , 1907 Golbey (88) , 1959 ]

boucher

Biographie vosgienne

2002 — L’Est républicain

Le sauveur du Pinau

ÉPINAL.- L’histoire nous dit qu’à la débâcle de 44, le Pinau a été sauvé par un pompier. Mais qui était-il ? Voici la fabuleuse histoire de Marcel Metzger.

Au centre, les bras croisés, Marcel Metzger pose avec tous ses amis pompiers volontaires, qui ont combattu les feux de la guerre.

A la Libération, le Boudiou élit miss Pinau (au centre) lors d’une kermesse. A sa gauche, la fille de l’électricien Barbier. A sa droite, Colette, la fille de Marcel Metzger.

A la remise en place de Pinau, Léon Schwab a lu le discours, et Marcel a dévoilé la statue.

Colette reste le témoin de l’histoire de son père.

Le Pinau n’a pas encore livré tous ses secrets. Voilà que son histoire se lie à la légende de saint Nicolas. Une fabuleuse histoire dont l’acteur principal n’est plus là pour la raconter. Marcel Metzger a été tué sur la route à Golbey, en 1959, devant ce qui est aujourd’hui le Bricorama. Il avait 52 ans.

Grâce à sa fille, Colette, nous pouvons aujourd’hui rendre à César ce qui lui appartient. Tous les écrits en effet sur le Pinau évoquent avec un étrange anonymat ce pompier qui, en ce jour de septembre 1944, a sauvé des mains ennemies l’enfant chéri d’Épinal. Il faut dire que Marcel n’était pas homme à réclamer les honneurs. Il n’y a que dans La Margasse, de Louis Gros, qu’on évoque son nom.

Metzger, boucher en allemand : un nom prédestiné pour Marcel. Tout commence avec ses parents. Comme l’ont fait les gros industriels cotonniers, ils fuient l’Alsace pour tenir une boucherie d’abord à Thaon, en face du café de la Femme à barbe. Marcel reprendra l’affaire, à Épinal. Il s’installe au Boudiou, dans l’île de Rualménil, sous l’enseigne Boucherie charcuterie Lorraine. Aujourd’hui le salon de coiffure Diagonal.

Le Pinau dans le saloir !

En ce temps-là, les voisins de Marcel se nomment le Gai Logis, un meublé de luxe où les dames reçoivent en petite tenue. L’hôtel La Pomme d’or, le fourreur Hantz, les teintureries Bertrand, le cinéma Majestic, Jacques Broda et les Vêtements Jacques...

Quand la guerre éclate, Marcel, le pompier volontaire, laisse sa boucherie aux mains de ses commis. Le devoir l’attend au cœur de son quartier.

L’arrivée des Allemands, en juin 1940, met le feu au Boudiou. Mais le Pinau tient bon. Sur sa haute colonne, il défie l’ennemi avec insolence. Quatre ans plus tard, la débâcle aura raison de l’enfant à l’épine. En septembre 1944, alors que les Allemands partent en retraite, un de leurs véhicules dérape au pied de la colonne. Pinau se retrouve mordant les pavés, le dos enfoncé, un bras cassé.

A la nuit tombée, tel saint Nicolas qui part faire sa tournée, Marcel Metzger traverse la rue avec un gros sac en toile de jute. Il ramène sur son dos le pauvre Pinau à la boucherie. Et le cache dans un... saloir.

Saint Nicolas n’a pas eu besoin d’apparaître pour le sauver, comme les trois jeunes enfants découpés par le boucher. A la Libération, Marcel remettra la statue à la ville. Elle trône depuis au grand salon d’honneur de la mairie.

Même absent, le Pinau continuera d’être fêté. A la Libération, tous les commerçants de l’île de Rualménil organisent une grande kermesse. Colette, qui est née au-dessus de la boucherie familiale, se rappelle : On a fait la fête sur les ruines. On y a même élu Miss Pinau. C’était la fille du cinéma.

A la remise en place le 27 juin 1953 d’un nouveau Pinau, commandé à un sculpteur parisien, le grand Léon Schwab, à qui Gérald Guéry vient de consacrer un livre, prononcera un discours, et demandera à Marcel de dévoiler la sculpture. Un juste retour des choses pour celui qui porta l’enfant d’Épinal.


[ L’Est républicain , 5 décembre 2002, Marie-Ange CREUSOT ]

 

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