Biographie vosgienne

Urbain Joseph COLIN
 
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Semaine religieuse du diocèse de Saint-Dié

COLIN Urbain Joseph.- M. l'abbé Joseph Urbain Colin, né à Moyemont le 25 mai 1862, fut ordonné prêtre le 30 mai 1885. Vicaire à Gérardmer en juin de la même année, il fut nommé curé de Saint-Elophe le 27 juin 1892, curé-doyen de Charmes le 30 novembre 1900, chanoine honoraire le 29 décembre 1910. Il est décédé le 10 décembre 1919.

[La Semaine religieuse du diocèse de Saint-Dié, vendredi 12 décembre 1919, 43-50, p. 341-342].

La paroisse de Charmes vient de faire d'importantes funérailles à M. le chanoine Colin si prématurément et si subitement enlevé à son estime et à son affection. La municipalité, le conseil municipal, les écoles, les communautés religieuses étaient aux premiers rangs de l'assistance. Un groupe d'une trentaine d'ecclésiastiques entouraient le cercueil. On y a remarqué M. le chanoine Michel, archiprêtre de Mirecourt, M. le chanoine Ève, M. le chanoine Évrard, M. le chanoine Soudain, et M. le Curé-doyen de Dompaire, ces deux derniers, condisciples du défunt. M. le Vicaire général Thouvenot étant retenu à Saint-Dié par une légère indisposition, Monseigneur avait délégué M. le chanoine Gravier, ancien vicaire de Charmes, pour présider les funérailles et donner lecture de l'oraison funèbre que Sa Grandeur venait d'écrire et dont voici le texte :

Mes bien chers frères,

Le deuil qui vous atteint m'a frappé au cœur. Bien que la santé de M. le doyen de Charmes nous donnât depuis quelque temps les plus sérieuses inquiétudes, nous étions loin de nous attendre à un dénouement aussi brusqué. M. le chanoine Colin en effet, doué d'une robuste constitution possédait en outre une de ces âmes vaillantes qui exercent sur le corps une puissante domination capable de résister aux assauts répétés de la maladie. Aussi, malgré les plus sages avertissements que ses amis ne lui ménagèrent pas, il refusa toujours de se mettre aux mains et de s'en remettre à la décision des autorités médicales. Homme de zèle et d'action, il prévoyait qu'un repos absolu lui serait imposé, peut-être redoutait-il qu'on ne lui fit envisager la nécessité prochaine de renoncer à la charge devenue trop pesante d'une grande paroisse. Le condamner à l'inaction, c'eût été lui faire entendre le premier son d'un glas. C'est pour cela que moi-même, en suivant d'un œil attristé les progrès du mal, je n'ai jamais fait allusion dans notre correspondance à l'éventualité de sa retraite. Je m'en remettais pour le prolongement de sa vie aux décrets de la Providence, à sa forte constitution, et au dévouement de ses deux collaborateurs, qui rivalisaient d'attentions délicates pour lui épargner le plus possible les fatigues et les soucis du ministère paroissial. Aussi combien je me suis félicité d'avoir accueilli favorablement la prière qu'il m'adressait, il y a quelques semaines, de ne pas éloigner de lui celui qui, depuis plus de dix ans, lui donnait un concours si apprécié. Cependant malgré nos soins et malgré nos vœux, Dieu a décidé de rappeler à Lui son fidèle serviteur : que sa volonté soit adorée et que son saint nom soit béni !

M. le chanoine Joseph-Urbain Colin est né à Moyemont le 25 mai 1862. Il a laissé dans nos Séminaires le renom d'un élève studieux, très consciencieux et régulier en toutes choses. Cet amour précoce de la régularité annonçait dès cette époque les solides qualités d'administrateur qui seront un des traits caractéristiques de son ministère. Formé pendant son vicariat de Gérardmer à la rude école d'un prêtre éminent, il ne tarda pas à donner, dès qu'il arriva a Saint-Elophe, la mesure de ce qu'on pouvait attendre de lui. Il garda pendant huit années le tombeau de notre glorieux martyr. Il s'en éloigna pour succéder ici à celui qui allait prendre la direction de notre Petit Séminaire en attendant qu'il fût associé à l'administration diocésaine, M. le chanoine Thouvenot, en quittant Charmes, y laissait au nouveau doyen une situation deux fois enviable, car outre l'importance de la paroisse elle-même, toutes les œuvres catholiques, les unes déjà établies, les autres déjà amorcées, offraient à M. Colin un champ d'action, où son zèle et sa prudence pouvaient se donner libre carrière. Nos espérances ne furent pas trompées. Le doyen de Charmes se mit à l'œuvre avec ardeur ; il entretint, il développa, il compléta le magnifique réseau qui englobait dans ses mailles les grands intérêts paroissiaux. Les écoles lui donnèrent de continuels soucis, mais sans rebuter son courage ; les patronages groupèrent autour de lui une ardente jeunesse pour laquelle il avait une si paternelle affection, et à laquelle il donnait, il y a quelques jours, au prix de quels efforts ! un suprême témoignage de son inlassable dévouement. Les confréries de jeunes filles et de femmes chrétiennes eurent leur large part dans sa sollicitude, de même qu'il prodigua aux malades et aux mourants les consolations et les secours dont l'Église a mis le trésor aux mains du prêtre.

Par une administration aussi vigilante que méthodique, il sut conjurer les désastreux effets de la Séparation. Rien ne périclita, ni les finances fabriciennes, ni l'entretien de l'Église, ni la beauté des cérémonies.

L'achat de la maison de cure en assurant un abri à ses successeurs, délivrait en même temps l'Évêché des ennuis qui accompagnent trop souvent l'arrivée d'un nouveau titulaire dans une paroisse. Sa bonté envers nos chers pensionnaires de la maison de l'Espée constitue pour eux comme pour moi l'obligation d'une sincère reconnaissance. Je lui en ai donné un gage en lui remettant le camail des chanoines honoraires de la Cathédrale. C'était la juste récompense d'une administration, dont la méthode ne fut pas toujours exempte d'une certaine rigidité qui d'ailleurs s'atténua au cours des années et dont il est facile de perdre la mémoire pour ne se souvenir que de ses heureux résultats.

Hélas ! la guerre qui alourdit sur les épaules de M. le chanoine Colin un fardeau déjà trop lourd et les angoisses qu'il partagea avec tous les Français, mais qui exercèrent sur ses organes fatigués une influence plus pernicieuse, contribuèrent à aggraver le mal et à précipiter la catastrophe qui nous met tous en deuil.

J'ai tenu à vous faire porter nos condoléances par un de vos anciens vicaires. M. le chanoine Gravier vous dira, mes Frères, les regrets de votre Évêque et ceux de l'Administration épiscopale faisant écho aux vôtres, et il vous demandera, non seulement de garder à celui qui fut pour vous un apôtre et un père le plus reconnaissant souvenir, mais de l'accompagner au tribunal des divines miséricordes par les pieux suffrages de vos ferventes prières. Ainsi soit-il.

[La Semaine religieuse du diocèse de Saint-Dié, vendredi 19 décembre 1919, 43-51, p. 344-346].