Biographie vosgienne

Albert MATHIEU
 
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Semaine religieuse du diocèse de Saint-Dié

MATHIEU Albert.- Monsieur le Directeur, Vous attendiez de la part des nombreux amis ou condisciples de l'abbé Mathieu, un dernier témoignage d'amitié, dont la Semaine Religieuse se serait fait l'écho. Je partageais cette attente ; mais, comme vous, ne voyant rien venir, je me permets de vous adresser cette courte nécrologie ; seulement, cuique suum, elle est due en grande partie à l'obligeance de MM. les Curés de Girancourt et de Harsault, qui ont bien voulu me communiquer les détails les plus intéressants sur l'excellent confrère que ces Messieurs du voisinage de Chaumousey viennent de perdre.

M. l'abbé Mathieu, l'aîné d'une famille nombreuse, passa les premières années de son enfance à Étival où il est né le 15 août 1862.

Mais ses parents vinrent habiter bientôt la paroisse de Ménil, canton de Rambervillers, et c'est là que M. l'abbé Petitjean, aujourd'hui curé de Chamagne, dirigea les premiers pas vers le sacerdoce du futur curé de Chaumousey.

Plus tard, un autre enfant de la famille Mathieu entrait chez les Frères de saint Jean-Baptiste de La Salle et mourait prématurément il y a quelques années. C'est dire que la mère chrétienne qui survit à ces deuils a donné deux fois ses deux fils au Bon Dieu.

Albert - celui que nous pleurons aujourd'hui - entra au séminaire de Châtel en cinquième ; sans efforts, il garda toujours une excellente place dans son cours ; et déjà au séminaire, il se montra ce qu'il devait être plus tard, très gai, très serviable, très sérieux au fond, avec une finesse légèrement malicieuse, dont il avait hérité peut-être de l'un de ses vieux protecteurs et amis, l'abbé Maton, ancien curé de Socourt, chez qui le séminariste de Ménil passait une partie de ses vacances.

On a dit récemment d'un prince de l'Église qui portait le même nom que notre confrère défunt, que ce fut un homme heureux ; arrivé à la lumière de Lorraine, le nouveau-né la salua d'un sourire satisfait. Si parva licet... L'abbé Mathieu - le nôtre - fut aussi, tout compte fait, un homme heureux ; et il paraissait l'être à peu près constamment en un temps où d'autres ne connaissent que trop d'amertumes ; chez lui, la joie était instinctive et si les soucis et la mauvaise fortune le rencontrèrent jamais, il sut toujours leur faire bon visage.

Ordonné prêtre le 26 mai 1888, il fut successivement vicaire à Charmes et à Épinal, curé de Crainvilliers où il ne fit que passer, enfin curé de Chaumousey pendant 15 ans. Partout, il fit ce que l'on appelle un beau ministère. Comme vicaire et comme curé, il n'oublia pas surtout cette œuvre si nécessaire à l'heure actuelle, le recrutement du sacerdoce : M. l'abbé Méline, vicaire à Saint-Martin, est là pour en témoigner.

Mais c'est à Chaumousey qu'il eut davantage le temps de montrer les qualités de son esprit et de son cœur.

Chaumousey ! paroisse célèbre dans l'histoire de l'Église à cause de son abbaye, et du souvenir de saint Pierre Fourrier. Chaumousey ! paroisse encore endeuillée par la terrible catastrophe du 27 avril 1895, quand l'abbé Mathieu y arrivait en janvier 1896.

Aussi le nouveau curé voulut n'avoir d'autre devise que celle de son illustre et saint prédécesseur : Être utile à tous et ne nuire à personne.

Aimer ses paroissiens, ce fut pour lui tout le secret d'en être aimé ; et voilà comment il ne rencontra pas d'entraves dans la question des réparations de l'église et du presbytère et résolut avec une grande habileté, le problème toujours difficile d'amener trois municipalités à une entente commune sur le chapitre de certaines dépenses.

Homme de Dieu avant tout, il était également dans toute la force du terme, homme du peuple ; il savait aller à lui et se donnait sans compter. Sa porte était toujours largement ouverte, même aux pécheurs à la ligne de l'étang de Bouzey qui, fatigués de taquiner le goujon sans succès, venaient taquiner le bon curé de Chaumousey, et recevaient toujours ombrage et rafraîchissement sous son toit hospitalier.

Aux enfants, il prodigua ses soins, et fut toujours aidé dans sa tâche par la neutralité bienveillante des maîtres et maîtresses d'école de Chaumousey - heureux curé ! Près des malades, il multipliait ses visites, et quand un deuil venait à frapper une famille, il mêlait affectueusement ses larmes à celles des affligés.

En conversation, il savait intéresser, et contait à ravir quelque bonne histoire de séminaire ou de vicariat ; son esprit plein de verve, provoquait ou avivait la gaieté de ses confrères, dans les réunions sacerdotales ; et au dehors, amis ou adversaires de nos croyances religieuses étaient obligés de rendre hommage à son savoir faire, et subissaient son attirance.

Aussi quand il tomba malade, d'une grippe infectieuse, victime de son grand désir d'être agréable à tous, et d'accomplir son ministère jusqu'au bout, ce ne fut que tristesse dans la paroisse, tristesse qui se changea bien vite en un deuil profond, quand la mort frappa l'abbé Mathieu dans toute la force de l'âge et malgré sa constitution en apparence très robuste : il n'avait que 48 ans.

Ses funérailles montrèrent bien la grande place qu'il tenait dans le cœur de ses paroissiens ; elles furent magnifiques.

M. l'abbé Norroy, curé-doyen de Darney, chanta la messe, assisté à l'autel de MM. Renaut, curé de Contrexéville, et Michel, curé de Vecoux.

M. l'Archiprêtre d'Épinal qui présidait la cérémonie, prononça l'oraison funèbre, et put dire en toute vérité que l'abbé Mathieu n'avait pas d'ennemis - heureux curé !... Le deuil unanime, les larmes de tous le prouvaient surabondamment.

Dans le cortège funèbre et derrière le cercueil que le défunt avait voulu très simple et de bois de sapin, suivaient sa pauvre vieille maman tout éplorée, ses frères et sœurs, sa nièce affectionnée, les municipalités précédées d'une couronné superbe, 40 prêtres, et une foule nombreuse de fidèles, de parents et d'amis.

Et maintenant, l'abbé Mathieu repose au pied de la grande croix du cimetière ; longtemps encore les paroissiens de Chaumousey viendront en ce modeste cimetière, et conduisant par la main leurs petits enfants, ils leur diront en se mettant à genoux sur sa tombe : Priez pour le bon pasteur qui est enterré là !...

Nous demandons aussi aux lecteurs de la Semaine de lui accorder ou de lui continuer leurs pieux suffrages !

[La Semaine religieuse du diocèse de Saint-Dié, vendredi 31 mars 1911, 35-13, p. 210-212. Signé : Un ami du Défunt.].