Biographie vosgienne

Claude Eusèbe FEYS
 
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Notices biographiques des célébrités vosgiennes / Humbert le Vosgien

FEYS (Claude Eusèbe). Claude Eusèbe Feys, supérieur ecclésiastique des Sœurs de la Providence, chanoine honoraire de Saint-Dié, curé de Portieux, prêtre digne de mémoire par sa piété éclairée et son zèle pour les bonnes oeuvres. Il était né en 1760, le 16 décembre, à Charmes-sur-Moselle, de parents distingués par leur piété. Il fit ses premières études dans le lieu de sa naissance, sous M. Galland, qui en était curé, et qui était en grande réputation de vertu. Il entra ensuite au séminaire de son diocèse, en 1781, et y fut ordonné prêtre en 1784.

Bientôt après, ayant été nommé vicaire à Charmes, il eut occasion de montrer son ardente charité. Le village de Florémont fut affligé d'une épidémie qui donnait la mort à un grand nombre de ses habitants ; le deuil était dans toutes les familles, le pasteur lui-même y avait succombé, et le vicaire de Charmes se trouva chargé de tout le fardeau. Le refus de serment l'ayant forcé de sortir de France en 1791,, il passa en Allemagne, demeura deux ans à Trèves, puis alla à Postdam, et enfin rentra en France à la faveur du concordat. Il fut nommé curé de Portieux en 1803.

Pendant son séjour à Trèves, M. Moye, instituteur des Sœurs de la Providence, l'avait désigné pour lui succéder, ou plutôt à M. Raulin, chanoine de Saint-Dié, dans l'administration de la congrégation ; aussi M. Feys a-t-il réuni tous ses efforts pour maintenir l'œuvre que M. Moye avait entreprise. Les sœurs avaient disparu en même temps que tous les ordres religieux, mais la providence veillait au maintien d'un institut aussi précieux. M. Feys, en rentrant en France, amena avec lui deux sœurs, qu'il plaça à Portieux pour y faire l'école. Là, et avec ces deux sœurs, il ouvrit un noviciat, et forma en congrégation le petit nombre de sœurs dispersées çà et là.

L'évêque diocésain, qui était entré dans ses vues, le nomma supérieur ecclésiastique de cette congrégation renaissante. M. Feys, en en réunissant les débris et formant le noviciat, en devint le restaurateur ; et du noyau des deux sœurs résidant à Portieux, sont sorties, pendant la vie du vénérable supérieur plus de 2 000 sœurs, qui en France et dans les pays voisins, portent le bienfait de l'éducation et de l'instruction chrétienne. Les sœurs n'avaient pas de maison centrale, de maison de retraite, point de ressources pécuniaires pour en bâtir ; leur digne supérieur, s'appuyant sur le secours de Dieu, a bien osé l'entreprendre, et les sœurs ont aujourd'hui à Portieux un très beau couvent, qui n'est plus susceptible que des augmentations qu'exige le nombre de sœurs qui s'accroît de jour en jour. Il leur a fait donner une existence légale par une ordonnance royale du 2 août 1816.

Mais si le bon curé de Portieux avait une tendre affection pour les sœurs, qu'il appelait ses filles, comme elles l'appelaient leur père, celle qu'il éprouvait pour ses paroissiens n'était pas moindre. Il les nommait aussi ses enfants et les traitait en père. Que de bienfaits n'a-t-il pas répandus ? Et pour le culte divin, que n'a-t-il pas fait ? On peut bien lui appliquer ce passage d'un psaume : Le zèle de votre maison m'a dévoré. L'église de Portieux était en état de vétusté et menaçait d'une ruine prochaine ; M. Feys entreprit de bâtir une belle église. Les fonds accordés à cet effet étaient loin de suffire ; il sut y suppléer, et toujours avec les moyens de la providence sur laquelle il s'est toujours reposé. En effet, cette église est bâtie, et telle qu'il l'avait désirée.

Tout le travail n'était pas achevé, que déjà les jours du vénérable pasteur défaillaient. Tous ses vœux se portaient à pouvoir au moins une fois célébrer dans son église les saints mystères. L'évêque eut la bonté de venir la consacrer en l'état où elle se trouvait, et dans le discours qu'il prononça relativement à la cérémonie, il fit entrer l'éloge du digne curé de Portieux. Peu de semaines après, l'état du vieillard empira ; une hydropisie l'atteignit et fit des progrès rapides. Les sacrements de l'église lui furent administrés en présence d'un grand nombre de ses paroissiens, à qui il adressa de touchants adieux. Le 10 février 1839, il s'endormit dans le Seigneur. Tous ses paroissiens assistèrent en deuil à ses funérailles, et le nombreux concours du voisinage a fait de son convoi le triomphe du juste.

L'œuvre de charité du bon curé Feys, que les pieuses filles ont si bien propagée couvre aujourd'hui la surface du globe. Aussi, le nom du curé de Portieux passera-t-il à la postérité et comptera-t-il parmi ceux des bienfaiteurs de l'humanité.