Biographie vosgienne

Joseph REMY
 
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Dictionnaire des Vosgiens célèbres

REMY (Joseph), inventeur de la pisciculture
La Bresse, 16 novembre 1804 – La Bresse, 6 décembre 1854


Fils du simple fromager Laurent Rémy et de Marie-Anne François, il sait tout juste lire et écrire lorsqu’il se fait, à l’âge de 16 ans, pêcheur par profession. Doué d’un esprit d’observation fort remarquable et voyant les truites appelées à disparaître des ruisseaux vosgiens du fait des aménagements industriels, il cherche pendant 20 ans le moyen d’enrayer cette régression. A l’automne 1840, puis en 1841, il réussit à faire féconder, artificiellement, des œufs de truites et poursuit ses patientes recherches basées sur l’expérimentation directe et les connaissances traditionnelles locales. En février 1843, ses efforts sont couronnés de succès : il voit enfin éclore dans ses récipients de nombreux petits poissons qui prennent vie. Le 25 mars, il annonce sa découverte par une lettre au préfet des Vosges, mais il ne reçoit aucune réponse.

Sur la fin de l’année 1843, il s’associe avec Antoine Géhin (1805-1859), cabaretier à Ventron, pour faire connaître et exploiter son invention. En 1844, la Société d’Emulation des Vosges leur décerne une médaille de bronze assortie d’une prime en numéraire. Une série de communications sur la découverte paraît dans les Annales de la Société d’Emulation des Vosges de 1849 à 1852, sous la plume de M. Haxo. Dans le même temps, Rémy et Géhin procèdent à l’empoissonnement de deux étangs proches de La Bresse (Séchemer et Etang de la Cuve). Ils sont appelés à Saulxures, Cornimont, Gérardmer et Wildenstein dans le Haut-Rhin pour repeupler les rivières. Cependant, Joseph Rémy, qui a beaucoup investi dans son invention sans en tirer un grand profit, se trouve à la veille d’une ruine complète et dans un tel état de gêne qu’en 1848, il se voit contraint de vendre sa ferme et son mobilier.

Par ailleurs, l’embryologiste V. Costes, professeur au Collège de France, s’étant vu attribuer le mérite de l’invention, les deux pêcheurs posent une réclamation dont l’effet fut d’amener l’Académie des Sciences à établir une commission pour étudier les résultats obtenus. Sur le rapport de Milne-Edwards, le gouvernement voulut donner aux deux pêcheurs un témoignage de bienveillance en accordant à Rémy un bureau de tabac et une indemnité de 1500 francs par an et à Géhin des avantages identiques.

Ces récompenses sont une sorte de reconnaissance officielle de l’invention des deux Vosgiens. Si effectivement, les procédés de fécondation artificielle des poissons étaient déjà connus des scientifiques, ils étaient ignorés du public et Rémy et Géhin eurent le grand mérite de les redécouvrir sans aide extérieure, de les appliquer d’une façon simple, pratique et accessible à tous. De ce fait, ils peuvent être considérés comme les pionniers de la pisciculture de France.


Bibl. : Humbertclaude (Abbé).– Rémy, inventeur des procédés pratiques de pisciculture. Congrès provincial de la Société bibliographique, Nancy, 1896.
Annuaire des Vosges, 1852 et 1895.
Antoine (Robert).– Joseph Rémy inventa la pisciculture, in Revue Lorraine populaire, N° 9, avril 1976, p. 269.


[Pierre Heili.]