Biographie vosgienne

Maurice LEMAIRE
 
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Dictionnaire des Vosgiens célèbres

LEMAIRE (Maurice Henri), cheminot, homme politique
Gerbépal, 25 mai 1895 – Paris, 20 janvier 1979


Maurice Lemaire, député des Vosges, ministre de la reconstruction (photo Bernard Utard). Maurice Lemaire a marqué de sa forte personnalité tous les domaines qu’il a abordés : le chemin de fer, la région de Saint-Dié, les ministères.

Issu d’une famille vosgienne, le père, Joseph-Henri Lemaire (né en 1867 à La Petite-Fosse), est instituteur et la mère, Marie Constance Maurice, est née le 28 juin 1869 à Colroy-la-Grande. Au gré des mutations du père, il passe son enfance en compagnie de son frère Henri à Martinprey, à Saint-Jean-d’Ormont. Après ses études au collège de Saint-Dié puis au lycée de Nancy, il est mobilisé et fait toute la guerre 1914-1918. Il en revient lieutenant d’artillerie avec une blessure et six citations. Il suit alors les cours de l’école d’artillerie de Fontainebleau puis en 1919 entre à l’école polytechnique. En 1921 il est chef de district du chemin de fer du Nord à Saint-Just (Oise). Spécialiste de la voie et du ballast, il invente des procédés de nivellement des voies dont une dégarnisseuse-cribleuse qui porte son nom. Appelé au chemin de fer de l’Etat en 1931 pour y appliquer les procédés qu’il a inventés, il passe ensuite au réseau d’Alsace-Lorraine avec le grade d’ingénieur en chef adjoint au service voie-ballast à Strasbourg et en janvier 1940 il est envoyé dans les Flandres où son attitude lui vaut la Légion d’honneur.

Après l’armistice, affecté à la reconstruction des ponts, il refuse d’engager les entreprises allemandes et fait travailler les Français. Il publie en 1942 un ouvrage technique qui fait le point de l’œuvre à entreprendre pour rétablir la circulation sur voie ferrée mais dans le même temps, devenu agent X27 dans la Résistance, il incite les cheminots à freiner l’activité. En 1944 il est nommé directeur général adjoint de la S.N.C.F. après avoir dirigé le réseau du Nord de mars à juin. Il est promu directeur général en 1946 et lance la bataille de la reconstruction des réseaux ferrés. Il est démis de ses fonctions en 1949 et remplacé par Louis Armand. Réintégré sur décision du Conseil d’Etat en 1954, il sollicite sa mise à la retraite la même année.

Elu maire de Colroy en 1947 (il le sera 30 ans), il se réclame du gaullisme et s’engage dans la politique. De 1951 à mars 1973, il est réélu constamment député de Saint-Dié. Au Conseil Général il représente le canton de Raon-l’Etape puis de Provenchères-sur-Fave de 1951 à 1978.

En 1953 il entre au gouvernement dans le cabinet Laniel avec le portefeuille de la Reconstruction et du Logement. Il conserve son poste sous Pierre Mendès-France puis, dans le gouvernement présidé par Guy Mollet il est secrétaire d’Etat à l’Industrie et au commerce (1956-1957). S’inquiétant de la crise de l’énergie qui menace l’Europe, il publie en 1957 Notre destin à l’heure du pétrole. Après le retour du général de Gaulle au pouvoir, il préside à l’Assemblée Nationale la Commission de Production Industrielle de 1959 à 1972. Il dépose alors un projet d’adduction du gaz saharien de l’Algérie à l’Europe, projet qui sera réalisé ultérieurement.

A partir de 1968 les difficultés de l’industrie textile dans la région de Saint-Dié conduisant à des suppressions massives d’emploi, compensées partiellement par quelques industries nouvelles, notamment à Fraize-Flainfaing, lui valent l’hostilité d’une partie de la population ouvrière.

Caricature de M. Lemaire parue dans Franc-Tireur (31 juillet 1953) La grande œuvre à laquelle il consacre toute son énergie dans la dernière partie de sa vie est la reconversion du tunnel ferroviaire Lusse-Sainte-Marie-aux-Mines en tunnel routier. Malgré toutes les difficultés rencontrées, administratives, techniques, humaines, il mena l’opération à bonne fin et le tunnel fut inauguré le 28 mars 1976, dix ans après le début des études.

Chevalier de la Légion d’honneur (16 juin 1920), officier (29 juin 1940), commandeur (27 novembre 1946), Maurice Lemaire était également titulaire de la croix de guerre 1914-1918, de la croix de guerre 1939-1945, et de plusieurs distinctions étrangères.

De son mariage avec Edith Bourgex, fille de cheminot, en 1922, il eut 3 enfants : Marie-Henriette, François et Pierre.

Son frère Henri, né en 1900, était directeur de tissage à la Petite-Raon. Déporté en 1944, il décède à Dachau en 1945. Ses parents sont morts de chagrin la même année (1977).


Bibl. : Bernard (Hubert).- Maurice Lemaire.- Saint-Dié : Loos, 1978.
Regards, n° 178, février 1988.


[Albert Ronsin].