Biographie vosgienne

Jean CHASSARD
 
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L'Est républicain

Décès de Jean Chassard



NANCY.- Né en 1912 à Fraize dans les Vosges, Jean Chassard a subi le choc de la guerre 14-18. Son père porté disparu au chemin des Dames, sa mère victime de la grippe espagnole, il se retrouve orphelin dès 1918, alors qu'il n'a que 6 ans. Enfant unique, il est élevé par sa grand-mère et gravira tous les échelons à force de volonté.

Remarqué et encouragé par quelques enseignants clairvoyants, il est reçu au certificat d'études et sort major de sa promotion de l'école normale de Mirecourt, puis il est admis à l'école normale supérieure de Saint-Cloud, après un intermède en tant qu'instituteur à l'école Mon-Désert devenue Marcel-Leroy, de Nancy. Il obtient brillamment l'agrégation d'allemand.

Sa vocation est alors trouvée. Il donnera à ses élèves le goût de l'Allemagne et de sa langue, espérant ainsi conjurer les menaces de conflit avec le voisin d'outre-Rhin. Malheureusement, la guerre en 1939 est un dur rappel à la réalité. Échappant à la captivité, il est démobilisé en 40 et entame sa carrière d'enseignant de lycée. Il passera par Mézières, Valenciennes et Reims avant d'arriver en 1943 au lycée Poincaré de Nancy, où il effectuera toute sa carrière jusqu'en 1976.

Enseignant de la sixième à la terminale et en classes préparatoires, où ses qualités lui valent d'être conseiller pédagogique et d'obtenir les Palmes académiques, jusqu'au grade de commandeur.

L'allemand facile

Dès la fin des années cinquante lui vient l'idée de diffuser les méthodes révolutionnaires qu'il applique dans ses classes. Bientôt rejoint par son complice Gontier Weil, il a inventé, bien avant l'introduction des méthodes dites audiovisuelles, l'utilisation de la bande dessinée dans la pédagogie des langues. Ce sera la série de L'allemand facile avec la pipe pour emblème, suivie des Also los. Dossiers de civilisation, vocabulaires, littérature, anthologies, ce sont plus de soixante-dix ouvrages différents destinés aux élèves de la sixième à la faculté qui seront utilisés dans tous les établissements de France et même traduits en plusieurs langues. La fameuse Grammaire verte, régulièrement rééditée, a accompagné des générations de lycéens et d'enseignants, et figure encore aujourd'hui dans la catalogue des éditions Armand Colin. Les autorités allemandes, conscientes de son rôle éminent dans la rapprochement des deux peuples, devaient d'ailleurs lui décerner, ainsi qu'à son compagnon Gontier Weil, la plus haute distinction fédérale en le nommant commandeur de l'ordre du Mérite de la RFA.

Mais pour Jean Chassard, qui n'oubliait pas ses débuts solitaires dans la vie, sa véritable fierté était la famille qu'il avait créée en épousant en 1936, Aline Fèvre, elle-même enseignante : cinq enfants, quatorze petits-enfants et treize arrière petits-enfants dont la réussite était sa plus belle récompense. Il a rejoint son épouse décédée il y a deux ans.

Jean Chassard a été inhumé au cimetière de Préville à Nancy.

[L'Est républicain, 5 janvier 2007]. ___________________________________________________________

Décès d'Aline Chassard



Aline Chassard vient de nous quitter à l'âge de 91 ans. Elle était née en Saône-et-Loire, dans le petit village de La Racineuse, où ses parents étaient instituteurs. Fidèle à la tradition familiale, elle se destina très vite à l'enseignement et, après ses années d’École normale à Lons-le-Saunier, elle rencontra à Nancy, où elle préparait l’École normale supérieure de Fontenay, son futur époux, lui-même futur normalien. Elle épouse donc en 1936 Jean Chassard, qui s'illustrera pendant plusieurs décennies avec son collègue Weil en publiant des manuels d'allemand.

Après des premiers postes à Mézières et Reims, le couple s'établit à Nancy, en 1943, d'abord rue Émile-Gallé, puis en 1956 rue de Prény.

Mme Chassard sera professeur de lettres successivement au collège Saint-Léon et au Lycée Chopin. Sa conscience professionnelle et sa fermeté toute maternelle lui attireront l'affection de générations d'élèves, l'estime de ses collègues et lui vaudront les Palmes académiques.

En dehors d'une vie dévolue à l'enseignement, elle mit au monde cinq enfants qui ont tous réussi de brillantes études. L’aîné est devenu ambassadeur de France, trois ont repris le flambeau de la pédagogie et sa fille est chef de projet informatique.

La retraite lui aura donné enfin le temps de satisfaire ses passions pour le théâtre et les voyages. Mais sa famille s'agrandissant rapidement, elle cultive bientôt l'art d'être grand-mère avec quatorze petits-enfants, puis arrière-grand-mère, avec dix arrière-petits-enfants. Jusque dans ses dernières années, elle manifestait son esprit d'ouverture, très estimée dans son quartier, notamment auprès des paroissiens de Sainte-Anne de Beauregard. Elle rendit par ailleurs durant de nombreuses années, des visites aux malades en fin de vie dans le cadre des VMEH. Très affaiblie par la maladie, elle s'est éteinte samedi 19 février.

Les obsèques ont été célébrées hier, à 11 h, en l'église Sainte-Anne de Beauregard.

[L'Est républicain, 23 février 2005].