Biographie vosgienne

Joseph GILBERT
 
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La Semaine religieuse de Saint-Dié

DÉCÈS.- M. l'abbé Joseph Gilbert, né à Médonville le 3 octobre 1814, ordonné prêtre le 22 décembre 1838, vicaire à Mirecourt, puis curé de Rainville depuis 1846, est décédé le lundi 18 mars.

Il était membre de l'association de prières pour les confrères défunts.

[La Semaine religieuse de Saint-Dié, 1878, page 183].


Monsieur Gilbert, curé de Rainville.

Monsieur le Directeur,
Dans le dernier numéro de la Semaine, vous signaliez la mort de M. le curé de Rainville. Permettez-moi de vous donner, au sujet de ce digne prêtre, quelques détails qui feront plaisir à ses amis, et dont tous vos lecteurs pourront s'édifier.

M. l'abbé Gilbert fut un bon et saint prêtre, d'un jugements droit, d'une piété large et solide, d'une franchise un peu brusque, qui n'ôtait rien à l'extrême bonté de son cœur.

Également cher à ses confrères et à ses paroissiens, il eut pour ceux-ci un mérite particulier : c'est que sa carrière pastorale tout entière s'écoula au milieu d'eux. Il les dirigea l'espace de 32 ans, avec un zèle toujours guidé par la prudence. Sa douce et ferme autorité lui gagna l'estime, le respect et la confiance de tous : c'était un père au milieu de ses enfants. Il sut les préserver de la contagion des idées malsaines, et maintenir à peu près intacte, même chez les hommes, la ferveur des anciens jours pour les pratiques du culte chrétien, surtout pour la messe, les vêpres et la commune pascale. Lors de la dernière confirmation, Monseigneur le félicita dans les termes les plus généreux ; ce dut être un moment bien doux pour le cœur de ce vertueux ecclésiastique, à qui ses amis n'ont connu qu'une seule passion : l'amour de sa paroisse.

Mais déjà, à cette époque, l'implacable maladie qui poursuivait M. Gilbert l'avait réduit à l'impuissance de remplir par lui-même les devoirs de son ministère. Monseigneur, comprenant combien il eût été pénible au digne prêtre de quitter sa famille spirituelle, et à celle-ci de perdre son père bien-aimé, résolut de nommer un vicaire à Rainville : ce fut M. l'abbé Olry, ancien vicaire de Châtenois. La population de Rainville, qui appréciait bien vite M. l'abbé Olry, lui saura gré surtout d'avoir constamment prodigué au vénérable malade les soins les plus délicats, et de lui avoir fermé les yeux avec la piété d'un fils. Je n'entrerai pas, M. le Directeur, dans le détail de la cérémonie funèbre ; je ne vous peindrai ni la splendide décoration de l'église, ni le concours universel de la population, ni l'admirable tenue de ces hommes, de ces femmes, de ces jeunes gens, de ces enfants, qui venaient dire un suprême et douloureux adieu à leur regretté pasteur. Je veux seulement vous signaler un incident qui laissera un long et bien cher souvenir dans le cœur des habitants de Rainville.

M. Gilbert avait écrit, sur son testament, quelques lignes destinées à être lues à ses paroissiens lors de son enterrement. M. le curé de Châtenois, qui fit, en termes très touchants, l'éloge funèbre du défunt, termina cet éloge par la lecture du passage en question. Mettez-vous à genoux, mes frères, dit-il, pour entendre les dernières paroles de votre bien-aimé père. Et alors au milieu du silence et des larmes de cette foule pieusement agenouillée, notre digne doyen lut, d'une voix émue, les lignes suivantes que je vous cite de mémoire, et dont je ne puis garantir que le sens : Je quitte ce monde pénétré de la plus tendre affection pour me paroissiens. La confiance qu'ils m'ont témoignée a été le charme de ma vie et la plus douce consolation de mes derniers jours ; je leur en suis profondément reconnaissant. Si, à mon insu, j'avais eu le malheur de leur causer quelquefois de la peine, je leur en demande pardon. Puissent-ils persévérer toujours dans l'amour et la pratique de leurs devoirs religieux ! Puissé-je revoir au ciel ceux que j'ai tant aimé sur la terre !

Ces paroles, en face de cette bière, au milieu de cet appareil funèbre, empruntaient à leur simplicité même une incroyable majesté. M. Gilbert avait trouvé moyen de parler encore du fond de son cercueil, et l'on peut douter, sans faite tort à sa réputation oratoire, qu'il ait jamais parlé, de son vivant, d'une manière plus touchante.


[La Semaine religieuse de Saint-Dié, 1878, pages 197-199].