Biographie vosgienne

Jean Nicolas GENIN
 
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Annuaire administratif et statistique des Vosges 1853 / Charles Charton

GÉNIN Jean Nicolas.- Chevalier de la Légion d'Honneur, ancien capitaine au 29e régiment d'infanterie de ligne, né le 18 octobre 1776, mort à Vomécourt le 1er mars 1848.

Après une carrière militaire si noblement parcourue, on reste péniblement surpris de voir Génin s'arrêter au grade de simple capitaine. Rien ne lui manquait cependant pour s'élever plus haut, ni le courage, ni l'intelligence. Un peu de confiance en lui-même, et nous le compterions aujourd'hui avec orgueil parmi nos plus illustres généraux. Mais il était trop modeste et il trouvait toujours quelque camarade plus digne des grades que ses chefs venaient lui offrir. Quoiqu'il en soit, rendons hommage à la valeur de ce héros obscur. Les hommes de sa trempe sont rares : sans ambition, guidé seulement par l'amour de son rude métier, il fut, pour ainsi dire, le type du soldat.

Un des premiers volontaires du département, il fut incorporé, dans le 6e bataillon des Vosges et dirigé immédiatement sur l'armée du Rhin. Son début fut au siége de Spire, et, après la bataille de Wissembourg, il alla se battre à l'armée de la Moselle commandée par Houchard. En 1794, il était à l'armée de Sambre et Meuse, et, sous les ordres de Jourdan, il prenait part au siége de Charleroi, à la bataille de Fleurus, et il effectuait le passage du Rhin. Nommé caporal, il partit pour l'Italie où un jeune général faisait sa plus brillante campagne. Il arriva pour la bataille du Tagliamento, perdue par un général jeune aussi, le prince Charles.

Il quitta l’Italie avec Bonaparte et il fit partie de l'expédition d'Égypte, qui devait nous assurer d'immenses avantages et dont la funeste journée d'Aboukir ne fit qu'un brillant épisode des événements accomplis alors en Europe. Le 13 messidor an VI, il débarquait sur la côte égyptienne, et le lendemain il entrait dans Alexandrie. Quelques jours après il se battait vaillamment aux Pyramides.

C'est surtout à la bataille de Sédiman qu'il montra son courage. Une batterie turque causait dans nos rangs d'affreux ravages et il fallait, à tout prix, faire cesser son feu. Le général Desaix venait de donner à un aide de camp l'ordre de la faire enlever d'assaut ; mais Génin devance sa pensée : suivi de huit grenadiers, il s'élance au pas de course sur la batterie, tue ou disperse les artilleurs et reste maître de quatre pièces de canon. Cependant, placé sur une éminence d'où il dominait l'action, Desaix avait vu la conduite de ces braves. Après le combat, il les fit venir, loua leur intrépidité et embrassa le caporal Génin. Il rendit compte de ce beau trait au général en chef. Bonaparte voulut voir Génin, le félicita et le fit asseoir à sa table. Dès ce moment, notre héros fut au nombre de ces soldats d'élite dont l'Empereur se souvint toujours.

Bientôt eut lieu l'expédition de Syrie. Génin fut compris au nombre des 12 000 hommes amenés par Bonaparte pour conquérir ce pays. Au siége de Saint-Jean-d'Acre, il reçut ses premières blessures, et à peine guéri il prit part à la bataille du Mont-Thabor, où une poignée de français battit et dispersa 25 000 hommes d'infanterie et une nombreuse cavalerie. Il revint devant Saint-Jean-d'Acre, mais, faute d'artillerie, on dut lever ce siége meurtrier après dix-sept assauts consécutifs.

A peine rentré au Caire, il partit pour Aboukir, où l'armée turque fut complètement anéantie. A Héliopolis, il combattit vingt-quatre heures sans repos ni nourriture (20 mars 1800).

Il revint en France avec le grade de sergent, qu'il abandonna aussitôt pour entrer comme simple chasseur à pied dans la garde consulaire, qui devint plus tard la garde impériale. Envoyé au camp de Boulogne, il le quitta pour rejoindre la grande armée. Il était à la capitulation d'Ulm, consentie par le général Mack, qui se rendit prisonnier avec 30 000 hommes. En 1805, il assista à la sanglante bataille d'Austerlitz. On le retrouve encore à Iéna, à Eylau et à Friedland. C'est à la suite de cette dernière bataille que son colonel le força d'accepter le modeste grade de caporal.

A Tilsit (1807), il fit partie de la garde d'honneur qui accompagna Napoléon. Après l'entrevue, l'Empereur présenta à Alexandre les braves qu'il avait amenés, et reconnaissant parmi eux le caporal Génin, il le montra à l'empereur de Russie et lui raconta sa belle conduite à Sédiman. Surpris de tant de courage, le souverain étranger s'avance pour complimenter l'humble soldat. Son exemple est suivi par le grand duc Constantin, par Murat et par les autres généraux. Quelque temps après, notre brave reçut la décoration de la Légion d'Honneur des mains de l'Empereur, qui y ajouta une dotation de 1 000 francs sur le duché de Milan.

En 1808, nous le voyons à l'insurrection du 2 mai à Madrid et au fameux siége de Saragosse. En 1809, il est à Ratisbonne, à Essling, à Wagram. Il se distingua tellement à cette dernière bataille qu'on jugea son intrépidité digne d'être signalée à l'Empereur. Le lendemain, il dînait avec le grand homme. Après la campagne, il fut aussi invité à dîner aux Tuileries.

Nommé sergent en 1811, il partit pour la fatale campagne de Russie. Il se battit à Smolensk, à Borodino et à la Moskova, où le soleil se leva aussi radieux qu'à Austerlitz.

En 1813, il est promu au grade de lieutenant. Quatre jours avant la bataille de Lützen, Napoléon, qui passait la revue de ses troupes, aperçut le nouveau lieutenant et le nomma capitaine en présence de l'armée.

A Bautzen, il est blessé.

Il se distingua à Leipzig, cette bataille de géants qui dura trois jours.

Six semaines après la bataille d'Hanau, il est fait prisonnier et ne rentre en France que le 25 juillet 1814. Lorsque l'Empereur revint de l'île d'Elbe, Génin ne put reprendre du service immédiatement, retenu qu'il était par une longue et douloureuse maladie. Il allait rejoindre l'armée, quand il apprit le désastre de Waterloo. Alors il se retira dans le petit village de Vomécourt et il y vécut jusqu'à sa mort, entouré de l'estime et de la vénération de ses concitoyens.