Biographie vosgienne

Pierre Louis GIRARD dit VIEUX
 
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Annuaire administratif et statistique des Vosges 1848 / Charles Charton, p. 84-87

GIRARD, dit VIEUX Pierre Louis.- M. le baron Girard, dit Vieux (Pierre-Louis), n'appartenait pas par sa naissance au département des Vosges, mais il s’était en quelque sorte naturalisé Vosgien par son long séjour à Bains, par ses alliances et par ses travaux administratifs. Né à Genève le 17 décembre 1778, il fut appelé à parcourir la carrière militaire, où s'illustra son père, le général baron Girard, dit Vieux, dont la tombe se fait voir sur les remparts d'Arras. (Ce général fit avec distinction la campagne de 1796 à l'armée du Rhin-et-Moselle, et se trouva à la bataille de Riberach (Allemagne) et au passage du Val d'Enfer, où les Français, commandés par Moreau, défirent complètement les troupes autrichiennes sous les ordres des généraux Latour et Kraye).

Il y entra de bonne heure. A peine figé de 18 ans, il s'enrôla, le 3 prairial an IV, dans le 8e régiment de hussards, et, à dater de ce jour, il prit sa part de gloire et de danger dans toutes les guerres que la France eut à soutenir contre les diverses nations de l'Europe. Ainsi, le baron Girard combattit en Allemagne pendant les années 1804, 5, 6, 7, 8 et 9 ; sur les côtes de l'Océan pendant les années 1811 et 12 ; de nouveau en Allemagne en 1806 ; en Espagne en 1808, 1809, 1810, 1811 et 1812 ; en Allemagne encore en 1813 ; et en France en 1814 et 1815. Durant cette longue série de campagnes, M. Girard ne cessa de se faire remarquer par son courage, qui allait parfois jusqu'à la témérité, et par son énergie, qui lui faisait surmonter les plus grands obstacles.

Il fut blessé en Espagne d'un coup de feu au combat du 8 octobre 1810, et le 23 août 1813, dans la dernière guerre d'Allemagne, qui avait commencé sous de si heureux auspices pour l'empire français, il reçut plusieurs coups de lance et fut sur le point de perdre la vie. Du grade de brigadier qu'il obtint le 8 messidor an VI, M. Girard fut promu à celui de sous-lieutenant le 9 floréal an VIII. Devenu aide de camp ou général Girard, son père, le 12 frimaire an X, on le nomma lieutenant le 29 messidor an XII, et il passa, avec son nouveau grade, le 10 novembre 1807, dans le 25e régiment de dragons. Adjudant-major le 5 septembre 1809 et capitaine le 14 octobre 1810, il fut incorporé dans le 9e régiment de hussards le 12 janvier 1813. Le 14 juillet de la même année, l'Empereur l'investit du grade de chef d'escadron au 31e régiment de chasseurs et le décora en même temps de la croix de chevalier de la légion d'honneur. Il rentra dans ses foyers le 24 avril 1815.

Rendu à la vie civile, M. le baron Girard sollicita et obtint, le 20 mars 1816, des lettres de naturalisation qui lui permirent d'exercer les droits de citoyen français, qu'il avait conquis du reste avec son épée. Il se fixa à Bains, dont les eaux thermales devaient lui rendre plus supportables les infirmités qu'il avait contractées au service. Il sollicita l'alliance d'une des familles les plus honorables de cette ville et il se maria. Mais le repos n'était point son élément; l'activité était sa vie. Hors d'état par ses blessures de supporter plus longtemps les rudes travaux de la guerre, il rechercha des occupations d'un autre ordre où il pût encore être utile à son pays. Esprit droit et éclairé, il ne pouvait manquer de fixer l'attention de l'administration, et elle alla au-devant de ses désirs en lui confiant la mairie de sa ville adoptive.

Lorsque, en 1826, M. Girard prit les rênes de l'administration municipale de Bains, cette localité présentait l'aspect d'une bourgade. Les rues n'étaient point pavées ; les fumiers y stationnaient comme dans les villages ; les maisons étaient négligées ; l'établissement thermal avait l'air abandonné ; les promenades étaient impraticables et les chemins environnants dans le plus mauvais état. Le nouveau maire stimula l'amour-propre et le zèle de ses concitoyens, obtint des allocations du conseil municipal, organisa une excellente police de sûreté et de propreté, manifesta toute l'intelligence et tous les soins de l'édile, et, grâce à ses mesures et à sa persévérance, Bains se dépouilla de sa vieille et maussade physionomie pour revêtir les dehors plus attrayants d'une ville.

Ses rues s'embellirent et se purgèrent des foyers d'infection qu'elles contenaient. Les abords de ses bains devinrent d'un accès plus facile et plus agréable ; ses promenades et ses chemins nivelés, empierrés, n'offrirent plus la moindre apparence d'abandon. Ces changements ne s'exécutèrent pas toutefois sans rencontrer de grandes difficultés et sans exciter les murmures de quelques habitants, trop attachés aux anciens usages, trop habitués à la vue d'un état de choses qui leur semblait ne devoir jamais se modifier. Mais M. Girard vint à bout de toutes les résistances ; il eut le bonheur de voir ses projets se réaliser et de procurer par là à la ville de Bains l'avantage d'attirer chaque année à ses eaux un nombre plus considérable de malades.

Les intérêts matériels de cette ville n'occupèrent pas seuls l'esprit du maire de Bains : sa sollicitude s'étendit aussi sur d'autres intérêts, auxquels il attachait la même importance. Pendant son administration, qui ne dura pas moins de vingt ans, il s'appliqua à améliorer les écoles primaires et à généraliser les bienfaits de l'enseignement. Il conçut et entreprit avec succès, pour la première enfance, l'établissement d"une salle d'asile qu'il plaça sous la direction de religieuses capables et dévouées. D'un autre côté, il travailla à l'accroissement du patrimoine des pauvres ; il voulut que leur sort fût adouci chaque année davantage, et que, par une sage application des secours, ils fussent en même temps amenés à aimer le travail et à renoncer à de pernicieuses habitudes. Son intention était en outre de créer un hospice où les indigents infirmes, malades ou arrivés à une extrême vieillesse auraient trouvé les soins que leurs familles sont hors d'état de leur donner ; mais les moyens d'accomplir cette oeuvre de bienfaisance et d’humanité lui manquèrent, et il se vit à regret contraint d'y renoncer.

Accablé par l'âge et les infirmités, M. le baron Girard sentit que le moment était venu pour lui de se retirer des affaires, et, sur la lin de 1846, il résigna ses fonctions de maire, où constamment il avait su mériter la confiance et l'estime de l'autorité supérieure, l'affection et la reconnaissance de ses concitoyens. Quelques mois après, le 30 mars 1847, il succomba aux atteintes d'une longue et cruelle maladie. Il était âgé de 69 ans, et comptait 20 ans de services militaires et 20 ans de services civils. La croix d'officier de la légion d'honneur et la croix de Saint-Louis étaient venues dans sa retraite s'ajouter aux autres distinctions qu'il avait reçues.