Biographie vosgienne

Jean Joseph PETITGENET
 
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Annuaire administratif et statistique des Vosges 1848 / Charles Charton

PETITGENÊT.- Voici encore une de ces natures d'élite, que nos montagnes ont produites et qui ont honoré à la fois la science et l’humanité. Elle s'est révélée dans M. Petitgenêt, professeur d'hydrographie, né à Cornimont, dans une pauvre famille d'artisans, le 29 mai 1756, et mort à Dunkerque le premier janvier 1847.

Un prêtre instruit se chargea de l’enfance de M. Petitgenêt. Il se fit son professeur et lui donna des leçons de français, de latin, d'histoire et de géographie. L'élève répondit aux soins du maître. Il sentait qu'il devait ne rester que le moins de temps possible à la charge de ses parents, et n'attendre que de son intelligence et de son travail les moyens d'échapper aux atteintes de la misère. Le sentiment du devoir lui fit apprendre vite et bien ce qui lui était enseigné.

A l’âge de dix-neuf ans, riche de jeunesse et de savoir, plein d'espoir et guidé par une résolution irrévocable, Petitgenêt s'achemina, un bâton à la main, vers Paris, où il pensait qu'il lui serait plus facile qu'ailleurs de trouver une place. Son attente ne fut point trompée ; il trouva une place en effet, mais c'était l’ingrat et pénible emploi de maître de quartier au collège Louis-le-Grand. Petitgenêt supporta, sans se plaindre, tous les dégoûts du métier ; il profita pour s'instruire davantage de tous les instants que ne réclamait point la surveillance de ses élèves, et pénétra plus avant encore dans les connaissances des lettres et des sciences. C'est ainsi que, dans peu de temps, il prit rang parmi les meilleurs professeurs de cet illustre collège, où l’enseignement des langues mortes lui fut départi.

Mais le célèbre Laplace l'avait remarqué ; il avait deviné son génie pour les mathématiques : il voulut en diriger l’essor. M. Petitgenêt fut donc envoyé successivement, pour enseigner cette branche des sciences, à Metz et à Châlons. Ses succès le firent rappeler à Paris pour y présider les conférences à l’école normale. Enfin le savant Monge le plaça, le 7 janvier 1796, à Dunkerque, afin d'y professer l’hydrographie. Petitgenêt succéda dans cette chaire à M. Callet, le célèbre auteur des Tables de logarithmes et s'efforça de marcher sur ses traces. Il sortit des diverses écoles qu'il dirigea pendant sa longue carrière des talents chers à la France. Parmi ses élèves, il faut compter les amiraux Roussin, de Rigny, Massieu de Clerval, de Bougainville, les généraux Daullé, Even, ancien ministre de la guerre en Belgique, et une foule d'officiers aussi distingués dans la marine militaire que dans la marine marchande. Il savait si bien se faire aimer de ses élèves que tous restèrent ses amis, que tous vénérèrent cet homme simple et généreux, d'un esprit élevé, grave et réfléchi, noble par son dévouement et cher à la science. Son nom s'est en quelque sorte associé à la gloire de ceux qui furent ses élèves avant de devenir l'honneur de la patrie.

Après 55 ans des services les plus signalés, qui lui méritèrent la croix de chevalier puis celle d'officier de la légion d'honneur, Petigenêt se reposa des fatigues de l'enseignement. Il ne songea plus qu'à venir au secours de l'humanité souffrante. Sans patrimoine, il lui était difficile de remplir cette mission de bienfaisance ; il la remplit pourtant, mais en partageant avec le pauvre la pension que l'État lui payait ; en répandant les aumônes autour de lui ; en consolant les malheureux ; en pourvoyant à leur subsistance, à leurs besoins. Il trouvait dans la chaleur de son âme de quoi alimenter son inépuisable bonté ; il oubliait les exigences de sa propre situation, dès qu'il voyait des larmes à essuyer. Il pratiquait ainsi la plus douce des vertus.

M. Petitgenêt s'éteignit presque sans souffrance, dans la ville de Dunkerque où il résida pendant 51 ans consécutifs. Toute la population de cette cité assista à ses funérailles. Dans le cortége se trouvaient des marins en grand nombre, l'équipage entier du navire de l'État le Pluvier et des capitaines du commerce, parmi lesquels beaucoup d'anciens élèves du savant professeur, les officiers de la garde nationale de Dunkerque, le colonel et les officiers du 29e régiment de ligne en garnison dans cette ville. Jamais hommage plus unanime ne fut rendu aux vertus privées ainsi qu'au savoir. Un monument doit être élevé à sa mémoire par souscription et sur la tombe même de notre célèbre compatriote.