Biographie vosgienne

Gertrude QUENOUEL
 
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Annuaire administratif et statistique des Vosges 1846 / Charles Charton

QUENOUEL Gertrude.- […] nous pensons que les actes de charité suivants méritent de prendre place et seront lus avec d'autant plus d'intérêt qu'ils ont été accomplis par de pauvres femmes au prix des plus rudes privations.

Nous citerons en première ligne le dévouement et la piété filiale de la demoiselle Quenouel (Gertrude), domiciliée à Vaxoncourt.

Son père, qui a maintenant 77 ans, exploita longtemps une ferme importante située à 3 kilomètres de Châtel. Il jouissait d'une honnête aisance, fruit de son travail et de ses économies, lorsque ses trois fils lui furent successivement enlevés pour le service militaire. Ce coup funeste fut suivi quelque temps après de l'invasion de 1814, pendant laquelle sa ferme fut pillée et saccagée.

Ainsi fut anéanti tout son avoir, et, par suite des pertes qu'il venait d'éprouver, il dut vendre ce qui lui restait de son patrimoine, afin d'acquitter son dernier fermage, et quelques autres dettes qu'il avait été obligé de contracter pendant les mauvaises années, et surtout après le départ de ses trois fils.

Il lui restait encore trois enfants, un petit garçon de 5 ans et deux filles, dont l'aînée était sourde-muette, et la cadette âgée seulement de 17 ans. La position de cette fille aînée, déjà si affligeante, le devint encore davantage par suite d'une chute qu'elle fit et dont elle resta estropiée. La femme du sieur Quenouel, accablée par tant de malheurs, fut atteinte d'une grave maladie dont la suite fut la perte totale de la vue.

Dans ce déplorable état de choses, quels moyens d'existence restaient à cette malheureuse famille, sinon d'implorer la charité publique ? Telle eût été, en effet, sa seule ressource pour vivre, sans Gertrude, la fille cadette, qui, comme nous l'avons dit plus haut, n'avait alors que 17 ans. Cette jeune fille ne pouvant supporter l'idée de voir ses parents vieux et infirmes, réduits à tendre la main pour demander l'aumône, prit la généreuse résolution de pourvoir à leur subsistance par son travail. Malgré la faiblesse de son âge, elle se livrait aux travaux les plus pénibles de la campagne, et leur rapportait chaque soir le salaire de sa journée, et quoique accablée de fatigue, elle passait ensuite une partie des nuits à les soigner et à s'occuper d'autres petits ouvrages dont le produit était encore destiné à soulager leur misère.

Plus tard, et afin de leur procurer des secours plus assurés et plus abondants, elle entra en service et elle y est restée jusqu'à présent. Depuis lors tous ses gages, sauf une faible portion qu'elle réserve pour ses petites dépenses personnelles, ont été constamment consacrés à l'entretien de ses pauvres parents. Ajoutons, avant de terminer ce récit, que cette vertueuse fille, au moyen de ses épargnes, a fait apprendre un état à son frère. Depuis quelques années, ce dernier est établi dans la commune de Thaon, et il vient, autant que ses faibles ressources le lui permettent, en aide à sa soeur Gertrude dans la noble tâche qu'elle s'est imposée à i'égard de son vieux père et de sa soeur infirme.

L'admirable piété de Gertrude a paru à M. le Préfet des Vosges digne d'être récompensée, et un rapport a été transmis par ses soins à l'académie française, pour faire obtenir à cette vertueuse fille l'un des prix fondés par M. de Montyon.