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Exposition virtuelle n° 4

Les Images
d’Épinal

Une ville imprime l’imaginaire

Des feuilles coloriées, vendues à grande échelle, ont porté dans les foyers saints, soldats, contes, jeux et nouvelles du monde. Leur succès fut tel qu’Épinal devint un nom commun — puis une expression.

1796
fabrique Pellerin
1850
essor de la lithographie
2003
Musée de l’Image
01Édifier
02Raconter
03Jouer
04Vendre
05Instruire
06Rêver

ÉPINAL · IMAGERIE POPULAIRE

Suivez les tableaux dans l’ordre ou choisissez librement une étape du parcours.

Un nom propre devenu expression

« Une image d’Épinal »

Peu de villes ont donné leur nom à une manière de représenter le monde.

Dans l’usage courant, une « image d’Épinal » désigne aujourd’hui une vision embellie, simple et volontiers rassurante d’une réalité plus complexe. L’expression conserve le souvenir de feuilles vivement colorées et largement diffusées, mais elle en réduit aussi la diversité.

Car les images populaires n’ont pas seulement célébré des héros sages et des histoires heureuses. Elles ont édifié, amusé, propagé des croyances, enseigné, vendu, satirisé et parfois mobilisé les opinions.

1796 · Épinal

Jean-Charles Pellerin ouvre sa fabrique

Un cartier-dominotier comprend qu’une image peut être à la fois récit, objet et marchandise.

Jean-Charles Pellerin, né à Épinal en 1756, travaille dans la tradition familiale des cartes à jouer et des feuilles imprimées. En 1796, il fonde la fabrique qui restera attachée à son nom. Le contexte local compte : savoir-faire des artisans, présence du bois, papeteries proches et circulation commerciale favorisent l’entreprise.

Lire l’historique publié par la Ville d’Épinal

Bois · encre · papier · couleur

Fabriquer une image en plusieurs gestes

Chaque feuille naît d’une chaîne de mains spécialisées.

Le dessin est gravé en relief dans une planche de bois. Encrées, les parties saillantes impriment le trait noir sur le papier grâce à une presse à bras. Vient ensuite la couleur : à l’aide de pochoirs successifs et de brosses, les coloristes appliquent rapidement des teintes franches.

Cette décomposition technique façonne l’esthétique : contours lisibles, aplats colorés, scènes organisées en cases et textes courts permettent de saisir le récit d’un regard.

Une feuille prend la route

Faire voyager l’image jusqu’aux murs des maisons

Produire en nombre ne suffit pas : il faut atteindre un public dispersé.

Vendues à l’unité, diffusées par des marchands et des colporteurs, les feuilles circulent bien au-delà d’Épinal. Elles entrent dans des foyers qui possèdent peu de livres et parfois peu d’autres images. On les regarde collectivement, on les commente, on les découpe, on les use.

L’image populaire est donc à la fois un média, un décor modeste, un support de lecture et un objet de jeu.

Du saint au fait divers

Mettre presque tout le monde en images

La fabrique suit les croyances, les régimes, les modes, les peurs et les curiosités de ses publics.

Les premières productions religieuses côtoient bientôt les soldats et les batailles napoléoniennes. Viennent ensuite les contes de Perrault, les fables de La Fontaine, les chansons, les métiers, les faits divers, les théâtres de papier, les devinettes, les constructions et les jeux à découper.

Cette variété explique le succès durable de la formule : l’image populaire accompagne aussi bien le culte que le loisir, l’enfance que l’actualité.

Parcourir l’histoire de la fabrique Pellerin

Le XIXe siècle industriel

Changer d’échelle et de technique

La lithographie élargit les possibilités du dessin et accélère la production.

Vers le milieu du XIXe siècle, les pierres lithographiques prennent une place croissante aux côtés des bois gravés. Sous les successeurs de Jean-Charles Pellerin, notamment son petit-fils Charles, l’atelier se développe et perfectionne ses procédés. Les formats, les séries et les marchés se multiplient.

Des dessinateurs et graveurs comme François Georgin donnent aux productions spinaliennes une force visuelle immédiatement identifiable.

  1. 1796Bois gravé et presse à bras
  2. vers 1850Essor de la lithographie
  3. XIXe siècleDiffusion industrielle

Regarder n’est jamais innocent

Déchiffrer ce que les images veulent de nous

Une image populaire reflète son temps, mais elle contribue aussi à le fabriquer.

Les planches diffusent des modèles de famille, des hiérarchies sociales, des représentations de l’étranger, des récits patriotiques et des rôles attribués aux femmes et aux hommes. Durant la Première Guerre mondiale, certaines feuilles à découper associent jeu enfantin, récit du front et propagande.

Les lire aujourd’hui suppose donc un double regard : goûter leur invention graphique et interroger les valeurs qu’elles transmettent.

Musée de l’Image — dossier « 14-18, l’enfant découpait des images »

2003 — aujourd’hui

Du trésor conservé au regard contemporain

Préserver les feuilles anciennes ne suffit pas : il faut continuer à apprendre à voir.

Ouvert en 2003 devant les anciens ateliers Pellerin, le Musée de l’Image est un musée de société consacré à l’imagerie populaire française et étrangère, des siècles anciens à nos jours. Il rapproche les productions historiques d’œuvres contemporaines afin que les unes éclairent les autres.

Ainsi, « l’image d’Épinal » cesse d’être seulement une formule nostalgique. Elle devient un laboratoire pour comprendre la circulation des récits visuels — jusqu’aux écrans que nous regardons aujourd’hui.

Sources et précisions documentaires

Orthographe. « Imagerie d’Épinal » désigne l’établissement ; « image d’Épinal » une production ou, au sens figuré, une représentation simplifiée et embellie. Le Musée de l’Image et l’ancienne fabrique Pellerin sont deux institutions distinctes.