2013 —
Vosges Matin - L’Est républicain
Dylan Pelot, l’auteur de l’Encyclopédie des films introuvables, a été victime d’une rupture d’anévrisme
Mort du professeur de monstres
Nancy. Le coup l’a frappé comme l’aurait abattu un sniper, raconte son père, foudroyé par la nouvelle. De même qu’elle a sidéré une grande partie du monde artistique nancéien : Dylan Pelot a été victime d’une rupture d’anévrisme cataclysmique.
Le coup l’a frappé lundi soir alors qu’il circulait parc de la Pépinière. Mardi à 17 h, Dylan Pelot, 43 ans, était déclaré en état de mort cérébrale, dans l’attente de donner ses organes selon le souhait qu’il avait communiqué à ses parents, l’écrivain vosgien Pierre Pelot et son épouse Irma.
Dylan Pelot (alias Didiche pour beaucoup) était un artiste protéiforme, dont la créativité prodigue a toujours stupéfié. L’enfant de Saint-Maurice-sur-Moselle, né à Bussang le 21 juin 1969, avait tôt montré des dispositions artistiques évidentes. Encore collégien au Thillot, il entraînait ses camarades dans des aventures cinématographiques épiques où, déjà, il pratiquait cet humour loufoque à la lisière de l’absurde.
Dès l’âge de 16 ans, il était en mesure de présenter un dossier à l’école des Beaux-Arts d’Épinal, qui lui a ouvert ses portes prématurément. Après quoi, le jeune homme est venu s’installer à Nancy, multipliant les projets artistiques tous azimuts.
À cette époque se créait le groupe de hard Les fils de Craô où il fut à la fois chanteur et bassiste. Mais il a aussi illustré une série d’albums pour enfants écrits par son père, les aventures de Vincent, le chien terriblement jaune. Pour les albums de Victor qui pète au contraire, il signait les textes illustrés par Jean-Marc Mathis.
Vrais faux films
Depuis 2002, Dylan avait ouvert sa grotte à la MJC Bazin, son atelier, son antre. C’est là aussi qu’il donnait son cours de monstres où il initiait les enfants aussi bien aux techniques de la BD que du masque latex, du tournage, des effets spéciaux. En plus d’être exceptionnel, cet homme était un vrai catalyseur d’idées et d’énergies !, témoigne Rémi Grosset, le directeur des lieux.
Mais ces dernières années, son grand œuvre l’avait presque tout entier accaparé : l’Encyclopédie des films introuvables. Soit plus de 150 vrais-faux films, dont il imaginait synopsis, casting, fiche technique et surtout pour lequel il composait une véritable affiche et même des photos de tournage. Pour ça, il a dû faire passer la moitié du monde culturel nancéien devant ses objectifs, dans des costumes plus loufoques les uns que les autres, témoigne l’illustrateur Lefred Thouron. Dans des genres aussi divers que péplum, western, science-fiction, etc. Des pastiches réalisés par un féru de ciné et de littérature ! Une œuvre majeure. Car sous ses faux airs de grand ado dilettante, c’était un bosseur furieux.
Dans Fluide Glacial
Si ce travail n’a pas trouvé d’éditeur, depuis un an en revanche, ses films ont conquis leur place dans le mensuel Fluide Glacial. Une vraie reconnaissance pour ce Vosgien invétéré, dont tous évoquent l’énorme générosité, la grande disponibilité et l’exceptionnel talent. En décembre encore, on repérait l’une de ses illustrations projetée sous l’arc Héré en hommage à saint Nicolas.
Je suis super-fier d’avoir participé à la création d’un tel fils, nous confiait hier Pierre Pelot, étranglé par l’émotion. Il avait l’œil vif et une oreille terrible. Et à moi, son père, il donnait sans le savoir des conseils d’existence. Que j’écoutais. Mais qui vais-je écouter à présent ?
Lysiane GANOUSSE
[Vosges Matin et L’Est Républicain, vendredi 25 janvier 2013].