Albert RONSIN

[ Blois (41), 20/07/1928 – Saint-Dié-des-Vosges (88), 02/07/2007 ]

bibliothécaire

Auteur vosgien Biographie vosgienne

2007,07 - 1 — L’Est républicain - Vosges

Le décès d’Albert Ronsin

Le fondateur du musée et développeur de la bibliothèque de Saint-Dié est décédé. Hommage public demain.

A quelques jours de son 79e anniversaire, Albert Ronsin, conservateur du musée et bibliothécaire honoraire de Saint-Dié, est subitement décédé à son domicile de Marzelay.

La peine de ses proches est immense, la consternation des amis et connaissances est grande, mais le travail énorme qu’il a fourni laisse des souvenirs plus forts que le deuil. L’adage selon lequel un vieil homme qui meurt est comme une bibliothèque qui brûle n’est ici pas valable !

Un hommage public, précédant des obsèques civiles, lui sera rendu à Saint-Dié demain, à l’Espace François-Mitterrand à 14 h.

Avec la disparition d’Albert Ronsin, c’est toute une génération - pas au sens de l’âge mais de la formation et de l’état d’esprit - qui tourne une page. C’est Jean Vilar qui quitte Avignon, c’est l’ingénierie culturelle qui bouscule l’éducation populaire.

Le voici à Saint-Dié

Mais le mieux est de commencer par le commencement, celui du petit garçon né en Bourgogne (20 juillet 1928) dans une modeste famille d’employé du chemin de fer qui, au lieu de surveiller le bouchon pendant la partie de pêche dominicale, lit les petits classiques Vaubourdolles. Il passe le brevet. Albert Ronsin, docteur de l’université de Nancy (1962), n’a pas son baccalauréat !

Il entre en bibliothèque - commis - à Dijon en 1949 puis il fait sa formation de bibliothécaire à Nancy (il sera professeur à l’Ecole nationale supérieure des bibliothèques, président de la section lorraine de l’Association des bibliothécaires de France) et le voici à Saint-Dié en 1960.

Son action et son nom sont liés à l’organisation de la bibliothèque (aujourd’hui Médiathèque Victor-Hugo, sans oublier - c’est important - les annexes de Saint-Roch et de Kellermann) qui donnera à Saint-Dié le rang de ville où le taux de lecture est des plus élevés de France.

La construction, avec Aldo Travgalini, du Musée. Qui porte aujourd’hui le nom du maire Pierre Noël. Pierre Noël, socialiste, est battu aux municipales de 1977 à cause du musée. Commence pour Albert Ronsin une période - jusqu’en 1989 - où ses rapports avec la municipalité sont réciproquement et notoirement glaciaux. L’Inspection générale des bibliothèques le protégera efficacement plusieurs fois !

Mais lorsque la gauche revient en ville, en 1989 avec Christian Pierret, Albert Ronsin est à quelques mois de la retraite et il sent bien lui-même que les temps ont changé. Il renonce à devenir l’adjoint à la culture pressenti par M. Pierret, il se fait gentiment pousser hors de la Société philomatique (dont il fut président) par les Jeunes Turcs, un certain nombre de projets qu’il esquissait (faire du musée un petit Beaubourg, créer un centre de culture technique et industrielle du papier, installer à Saint-Dié un centre national de restauration d’ouvrages anciens) ne se feront pas.

Une histoire de l’imprimerie

Mais on a sauté des étapes : les fouilles du camp de la Bure avec Georges Tronquart ; le club Yvan Goll avec sa revue Fanal qui deviendra la Fondation Yvan-Goll, faisant de sa ville natale le légataire universel du poète ; les bijoux de Braque ; le fonds Maxime-Alexandre ; le musée Jules-Ferry.

En 1979, c’est sous sa plume, mais chez un éditeur... canadien, la première vraie histoire et synthèse du baptême de l’Amérique à Saint-Dié (La fortune d’un nom, America puis Découverte et baptême de l’Amérique -plusieurs fois réédité et enrichi depuis).

Moins connue du grand public, l’œuvre fondamentale d’Albert Ronsin est son histoire de l’imprimerie en Lorraine. C’était sa thèse et sa passion - nombreuses publications, mais surtout plus de 20 000 fiches manuscrites (et ceux qui connaissent l’écriture d’Albert...) pour lesquelles toutes les universités de France et de Navarre se battent déjà. Et sur lesquelles Albert Ronsin s’est soudain effondré.


[L’Est républicain, Vosges, mercredi 4 juillet 2007]

2007,07 - 2 — La Liberté de l’Est - Vosges

Albert Ronsin, le père du musée Pierre-Noël n’est plus

Conservateur honoraire de la Médiathèque et du musée de Saint-Dié-des-Vosges, Albert Ronsin s’est éteint à l’âge de 78 ans, victime d’une crise cardiaque. A l’origine du musée Pierre-Noël, de la Médiathèque et des bibliothèques de la Ville, le défunt laisse derrière lui un héritage culturel immense.

Figure emblématique de la cité de Jules Ferry dont il était la mémoire, Albert Ronsin a été l’ambassadeur culturel de la marraine de l’Amérique. Auteur de nombreux ouvrages, il avait largement contribué à la renommée de la Ville qui l’avait adopté en 1960. Son dernier livre intitulé Le nom de l’Amérique retrace l’histoire de la cité avec le continent américain. Historien de formation, Albert Ronsin est arrivé au coeur de la Déodatie avec une expérience de bibliothécaire d’étude de 11 ans acquise à Dijon puis à Nancy. A Saint-Dié, parti de rien, c’est lui qui est à l’origine de la bibliothèque publique. Sous son impulsion, la Ville s’est retrouvée dans les premiers rangs lecture et bibliothèque au plan national. Homme de culture, l’ancien conservateur du musée Pierre-Noël dont il était le père, a donné un élan formidable, entraînant dans son sillage les élus et les érudits de la cité de Jules Ferry.

Figure charismatique

Docteur en histoire, Albert Ronsin, né à Blois en 1928, a été président de la Société philomatique vosgienne, président de la Fédération des sociétés savantes des Vosges, membre de l’Académie Stanislas de Nancy, co-fondateur de la section déodatienne des Amis de la nature.

Erudit, il est l’auteur de nombreux ouvrages qui font autorité : Saint-Dié-des-Vosges, 13 siècles d’histoire, le Répertoire bibliographique des livres imprimés en France au XVIe siècle, Découverte et baptême de l’Amérique, La Cartographie à Saint-Dié au début du XVIe siècle.

En 1985, il s’était distingué en étant le lauréat de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres, obtenant le prix Gabriel-Auguste Prots. Dans le monde des bibliothécaires, Albert Ronsin a été une figure charismatique au moment de la grande mutation des années 70. Promu chevalier dans l’ordre des Arts et des Lettres en 1983, le conservateur honoraire du musée de Saint-Dié-des-Vosges a été élevé au grade de chevalier de l’ordre national du Mérite en 1988. Une ascension extraordinaire pour celui qui avait commencé sa carrière professionnelle comme agent de bureau PTT puis au service du Trésor.

Dans la cité de Déodat, Albert Ronsin laissera le souvenir d’un homme pour qui la culture était un art de vivre qu’il a essayé de faire partager au plus grand nombre.


[La Liberté de l’Est, Vosges, mercredi 4 juillet 2007]

2007,07 - 3 — Les Cahiers vosgiens, N° 13

Hommage à Albert RONSIN

Passionné de lecture publique, fondateur de la Bibliothèque de Saint-Dié des-Vosges, écrivain, érudit, amoureux des Vosges et de leur histoire, de leur géographie *...

Albert Ronsin, qui a été longtemps membre de l’Union des Ecrivains Vosgiens à ses débuts, nous a quittés l’été dernier. Si nous ne l’avons pas beaucoup connu personnellement, nous savons qu’il a développé le goût de la lecture dans sa ville : pendant de nombreuses années, Saint-Dié a été (dans sa strate démographique) la ville d’Europe où on lisait le plus grand nombre de livres par habitant. Il était un des fondateurs du groupe des historiens des Hauts qui fédère chaque année des chercheurs alsaciens, lorrains et francs-comtois sur des thèmes transvosgiens. Il avait notamment écrit, avec Roland Conilleau, un ouvrage sur le graveur vosgien Henri Valentin, plusieurs livres sur les Vosges, sur Le nom de l’Amérique.

Nous reproduisons ici deux textes d’Albert Ronsin, parmi ceux que sa veuve Nadine a choisis pour répondre aux messages de sympathie qu’elle a reçus. Ce sera notre façon de lui présenter nos condoléances et de l’encourager à la poursuite de l’œuvre de son époux.

Le projet de la bibliothèque de secteur repose sur l’idée générale suivante : il ne doit pas y avoir une lecture publique urbaine et une lecture publique rurale. Tous les citoyens quel que soit leur âge, leur situation familiale ou sociale, leur lieu de travail, de repos, de loisir, leur niveau de culture générale, doivent avoir un accès aux livres et aux autres moyens de formation et de distraction dans les mêmes conditions, avec les mêmes facilités. (1972)


* Faites qu’il y ait toujours, devant vous, une montagne verte et une pierre rose sous un ciel bleu. Un morceau de bonheur sera toujours en vous.


[Les Cahiers vosgiens, N° 13, 2007, signé : Claudine Lacaille, Vincent Decombis]

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