Nicolas Alphonse Marie Hector FRANCE

[ Mirecourt (88), 05/07/1837 – Rueil-Malmaison (92), 19/08/1908 ]

homme de lettres

/ pseudonyme : Jean DE VILLIOT (avec Paul FERDINANDO et Georges GRASSAL)

Romancier.

Auteur vosgien Biographie vosgienne

1897 — Dictionnaire biographique des Vosges, Henri Jouve

FRANCE Hector.- Né à Mirecourt le 5 juillet 1840.

Ancien professeur de littérature française à l’Académie militaire de Woolwich (Angleterre).

Officier d’Académie, commandeur du Nicham-Iftikar.

Membre de la société des Gens de lettres, de l’Association Of Foreign journalists de Londres, de la Plume et l’Épée, etc.

Fils d’un chef d’escadron de gendarmerie coloniale, membre de l’Assemblée Constituante, et issu d’une famille où il était de tradition de suivre la carrière des armes, M. Hector France fit ses études au Prytanée de La Flèche, d’où il sortit en 1858 pour s’engager au 3e Spahis. Il prit part, avec ce régiment, pendant dix ans, aux expéditions qui furent faites en Afrique, ayant été, entre temps, détaché à l’École de cavalerie de Saumur. A la suite de nominations faites injustement, il revint dans ses foyers, entra dans l’administration des Contributions Indirectes, puis au Moniteur des Tirages financiers.

En 1870, lorsque la guerre contre l’Allemagne fut déclarée, il reprit du service avec le grade de lieutenant et fut nommé capitaine-commandant au 4e régiment de chasseurs à cheval, dont il avait formé et organisé deux escadrons au Havre sous les ordres du général Loysel et dans lequel il accomplit plusieurs actions d’éclat, qui lui valurent d’être proposé pour la croix. Ayant pris parti pour la Commune contre l’assemblée qui avait signé la paix, il se réfugia en Angleterre après les journées de mai. Il enseigna d’abord le français, le dessin, l’histoire et même l’arabe dans quelques familles anglaises, puis le français à l’Université de Londres et dans divers collèges, entre autres celui de Douvres, collaborant à plusieurs journaux et créant à Londres l’Avenir, et fut enfin nommé à l’Académie militaire de Woolwich, où il professa du 8 janvier 1880 au 19 juillet 1895. Il donna sa démission à cette dernière date pour se consacrer exclusivement à la littérature.

On lui doit d’importantes oeuvres littéraires, romans, études sociales anglaises, critiques, etc., dont nous ne pouvons donner ici, faute de place, que la liste des principales :
- Le Roman du Curé, 1877, qui eut plusieurs éditions ;
- L’Homme qui tue ou Les bureaux arabes sous le second empire, 1878, critique politique sorte d’autobiographie ;
- L’Amour au pays bleu, 1880 ;
- Le Péché de sœur Cunégonde, 1880, nombreuses éditions ;
- Marie-queue-de-vache, romans anticléricaux, 1881 ;
- Les Va-nu-pieds de Londres, 1884 ;
- Les Nuits de Londres ;
- La Pudique Albion, 1885, études de mœurs anglaises ;
- et d’autres encore publiées dans différentes revues : Sous le burnous, 1886, Impressions d’Algérie ;
- L’Armée de John Bull, 1887, critique de l’armée anglaise qui eut plusieurs éditions et traductions ;
- Sac au dos à travers l’Espagne, impressions d’un voyage que l’auteur fit à pied d’Irun à Malaga, 1888 ;
- La Grèce en 1887, traduit de l’anglais, 1890 ;
- En police-court, critique des tribunaux anglais ;
- La Taverne de l’Éventreur, 1892, études des bas-fonds de la société anglaise ;
- Cinquante ans chez les Indiens, 1889, traduit de l’anglais ;
- Les Cuisines excentriques, 1893 ;
- Au Soleil, impressions de voyage sur la Riviera, 1893 ;
- La Vierge Russe, suivie de La Mort du Czar, 1893-1896, romans patriotiques qui valurent à l’auteur l’honneur de la saisie et de l’interdiction en Alsace-Lorraine ;
- Le Roman d’une jeune fille pauvre, 1896 ;
- et enfin, pour couronner ce travail, M. Hector France prépare un Dictionnaire historique et anecdotique des proverbes français avec leurs équivalents dans toutes les langues.


1902 — Portrait

Hector France, 1902.

1990 — Dictionnaire des Vosgiens célèbres

FRANCE (Nicolas Alphonse Marie Hector), romancier

Mirecourt, 5 juillet 1837 - Rueil-Malmaison, 19 août 1908


Hector France est le fils de Joseph France, lieutenant commandant la gendarmerie de l’arrondissement de Mirecourt et de Marie Adèle Daniel. Les carrières de son père et de son grand-père chef d’escadron d’État-major ne sont sans doute pas étrangères à son choix quand il décide de se consacrer au métier des armes. Il entre au prytanée de la Flèche, puis il échoue au concours d’entrée à Saint-Cyr, car il a horreur des mathématiques. En 1858, il s’engage au 3ème régiment de Spahis avec lequel il vit l’aventure africaine, en dehors d’une année passée à Saumur. Son esprit d’indépendance nuit à son avancement. Déçu, il quitte l’armée avec le grade de maréchal des logis-chef et décide de devenir fonctionnaire.

Il entre comme employé aux Contributions indirectes, puis au Moniteur des tirages financiers. Il reprend du service le 19 juillet 1870 quand la guerre éclate. Il devient lieutenant, puis capitaine dans la garde mobile de l’Oise. Il réintègre ensuite l’armée régulière, organise au Havre deux escadrons de cavalerie et reçoit les galons de capitaine commandant le 4ème régiment de chasseurs à cheval. Ses actions d’éclat accomplies en Normandie lui valent d’être proposé, avec le numéro un de son unité pour recevoir la Légion d’honneur. La fin prématurée de cette campagne ne lui permet pas d’obtenir cette distinction. Il est licencié le 7 mars 1871 à Paris où il est venu voir sa mère. Quand l’insurrection de la Commune éclate le 18 du même mois, Charles Luillier, son cousin germain, l’entraîne dans ce mouvement.

Né à Mirecourt, ce dernier est lieutenant de vaisseau. Il est nommé membre du comité central de la Garde nationale et commandant en chef de celle-ci. Il est révoqué le 24 mars en raison de son incompétence et de son caractère. Il est ensuite arrêté par les Versaillais, traduit devant le Conseil de guerre et déporté à l’île Nou, en Nouvelle-Calédonie.

Hector France, pendant ce temps, se met résolument au service du comité central de la Garde nationale de Paris, qui lui confie d’importantes responsabilités militaires. Il obtient le commandement, avec le grade de chef de bataillon, de la caserne Lobau qui devait acquérir une terrible et tragique réputation comme lieu d’exécutions sommaires après sa prise par les troupes de Versailles. Le 2 avril 1871, il ramène dans la capitale les débris de la légion Flourens, battue à Chatou. Quand il juge la partie perdue, il s’enfuit à Bruxelles, puis à Londres. Le conseil de guerre le condamne par contumace à la déportation dans une enceinte fortifiée. En Angleterre, Hector France enseigne le français, le dessin, l’histoire, l’arabe dans quelques familles aisées, puis le français à l’Université de Londres. Les recommandations de plusieurs généraux britanniques lui valent d’être nommé instructeur à l’Académie royale militaire de Woolwich. Il a notamment pour élève le prince impérial, fils de Napoléon III. Il occupe cette fonction de 1880 à 1895, date à laquelle il revient en France pour se consacrer entièrement à la littérature et au journalisme.

Au cours de son exil, il a déjà publié dans notre pays quelques ouvrages dont certains sont réédités plusieurs fois : L’amour au pays bleu (1880, 1885, 1886, 1908) ; Le Péché de soeur Cunégonde (1880, 1883, 1893) ; Marie Queue de vache (1885, 1892, 1893).

De 1880 à la veille de sa mort, il met encore à la disposition de ses lecteurs vingt-cinq romans, dont deux anglais. Ils se situent tous dans la tendance au réalisme et à l’étude des moeurs en littérature, très en vogue à cette époque. Ils entrent dans le cadre des romans d’Edmond de Goncourt, de Guy de Maupassant et d’Émile Zola. Il s’agit notamment de la Vierge russe (1600 pages), du Roman d’une jeune fille pauvre (1700 pages), des Mystères du monde, suite et fin des mystères du peuple d’Eugène Sue et de L’Homme qui tue, ou les bureaux arabes sous le Second Empire.

De 1899 à sa mort, Hector France collabore avec Hugues Rebell, qui se nomme en réalité Georges Grassal, ainsi qu’avec Charles Carrington. Sous le pseudonyme de Jean de Villiot, ils publient une oeuvre collective dont le thème principal est la flagellation à travers le monde. Hector France compose enfin un Dictionnaire de la langue verte, archaïsmes, néologismes, locutions étrangères et patois qui est édité en 1907. Quand il disparaît, il laisse une veuve et un garçonnet de douze ans.


Bibl. : Fleurence (L.-H.).- Il y a 75 ans décédait Hector France, Vosgien de naissance et romancier oublié, in Journal La Liberté de l’Est, 1983.


[Georges Poull].

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