Joseph HAUSTÊTE

[ Golbey (88) , 08/01/ 1768 – Épinal (88) , 28/02/ 1847 ]

ecclésiastique

Biographie vosgienne

1848 — Biographie vosgienne / François Vuillemin

HAUSTÊTE Joseph.- Naquit à Golbey, près d’Épinal, le 8 janvier 1768. Après des études très brillantes faites au collège de Dijon, il entra au séminaire de Saint-Dié en 1789, el y resta jusqu’en 1791. L’évêque de Saint-Dié, M. Chaumont de la Galaizière ayant refusé de prêter serment à la constitution civile du clergé, fut obligé de s’expatrier : Haustête l’accompagna jusqu’à Strasbourg, y reçut le diaconat, puis vint se fixer à Golbey, au milieu de sa famille. Ses éminentes qualités excitèrent autour de lui des sentiments de jalousie ; on le signala comme aristocrate, et pour ne pas être arrêté, il se vit contraint de quitter son village natal et d’aller chercher un asile, près de Vesoul, chez M. de Rochetalier, à qui il avait été recommandé. Il y consacra tout son temps à l’étude ; mais le bonheur dont il jouissait dans cette maison devait être de courte durée.

Quelques mois s’étaient à peine écoulés, que ses ennemis étaient sur ses traces. On s’empara de lui ; l’ordre d’entrer au séminaire dirigé par l’évêque constitutionnel lui fut donné, et sur son refus formel, on le transféra dans les prisons de Vesoul où il attendit, pendant de longues semaines, l’arrêt qui devait l’envoyer à l’échafaud. La réaction thermidorienne le rendit à la liberté, et comme, à cette époque, les persécutés de la veille étaient souvent les idoles du jour, le district de Vesoul entoura Haustête de mille prévenances et lui proposa de l’envoyer, aux frais du département, à l’École des poudres et salpêtres. Le jeune diacre comprit que dans ce moment de lutte suprême, le premier devoir était de se dévouer pour le salut commun et partit aussitôt pour Paris. Quinze cents concurrents se présentaient en même temps que lui à cette école, mais l’examen qu’il subit fut tellement remarquable, que les examinateurs le désignèrent comme le plus capable de tous les candidats. Dès qu’il eut passé quelques mois à l’École, on lui confia la direction d’un atelier très important, et, un an plus tard, l’emploi très envié de commissaire des poudres. Pendant toute la durée de la république et de l’empire, il s’acquitta de ses fonctions de manière a mériter constamment les éloges du directeur général de son administration et du ministre de la guerre [Note].

Cependant Haustête n’avait jamais perdu le goût de sa première vocation. Aussitôt que le dernier coup de canon eut retenti, il entra au séminaire de Nancy où il reçut la prêtrise. Il resta un an et demi dans ce séminaire en qualité de procureur ; on lui confia ensuite la cure de Médonville, qu’il conserva trois ans, et où son nom ne sera jamais prononcé qu’avec respect. Il était titulaire de cette cure en 1817, année de disette terrible, pendant laquelle sa charité se signala par d’immenses sacrifices. Cette charité avait toujours été si grande, que malgré les dix mille francs d’appointements qu’il avait touchés pendant vingt ans comme commissaire des poudres, sans compter de fortes remises proportionnelles, il n’avait pas fait un centime d’économie. Il avait tout donné aux pauvres, vivant presque exclusivement du produit d’un petit jardin qu’il cultivait lui-même dans ses moments de loisir. Son dévouement grandit avec la misère que faisait peser sur les classes malheureuses une année heureusement exceptionnelle.

Il fit rentrer toutes les créances qui lui restaient dues, aliéna tous les immeubles dont il pouvait disposer alors et put ainsi aller au devant de tous les besoins des nécessiteux de sa paroisse. Nommé en 1818 aumônier des dames bénédictines de Flavigny, il passa 17 ans dans cette maison d’éducation, dont il rédigea le règlement en 1828. Il fit immensément de bien à la communauté ; mais ce qui lui assura surtout des droits à la reconnaissance et à la vénération des bénédictines, dit dans une lettre la supérieure de Flavigny, ce furent les exemples de vertu qu’il ne cessa de leur donner. Je ne crois pas qu’il soit possible d’avoir une foi plus vive, une charité plus tendre, plus constante et plus universelle ; on peut dire qu’elle ne connaissait pas de bornes, et que rien n’était capable d’en ralentir les effets.

Pendant son séjour à Flavigny, l’abbé Haustête avait été nommé chanoine honoraire de Nancy ; mais son humilité était si grande qu’il ne pût jamais se décider à en porter les insignes. En 1835, il se retira à Épinal, et y devint en peu de temps l’objet de la vénération publique. Il se multipliait pour faire le bien, et Dieu seul sait le nombre des affligés qu’il a secourus, car sa charité ne s’exerçait que dans l’ombre. Il n’oublia pas son village natal, fit de nombreuses démarches pour obtenir la reconstruction de l’église et eut le bonheur de les voir couronnées d’un plein succès. Il a fait don à cette église d’un bel autel en marbre et de plusieurs ornements, a construit à ses frais une maison d’école pour les filles, et y a ajouté la donation d’une rente perpétuelle sur l’État de 150 fr. pour servir de traitement à l’institutrice. Enfin, il a répandu ses bienfaits sur tous les membres de sa famille, dont il a emporté la reconnaissance et l’amour.

Depuis longtemps, la santé de l’abbé Haustête s’affaiblissait ; après avoir essuyé plusieurs attaques d’apoplexie, il succomba le 28 février 1847, et alla prendre au ciel la place que Dieu réserve à ceux dont la vie n’est qu’un long bienfait. Tous les habitants d’Épinal, voulant honorer les vertus chrétiennes qui, chez l’abbé Haustête, brillaient d’un si vif éclat, ont voulu l’accompagner jusqu’à Golbey, où, selon son désir, il a été réuni à l’humble sépulture de ses pères.

 

Note : Un fait donnera une idée de sa sollicitude pour les intérêts qui lui étaient confiés : lors de l’invasion, le corps d’armée auquel il était attaché exécuta des mouvements extrêmement rapides d’attaque ou de retraite ; son magasin de poudre dut suivre tous ces mouvements, et malgré une saison pluvieuse et des chemins devenus en quelque sorte impraticables, il n’avait perdu, à la fin de la campagne, que cinq kilogrammes de poudre.

1866 — Notices biographiques des célébrités vosgiennes / Humbert le Vosgien

HAUSTÊTE (Joseph). Joseph Haustête naquit à Golbey, canton d’Épinal, le 8 janvier 1768. Après des études très brillantes faites au collège de Dijon, il entra au séminaire de Saint-Dié en 1789, et y resta jusqu’en 1791.

L’évêque de Saint-Dié, M. Chaumont de la Galaizière, ayant refusé de prêter serment à la constitution civile du clergé, fut obligé de s’expatrier : Haustête l’accompagna jusqu’à Strasbourg, y reçut le diaconat, puis vint se fixer à Golbey, au milieu de sa famille. Ses éminentes qualités excitèrent autour de lui des sentiments de jalousie ; on le signala comme aristocrate, et pour ne pas être arrêté, il se vit contraint de quitter son village natal et d’aller chercher un asile près de Vesoul, chez M. de Rochetalier, à qui il avait été recommandé. Il y consacra tout son temps à l’étude ; mais le bonheur dont il jouissait dans cette maison devait être de courte durée.

Quelques mois s’étaient à peine écoulés, que ses ennemis étaient sur ses traces. On s’empara de lui ; l’ordre d’entrer au séminaire dirigé par l’évêque constitutionnel lui fut donné, et sur son refus forme], on le transféra dans les prisons de Vesoul, où il attendit, pendant de longues semaines, l’arrêt qui devait le conduire à l’échafaud. La réaction thermidorienne le rendit à la liberté, et comme, à cette époque, les persécutés de la veille étaient souvent les idoles du jour, le district de Vesoul entoura Haustête de mille prévenances et lui proposa de l’envoyer, aux frais du département, à l’école des poudres et salpêtres. Le jeune diacre comprit que dans ce moment de lutte suprême, le premier devoir était de se dévouer pour le salut commun et partit aussitôt pour Paris.

Quinze cents concurrents se présentaient en même temps que lui à cette école, mais l’examen qu’il subit fut tellement remarquable, que les examinateurs le désignèrent comme le plus capable de tous les candidats.

Dès qu’il eut passé quelques mois à l’école, on lui confia la direction d’un atelier très important, et, un an plus tard, l’emploi très envié de commissaire des poudres.

Pendant toute la durée de la république et de l’empire, il s’acquitta de ses fonctions de manière à mériter constamment les éloges du directeur général de son administration et du ministre de la guerre. Cependant Haustête n’avait jamais perdu le goût de sa première vocation. Aussitôt que le dernier coup de canon eut retenti, il entra au séminaire de Nancy où il reçut la prêtrise. Il resta un an et demi dans ce séminaire en qualité de procureur ; on lui confia ensuite la cure de Médonville, qu’il conserva trois ans, et où son nom ne sera jamais prononcé qu’avec respect. Il était titulaire de cette cure en 1817, année de disette terrible, pendant laquelle sa charité se signala par d’immenses sacrifices.

Cette charité avait été toujours si grande que malgré les 10 000 francs d’appointements qu’il avait touchés pendant vingt ans comme commissaire des poudres, sans compter de fortes remises proportionnelles, il n’avait pas fait un centime d’économie. Il avait tout donné aux pauvres, vivant presque exclusivement du produit d’un petit jardin qu’il cultivait lui-même dans ses moments de loisirs. Son dévouement grandit avec la misère que faisait peser sur les classes malheureuses une année heureusement exceptionnelle.

Il fit rentrer toutes les créances qui lui restaient dues, aliéna tous les immeubles dont il pouvait disposer alors, et put ainsi aller au devant de tous les besoins des nécessiteux de sa paroisse. Nommé, en 1818, aumônier des dames bénédictines de Flavigny, il passa dix-sept ans dans cette maison d’éducation, dont il rédigea le règlement en 1828. Il fit immensément de bien à la communauté ; mais ce qui lui assura surtout des droits à la reconnaissance et à la vénération des bénédictines, dit dans une lettre la supérieure de Flavigny, ce furent les exemples de vertu qu’il ne cessa de leur donner. Je ne crois pas qu’il soit possible d’avoir une foi plus vive, une charité plus tendre, plus constante et plus universelle ; on peut dire qu’elle ne connaissait pas de bornes, et que rien n’était capable d’en ralentir les effets.

Pendant les cinq on six années que les dames bénédictines passèrent à Saint-Dié, l’abbé Haustête se fit connaître dans cette ville sous le même jour que partout, c’est-à-dire, qu’il y acquit l’estime et l’affection de toutes les personnes qui le connurent (1818-1824).

Pendant son séjour à Flavigny, l’abbé Haustête avait été nommé chanoine honoraire de Nancy ; mais son humilité était si grande, qu’il ne put jamais se décider à en porter les insignes. En 1835, il se retira à Épinal, et y devint en peu de temps l’objet de la vénération publique. Il se multipliait pour faire le bien, et Dieu seul sait le nombre des affligés qu’il a secourus, car sa charité ne s’exerçait que dans l’ombre. Il n’oublia pas son village natal, fit de nombreuses démarches pour obtenir la reconstruction de l’église et eut le bonheur de les voir couronnées d’un plein succès. Il a fait don à cette église d’un bel autel en marbre et de plusieurs ornements, a construit à ses frais une maison d’école pour les filles, et y a ajouté la donation d’une rente perpétuelle sur l’État de 150 francs, pour servir de traitements à l’institutrice.

Enfin, il a répandu ses bienfaits sur tous les membres de sa famille dont il fait la gloire, et il a emporté la reconnaissance et l’amour de tous ceux qui l’ont connu.

Depuis longtemps, la santé de l’abbé Haustête s’affaiblissait ; après avoir essuyé plusieurs attaques d’apoplexie, il succomba le 28 février 1847, et alla prendre au ciel la place que Dieu réserve à ceux dont la vie n’est qu’un long bienfait.

Tous les habitants d’Épinal, voulant honorer les vertus chrétiennes qui, chez l’abbé Haustête brillaient d’un si vif éclat, ont voulu l’accompagner jusqu’à Golbey, où, selon son désir, il a été réuni à l’humble sépulture de ses pères.

1911 — Semaine religieuse du diocèse de Saint-Dié

HAUSTÊTE Joseph.- Né 8 janvier 1768 à Golbey, séminariste à Dijon, puis à Saint-Dié, reçoit en cette ville, 19 mars 1791, le diaconat, et au sortir de l’ordination, accompagne jusqu’à Strasbourg l’évêque légitime, Mgr de Chaumont, contraint à passer la frontière, puis revient au pays natal, mais pour s’exiler après la loi d’août 1792.

Arrêté en chemin, à Vesoul, et jeté en réclusion jusqu’après la Terreur, il serait entré comme élève à l’École des poudres, peut-être sur une réquisition de l’autorité militaire, ainsi les évènements l’auraient éloigné de la prêtrise jusqu’à la fin de l’Empire.

En 1814, il regagné le Séminaire de Nancy, et le 1er octobre 1815, on lui assigne la cure de Médonville. En 1818, il est aumônier des Bénédictines de Vergaville, réfugiées à l’ancien Évêché de Saint-Dié, les suit pour quelque temps à leur nouvelle résidence de Flavigny, fin 1824, s’installe curé de Bult en 1827, se retire à Épinal en 1835, et meurt le 28 février 1847 (D’après M. le chanoine R. Mougenot).

[La Semaine religieuse du diocèse de Saint-Dié, vendredi 16 juin 1911, 35-24, p. 386. Notes d’histoire diocésaine].


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