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MATHIEU

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ecclésiastique

Biographie vosgienne

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ecriVOSGES, « MATHIEU », fiche bio-bibliographique, https://www.ecrivosges.com/fiche.php?id=2138 (consultée le 27 août 2026).

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Bibliographie et sources

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Notices documentaires

1919 — Semaine religieuse du diocèse de Saint-Dié

MATHIEU Abbé.- Le Martyre de M. l’ Abbé Mathieu, Curé d’Allarmont (raconté par sa bonne).- […… Nous n’avons que cette dernière partie, en attendant de trouver la première...]

Voici le résumé de la conversation : l’Allemand prie M. le Curé de le suivre ; il est chargé de l’emmener. M. le Curé pose une question à voix basse, l’Allemand répond très distinctement : "Non, non, M. le Curé, rassurez-vous ; il ne vous sera fait aucun mal ; nous vous emmenons comme otage, seulement le temps du passage des troupes au cas où les habitants voudraient tirer sur nous".

Alors M. le Curé répond bien haut : "Non, j’affirme que les habitants ne tireront pas, j’en réponds" ; pour toute réponse : "M, le Curé, dit l’officier, mettez votre chapeau et suivez- nous"...

M. le Curé dut demander si on l’emmenait seul car on lui répondit : "Non, nous emmenons M. le maire ou M. l’adjoint ou l’instituteur". M. le Curé ayant fait remarquer que l’instituteur était mobilisé : "Eh bien ! nous le remplacerons par un conseiller municipal".

J’ai aussi compris que mon pauvre maître désirait m’avertir ; aussitôt ils ont ouvert la porte de la cuisine et je vis notre pauvre curé escorté comme un criminel. "Clémence on m’emmène", me dit-il, si tristement que je n’oublierai jamais ses dernières paroles ! J’ai prié ces hommes sans cœur de ne pas l’emmener, leur disant qu’il n’avait jamais fait de mal, mais on me répondit durement : "Nicht mal".

Je priai M. le Curé de mettre son manteau, pour le cas où il devrait passer la nuit dehors : "Oui, dit l’Allemand, les nuits sont déjà froides". Et sur ce on le poussa dehors, et moi on me fit rentrer en me disant : "Nicht sortir, nicht partir".

Au même moment une troupe envahissait la maison. Ayant la grande douleur de voir emmener mon pauvre maître et me trouvant seule, pendant la nuit je fus saisie d’une grande frayeur et d’une angoisse mortelle ; ce fut pour moi le moment le plus terrible de ma vie. Au risque de recevoir une balle, je m’enfuis en sautant par une fenêtre du jardin, et, en rampant le long des murs, j’allai passer la nuit chez les voisins. Quelle nuit atroce !... je n’ose encore y penser !...

Le lendemain vers 6 heures du matin nous entendîmes notre pauvre Dick qui hurlait. M. Fays avait été pour le faire rentrer, et c’est alors qu’il vit toute la troupe rassemblée devant le presbytère et M. le Curé et M. le Maire au milieu d’eux. Les pauvres malheureux durent passer la nuit ou à l’église ou à la mairie, on ne sait pas au juste, et puis ils les emmenèrent jusqu’à Celles, pour y subir le martyre.

Des derniers moments je ne puis rien dire de précis puisque je n’étais pas là ; je ne puis que répéter 1es divers renseignements que j’ai reçus de plusieurs personnes qui se trouvaient à Celles au moment de l’exécution.

Après avoir été traîné de poste en poste, exténué de fatigue, mourant de soif, M. le Curé demanda par trois fois à boire de l’eau. Je crois qu’ils sont restés assez longtemps devant le château de M. Cartier. Voici un autre détail : M. le Curé avait toujours son chapelet et son crucifix sur les lèvres ; au moment de la mort il a béni M. le Maire et est tombé en disant une invocation, on croit que c’est Dominus vobiscum.

Alors le grand forfait est accompli ; M. le Curé d’ Allarmont et M. le Maire sont morts pour la France tant aimée par nous tous.

J’abrège ces tristes lignes, je n’ai plus le courage d’aller plus loin. Le mercredi matin j’étais sur le trottoir regardant toujours si M. le Curé revenait ; une dame me dit qu’ils avaient été fusillés à Celles. Je cours chez M. Fournier pour lui demander si c’était vrai; il me répond qu’il n’en était pas sûr mais qu’il venait d’envoyer deux dames pour s’en assurer. Au même instant ces personnes bien dévouées rapportaient la triste nouvelle. Je priai M. l’adjoint de faire chercher les corps restés sur place depuis deux jours. Sur la voiture traînée par deux bœufs, j’ai fait mettre un matelas, un oreiller, et deux draps bien blancs, et c’est ainsi que nos deux héros ont fait leur rentrée dans la commune, passant tous les deux devant leur demeure sans y rentrer. On les a conduits à la mairie et c’est là qu’ils ont passé leur dernière nuit.

Les demoiselles et les enfants ont apporté des fleurs et des couronnes et moi, sa pauvre servante, j’ai fait sa toilette mortuaire. Je l’ai revêtu d’une aube et d’une étole, et lui ai mis entre les mains un crucifix, un chapelet et saint Alphonse, son saint patron qu’il a tant prié pendant la guerre. Remarquant que son rabat était déchiré, j’avais l’intention de lui en mettre un autre, mais la sinistre vérité me revint ; je vis qu’il était déchiré par les balles, je le lui remis pieusement en disant : "Tenez, M. le Curé, vous irez montrer tout cela au bon Dieu". Sa soutane était percée de part en part vers le cœur, sans doute par le coup de grâce.

Nous n’oublierons jamais l’expression de grand bonheur répandue sur ses traits, ni son beau sourire que les affres de la mort n’ont pu effacer ; c’était sans doute la vue de la récompense céleste et la joie d’un grand devoir accompli.

Je dois parler de son cher crucifix qu’on n’avait pas retrouvé près de lui. Au bout de deux ans il fut rapporté à la kommandatur je ne sais par qui. Cette précieuse relique m’a été remise. Que vous dirai-je de son enterrement qui eut lieu le jeudi à dix heures ? Quatre conseillers de fabrique portaient le cercueil que nous avions recouvert du drap de la congrégation, quatre conseillers municipaux portaient M. le maire. Les demoiselles ont récité sur la tombe le De profundis et le Miserere et ce fut tout...

Les restes mortels de nos martyrs reposent dans la même tombe ; ils sont tombés côte à côte, ils reposent ensemble. Mais certainement leurs âmes sont au ciel et nous protègent toujours.

Clémence Léonard.

[La Semaine religieuse du diocèse de Saint-Dié, vendredi 29 août 1919, 43-35, p. 227-229].


 

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