Antoine CALMET

[ Ménil-la-Horgne (55) , 25/02/ 1672 – Senones (88) , 25/10/ 1757 ]

ecclésiastique

En religion : Dom Augustin CALMET.

Biographie vosgienne

1829 — Biographie historique et généalogique / Louis Antoine Michel

CALMET Augustin dom.- Savant bénédictin, né en 1672, à Ménil-la-Horgne (Barrois), mort abbé de Senones en 1757. On doit à ce savant et vénérable religieux, dont les vertus devraient être connues comme les ouvrages, un riche et volumineux répertoire, fruit des plus laborieuses recherches sur notre histoire de Lorraine.

Il a écrit :
- Dissertations qui peuvent servir de prolégomènes à l’écriture sainte, 3 vol. 1720 ;
- La sainte Bible, avec un commentaire littéral, 26 vol., 1724 ;
- Histoire civile, ecclésiastique et politique de Lorraine, 7 vol, 1728 (dans laquelle se trouve la bibliothèque des écrivains) ;
- Dictionnaire historique et critique de la Bible, 6 vol., 1730 ;
- Histoire universelle, sacrée et profane, depuis le commencement du monde jusqu’en 960, 7 vol., 1735 ;
- Histoire de l’ancien et du nouveau Testament, servant d’introduction à l’histoire ecclésiastique de Fleury, 4 vol., 1737 ;
- Dissertation sur les revenants et les vampires de la Hongrie ;
- et, enfin, une Notice sur les duchés de Lorraine et de Bar, 1756, 1762.

Dom Calmet a déposé à la bibliothèque royale, en 1733, une copie exacte du Veidam, qu’il tenait d’un bramine, converti par les missionnaires. Ce laborieux écrivain est parfois diffus, partout prolixe, mais aussi toujours savant ; et l’on peut avancer que sa gloire littéraire ajoute à celle de son pays, justement célèbre chez toutes les nations.


1842 — Annuaire administratif et statistique des Vosges 1842 / Charles Charton

Dom CALMET, abbé de Senones.- Dom Augustin Calmet, l’un des religieux les plus savants et les plus laborieux, comme l’un des hommes les plus modestes et les plus vertueux de son siècle, est né le 26 février 1672 à Ménil-la-Horgne, dans l’ancienne province de Lorraine.

Il fit ses premières études au prieuré du Breuil, près Commercy, et sa rhétorique à l’université de Pont-à-Mousson ; en 1688, il prit l’habit de l’ordre de Saint-Benoît dans l’abbaye de Saint-Mansuy, au faubourg de Toul, quitta peu de temps après son nom d’Antoine pour celui d’Augustin et fut admis dans l’illustre congrégation des bénédictins. Le nouveau disciple de Saint-Benoît suivit avec un remarquable succès le cours de philosophie de l’abbaye de Sainte-Epvre-lès-Toul et ne se distingua pas moins dans celle de Munster par ses études philosophiques et théologiques. Ce fut à Munster que, pour mieux se pénétrer de l’écriture sainte, il apprit, sous la direction du ministre luthérien Fabre, la langue hébraïque qui lui permit de lire le texte hébreu des livres sacrés.

Le 16 mars 1698, Calmet reçut à Harlesheim l’ordre de la prêtrise des mains du suffragant de Bâle. Il accompagna à Toul le R. P. Alliot, chargé par son évêque d’y présider à l’organisation d’une maison des hautes études ecclésiastiques. De là, il fut envoyé à 1’abbaye de Moyenmoutier pour y enseigner la philosophie et la théologie. Il y resta six années. Pendant ce temps, il composa, au milieu des soins qu’exigeait le double enseignement dont il était chargé, la plus grande partie de son commentaire sur l’ancien testament et un grand nombre de dissertations sur des points importants de la science qu’il transmettait à ses disciples.

Envoyé par sa congrégation, qui appréciait sa haute capacité, à l’abbaye de Munster, en qualité de prieur, il y fonda, dans son amour de l’étude, une académie formée de huit ou dix religieux, avec lesquels il continua ses travaux sur la genèse et sur les psaumes. Il conçut même le dessein de publier, avec leur aide, un nouveau commentaire sur les saintes écritures.

Calmet, convaincu qu’à Paris seulement il pourrait trouver les moyens de rendre complet ce grand ouvrage, demanda à ses supérieurs et en obtint la permission d’y passer quelques années. Il arriva dans la capitale le 25 mai 1706 et établit sa demeure chez les Blancs-Manteaux. Il ne tarda pas à se mettre en rapport avec les savants les plus renommés, et, d’après leur conseil, il se décida à faire imprimer en français son oeuvre, sous le titre de Commentaire littéral sur tous les livres de l’ancien et du nouveau testament. Cet ouvrage, dédié à Léopold 1er, duc de Lorraine et de Bar, ne comprit pas moins de 26 volumes, dont le premier parut en 1707, in 4°, chez Pierre Emery, et le dernier en 1716.

Le séjour de Calmet à Paris se prolongea pendant dix ans qu’il employa à recueillir d’importants matériaux ; il prit dès le 12 juin 1715 possession du prieuré de Lay par procuration, et au mois de juillet suivant, il quitta la capitale pour se rendre à Moyenmoutier, dont l’abbé était son ami et son protecteur. Il s’occupa tour à tour de l’arrangement de la magnifique bibliothèque de cette abbaye et de la composition du Dictionnaire de la Bible qu’il publia en 1720. Ce nouvel ouvrage du savant bénédictin jouit d’une si grande estime, qu’a l’instar de son Commentaire et de son Histoire de l’ancien et du nouveau testament, il fut traduit dans toutes les langues de l’Europe.

Aux travaux théologiques de dom Calmet succédèrent ses travaux historiques. Il fit paraître son Histoire ecclésiastique et civile de Lorraine en 1728, en quatre volumes in folio, travail immense qui coûta à son auteur beaucoup de recherches et de temps. Le style de cette histoire laisse sans doute beaucoup à désirer sous le rapport de la correction, mais il n’en est pas moins vrai que la lecture en est attachante et qu’elle est recherchée avec avidité par ceux qui désirent connaître les événements dont la Lorraine a été le théâtre et parfois la victime.

Élu une seconde fois supérieur général de la congrégation de Saint-Vanne, Calmet fut, l’année suivante, choisi d’un consentement unanime pour succéder au R. P. Mathieu Petitdidier, mort évêque de Macra in partibus et abbé de Senones. Vers le même temps, le Saint-Père, dont l’attention ne pouvait manquer de se fixer sur ses vertus et sur sa science, voulut lui conférer le titre d’évêque, mais Calmet refusa cette dignité avec le plus noble désintéressement.

Parmi les autres ouvrages dus à son infatigable plume, nous citerons son Histoire universelle, sacrée et profane, sa Généalogie de la maison du Châtelet, son Traité historique des eaux et bains de Plombières, de Bourbonne, de Luxeuil et de Bains, ses Dissertations sur les apparitions des esprits et des vampires, sa Bibliothèque lorraine, sa Notice de Lorraine, etc.

Devenu abbé de Senones, Calmet n’en resta pas moins fidèle au culte de la science, sans négliger en aucune façon les intérêts de son importante administration, et l’on a peine à concevoir comment il lui était possible de suffire à l’énorme tâche qu’il avait à remplir. S’il s’était acquis par ses talents, par ses travaux, par sa prodigieuse mémoire, par son ardeur pour l’étude, une réputation européenne, il brillait également par d’autres éminentes qualités. Ses moeurs étaient pures, sa conduite sage, sa piété sincère ; il aimait et cultivait les vertus chrétiennes ; désintéressé pour lui même, il exerçait sa bienfaisance au profit des pauvres et des malheureux ; il veillait avec une sollicitude paternelle au bien-être de son abbaye ; il l’améliora, il l’embellit même. Sa vie fut pleine et entière, elle fut sans reproche, et l’abbé de Senones vit arriver avec calme le moment fatal qui devait à jamais le séparer de ses religieux. Calmet mourut le 25 octobre 1757, à l’âge de 86 ans. Voici l’épitaphe qu’il avait composée lui-même et qu’il recommanda très expressément à son coadjuteur de faire graver sur son tombeau :

Hic jacet F. Augustinus Calmet.
Patriâ lotharus, religione christianus,
Fide catholico-romanus, professione monachus,
Nomine abbas hujus monasterii.
Legi, scripsi, oravi, utinàm benè !
Hic expecto donec veniat immutatio mea.
Veni, domine Jesu !
Natus die 26 februarii anni 1672.
Mortuus die 25 octobris anni 1757.


L’église du couvent a été démolie ; la tombe et le buste de Calmet ont disparu ; ses cendres se trouvent aujourd’hui sous le pavé de la nouvelle église de Senones et cette épitaphe est gravée en un cadre suspendu à l’un des piliers. La mémoire du bon abbé n’est point oubliée ; on en parle encore beaucoup parmi les vieillards.

1848 — Biographie vosgienne / François Vuillemin

Dom Augustin CALMET.- Savant bénédictin, naquit à Ménil-la-Horgne (Meuse), le 26 février 1672. Il fit ses premières études à Breuil, près Commercy, sa rhétorique à l’université de Pont-à-Mousson, sa philosophie et sa théologie à Munster, après s’être fait recevoir bénédictin. C’est un des hommes les plus vertueux du dernier siècle, comme il en est l’un des premiers savants. Il possédait, à un degré éminent, toutes les qualités qui font aimer les hommes, et son immense érudition était encore relevée par la modestie, qui était le fond de son caractère. Sa vie a été une longue suite d’études et de travaux ; la plupart des ouvrages qu’il a laissés ne sont pas seulement de bons livres, dit Voltaire [Note 1], ce sont des livres dont on ne peut se passer. Ils ont demandé tant de recherches, de temps, de science, que l’on comprend, à peine qu’ils soient l’oeuvre d’un seul homme. Dom Calmet, il est vrai, était un homme hors ligne.

Envoyé vers 1700 à l’abbaye de Moyenmoutier, pour y enseigner la philosophie et la théologie, il écrivit, pendant les six années qu’il y passa, une grande partie de son Commentaire sur la Bible.

Il continua ce grand ouvrage à Munster, où il fut envoyé ensuite en qualité de prieur. Il créa, pour s’aider dans ses recherches, une académie composée de quelques religieux éclairés ; mais, malgré le concours qu’il en obtint, il eut bientôt la certitude qu’à Paris, seulement, il pourrait réunir les documents qui lui étaient d’une indispensable nécessité [Note 2].

Il demanda donc et obtint de son ordre l’autorisation d’aller à Paris, continuer ses recherches. Il y resta dix ans, et termina son ouvrage sur la bible, qu’il se décida à publier, d’après le conseil de plusieurs savants, notamment de l’abbé Duguet.

Le séjour de dom Calmet à Paris, en lui permettant de compléter ce grand ouvrage, le mit encore à même de réunir beaucoup de documents importants qui devaient lui être, plus tard, d’une grande utilité.

Il revint à Moyenmoutier en juillet 1715, et partagea son temps entre la composition de son Dictionnaire de la bible et le classement de l’immense bibliothèque de l’abbaye.

Il travailla ensuite à son Histoire ecclésiastique et civile de la Lorraine, qu’il fit imprimer en 1728 [Note 3]. Le style laisse sans doute beaucoup à désirer, mais que de faits importants seraient pour jamais inconnus, si dom Calmet ne les avait réunis, grâce à une patience infatigable. Cet ouvrage est, on peut le dire, la base de toute histoire de notre pays.

Choisi pour succéder à Mathieu Petitdidier, mort abbé de Senones, dom Calmet continua ses travaux historiques et philosophiques, sans négliger, en aucune circonstance, de s’acquitter religieusement des nombreuses attributions attachées à ses fonctions. Le pape Benoît XIII ayant voulu, sur la proposition des cardinaux et de son nonce en Suisse y lui conférer le titre d’évêque, il refusa, se jugeant indigne d’une aussi haute distinction.

La réputation de dom Calmet, devenue européenne, ne lui fit pas oublier un instant qu’il avait promis à Dieu d’être le consolateur des affligés et le serviteur des pauvres. Il faisait remonter sa gloire à Dieu et jamais il n’eut la pensée de s’en attribuer quelque mérite. Plein de zèle, de foi et de charité, il consolait toutes les douleurs, allait au-devant de tous les besoins ; quand il ramenait à Dieu une âme indifférente, il éprouvait une joie si vive, que rien ne saurait la peindre. Dom Calmet mourut à Senones, le 25 octobre 1757 ; il laissait pour exemple à ses successeurs, une vie de 86 ans, toute remplie par la science et la pratique de la vertu.

Avant de mourir, il voulut composer lui-même son épitaphe ; Voltaire, qui avait passé quelque temps à Senones, lui en fit une autre que je rapporte ici, parce qu’elle est moins connue :

Des oracles sacrés que Dieu daigna nous rendre,
Son travail assidu perça l’obscurité,
Il fit plus : il les crut avec simplicité
Et fut par sa vertu digne de les entendre
.

Voici la liste des ouvrages de dom Calmet, telle, qu’il la donne lui-même dans sa Bibliothèque Lorraine :
1°- Commentaire littéral sur tous les livres de l’ancien et du nouveau testament ; 26 vol. in-4°.
2°- Histoire de l’ancien et du nouveau testament ; 4 vol. in-4°.
3°- Dictionnaire de la bible ; 2 vol. in-folio ; avec figures.
4°- Supplément au même Dictionnaire ; 2 vol. in-folio.
5°- Histoire ecclésiastique et civile de Lorraine, 4 vol. in-folio, 1728. La dernière édition, considérablement augmentée, forme 7 vol. in-folio.
6°- Vie de Jésus-Christ ; in-12, Paris et Nancy.
7°- Prolégomènes et dissertations sur l’Ecriture sainte, tirées de son Commentaire ; 3 vol. in-4°. 8°- Réponse à la critique que M. Fourmant a faite de son Commentaire ; in-8°.
9°- Histoire de Lorraine, abrégée ; Nancy, in-8°, 1734.
10°- Abrégé chronologique de l’histoire sacrée et profane ; Nancy, 1729, in-8°.
11°- Commentaire littéral sur là règle de Saint-Benoît ; 2 vol. in-4°. Paris, 1734.
12°- Histoire universelle ; Strasbourg, 1735 à 1750 ; l4 vol. in-4°.
13°- Dissertation sur les anciens chiffres.
14°- Dissertation sur la nature des perles.
15°- Dissertation sur quelques jambes d’airain trouvées à Léomont.
Ces trois dissertations sont imprimées dans Trévoux.
16°- Dissertation sur les grands chemins de Lorraine ; Nancy, in-4°.
17°- Histoire de l’abbaye de Munster (Manuscrit.)
18°- Histoire de l’abbaye de saint Léopold de Nancy (Manuscrit).
19°- Histoire de l’abbaye de Senones (Manuscrit [Note 4]).
20°- Histoire du prieuré de Lay (Manuscrit).
21°- Dissertation sur l’origine des dîmes et revenus ecclésiastiques.
22°- Dissertation sur les seigneurs voués des églises (Manuscrit).
23°- Dissertation sur l’ancienne jurisprudence de Lorraine et des trois évêchés (Manuscrit).
24°- Dissertation sur la suite métallique des ducs et duchesses de Lorraine ; Vienne, 1736 ; in-4°.
25°- Dissertation sur la confession générale ; Toul.
26°- Dissertations sur les apparitions des esprits et sur les vampires et revenants de la Hongrie ; 1749, 2 vol. in-8°.
27°- Histoire généalogique de la maison du Châtelet ; Nancy, 1741 ; in-4°.
28°- Traité historique sur les eaux de Plombières ; Nancy, 1748 ; in-8°.
29°- Notice historique des villes et principaux bourgs de la Lorraine ; 2 vol. in-folio.

Plusieurs des ouvrages de dom Calmet, notamment le Commentaire des livres de l’ancien et du nouveau testament, et le Dictionnaire de la bible, ont été traduits dans toutes les langues.

 

Note 1 : Lettre de Voltaire à Dom Fangé, neveu et successeur de Calmet, du 14 juin 1757. Voici cette lettre, insérée par M. Gravier dans son Histoire de l’arrondissement de Saint-Dié : "J’admire la force de tempérament de Monsieur votre oncle, elle est égale à celle de son esprit ; il a résisté, en dernier lieu à une maladie à laquelle toute autre constitution eut succombé. Personne au monde n’est plus digne d’une longue vie. Il a employé la sienne à nous fournir les meilleurs secours pour la connaissance de l’antiquité ; la plupart de ses ouvrages ne sont pas seulement de bons livres, ce sont des livres dont on ne peut se passer".
"Cette lettre, dit M. Gravier, figurerait assez mal dans la correspondance de Voltaire, et ne s’y trouve pas".

Note 2 : Dom Calmet, en allant à Paris, avait encore un autre but : il voulait communiquer à des hommes spéciaux, ses ouvrages sur l’Ecriture , parce que sa modestie lui faisait douter de l’utilité qu’il y avait à donner son travail au public. Voici ce qu’il dit lui-même à ce sujet dans sa Bibliothèque Lorraine : "Incertain si les ouvrages que j’avais jusqu’alors composés sur l’Ecriture, et qui grossissaient tous les jours, méritaient de paraître en public, et si je devais les continuer ou les abandonner entièrement, pour prendre quelque autre occupation, j’obtins, en 1706, permission du chapitre général d’aller à Paris, afin d’y consulter les savants sur mon dessein. J’y fus assez longtemps flottant dans l’irrésolution, parmi les nombreux sentiments de ceux que je consultais. Enfin, sur la fin de l’année 1706, par le conseil du R. P. Mabillon, auquel j’étais particulièrement recommandé, je vis le fameux abbé Duguet, qui me détermina à donner mon Commentaire en français".

Note 3: "Cette édition, dit dom Calmet, fut extrêmement traversée par les changements et les retranchements que la politique et la crainte de choquer la France y firent faire".

Note 4: Ce manuscrit, qu’on croyait perdu, appartient actuellement à la bibliothèque d’Épinal, qui l’a acheté, il n’y a pas encore très longtemps, d’un cordonnier de La Broque chez qui il se trouvait. L’écriture est de dom Fangé.


1852 — Annuaire administratif et statistique des Vosges 1852 / Charles Charton

CALMET Augustin.- Voici une particularité intéressante à ajouter à la notice biographique que nous avons publiée dans notre annuaire de 1840 sur Dom Calmet, célèbre abbé de Senones.

Notre savant bénédictin, ainsi que nous l’avons dit, s’est fait connaître par des travaux très importants d’histoire religieuse ; mais ce qu’on ignorait généralement, c’est qu’il était aussi grand artiste qu’écrivain distingué. Ce fait est cependant constaté par madame du Châtelet, qui était liée d’amitié avec lui, et qui le recevait à son château de Cirey (Meurthe).

La réputation qu’il s’était acquise et la protection de la duchesse de Lorraine le firent nommer, en 1718, abbé de Saint-Léopold de Nancy. Pour remercier sa vertueuse protectrice, il lui fit hommage d’un livre d’heures écrit de sa main, orné par lui d’enluminures et d’images peintes d’un très beau travail, et qu’il mit trois années à terminer. Ce livre sortit de France à la fin du siècle dernier et devint la propriété d’un riche seigneur allemand. Après avoir appartenu à différents possesseurs, il a été vendu, au mois d’octobre 1851, par suite de la liquidation d’une opulente succession, à Nuremberg, et acheté par le roi de Bavière pour sa belle collection de manuscrits.


1879 — Biographie alsacienne-lorraine / A. Cerfberr de Médelsheim

CALMET Dom Augustin.- Abbé de Senones, historien de la Lorraine, né à Commercy (1672-1757).

1881 — Voyages dans les Vosges / Charles Chapiat

CALMET Dom Augustin.- Le plus illustre et le plus savant des Bénédictins après Dom Mabillon, était né à Ménil-la-Horgne en 1672. Il fit ses études à Pont-à-Mousson et à Munster, et fut envoyé en 1700 à Moyenmoutier pour y enseigner la philosophie et la théologie.

Ce fut là qu’il conçut l’idée de son grand ouvrage sur la Bible. Il continua cette oeuvre à Munster, où il fut envoyé en qualité de prieur. Revenu à Moyenmoutier, il y composa son Histoire de Lorraine. Choisi pour succéder à l’abbé Petitdidier au monastère de Senones, il y continua ses études et ses travaux, sans négliger aucun des devoirs de sa charge.

Calmet embrassa toutes les sciences, sacrées et profanes, et ses vertus ne le cédèrent point à ses lumières : il eut du savoir sans morgue et de la piété sans rigorisme. Sévère et dur à lui-même, au point de n’avoir jamais de feu dans sa cellule, il fut indulgent et doux pour les autres. Jamais il ne voulut habiter le palais abbatial, et ce fut en vain que le pape Benoît XIII lui offrit le titre honoraire d’évêque. Les nombreux ouvrages de ce savant Bénédictin prouvent une érudition immense en lui et en ses religieux, de Moyenmoutier et de Senones, devenus ses collaborateurs.

Dom Calmet a donné un vaste Commentaire sur tous les livres des saintes Écritures, en 26 volumes in-4°. Cet ouvrage écrit en français - peut-être imprudemment - a fourni par là même, sans aucuns frais d’études, à nos philosophes légers et incrédules toutes leurs objections contre nos Livres saints.

L’âme honnête et droite de l’auteur ne s’était pas défiée de leur félonie, et en croyant les ramener à la foi, il ne réussit qu’à leur préparer des armes faciles. Hommes sans pudeur et sans loyauté, ils lui volèrent les objections, et ils laissèrent de côté ses réponses. Les préfaces et les dissertations de ce Commentaire en sont la partie la plus recherchée.

Dans son Dictionnaire historique, critique et chronologique de la Bible, en 4 volumes in folio, l’auteur a réduit son Commentaire par ordre alphabétique : c’était un service incomparable rendu aux études sur l’Écriture sainte. L’Histoire ecclésiastique, civile et littéraire de Lorraine, en 4 volumes in-folio, est un arsenal de documents pour notre histoire nationale : que de faits importants seraient pour jamais restés inconnus, si le savant moine, avec une patience infatigable, ne les avait réunis. Cet ouvrage, malgré son défaut d’estropier trop souvent les noms propres et même d’altérer les faits, est la base obligée d’une histoire qui, néanmoins, reste toujours à faire.

Une histoire universelle, sacrée et profane, en 15 volumes in-4°, achève la série des grandes oeuvres sorties de la plume de cet ouvrier incomparable. Qu’a-t-il manqué à un savant de cette force pour être un écrivain de premier ordre ? Le style, qui seul donne la vie et rend les oeuvres immortelles.

La réputation de Dom Calmet, devenue européenne, ne lui laissa pas oublier un instant qu’il avait promis à Dieu d’être le serviteur de ses fidèles, surtout des pauvres, et le consolateur des affligés. Il faisait remonter au Seigneur toute sa gloire, et jamais il n’eut la pensée de s’en attribuer le mérite. Ce grand chrétien mourut à Senones, en 1757, laissant pour exemple à ses moines une vie de quatre-vingt-six ans, remplie par l’amour de la science et la pratique de la vertu.

1889 — Biographie générale vosgienne / Félix Bouvier

CALMET (Augustin).- Dom Calmet, le premier des historiens lorrains, est né à Ménil-la-Horgne (Meuse), le 26 février 1672. Moine bénédictin, il entra à l’abbaye de Moyenmoutier pour y enseigner la philosophie et la théologie, et il y écrivit un Commentaire de la Bible qu’il termina à Munster, où il devint prieur de son ordre.

En 1706, il alla poursuivre ses études à Paris où il publia son ouvrage sur la Bible. Rentré à Moyenmoutier en juillet 1715, il entreprit son grand ouvrage : Histoire ecclésiastique et civile de la Lorraine, imprimé en 1728. Devenu abbé de Senones, il y partagea son temps entre les devoirs de sa charge, le soulagement des pauvres, et ses travaux historiques et philosophiques. Il y reçut Voltaire.

Dom Calmet mourut à Senones, le 25 octobre 1757.

Outre son Histoire de Lorraine, en sept volumes, et son Commentaire de tous les livres de l’Ancien et du Nouveau Testament, en 26 volumes, il a publié une Histoire de l’Ancien et du Nouveau Testament, en 4 volumes, un Dictionnaire de la Bible, en 2 volumes, avec un supplément de 2 volumes ; une Histoire universelle, en 14 volumes ; l’histoire des abbayes de Senones, de Munster, de St-Léopold de Nancy, du prieuré de Lay ; une Vie de Jésus-Christ ; une Notice historique des villes et principaux bourgs de la Lorraine, en 2 volumes, et une foule d’autres études, dissertations et travaux.

1990 — Dictionnaire des Vosgiens célèbres

CALMET (Antoine, en religion Dom Augustin), moine bénédictin, historien et écrivain lorrain

Ménil-la-Horgne (Meuse), 25 février 1672 - Senones (Vosges), 25 octobre 1757

Dom Augustin Calmet. Son père occupait des fonctions assez mal définies (maréchal-ferrant ?) auprès du seigneur de Ménil. Quant à Antoine (Augustin est son prénom de religion), il entra, avec l’appui de madame de Beauvau, au collège bénédictin du Breuil à Commercy, puis à l’université de Pont-à-Mousson ; en 1688, il prit l’habit à l’abbaye Saint-Mansuy de Toul, puis se rendit à celle de Munster (Alsace), où il entreprit l’étude de l’hébreu et du grec.

En 1696, il fut ordonné prêtre et enseigna la théologie au monastère de Moyenmoutier. Après un assez long séjour à Paris, où il côtoya les grands foyers jansénistes, il revint en Lorraine pour devenir prieur de Lay-Saint-Christophe (1714) dont il écrivit l’histoire, puis abbé de Saint-Léopold de Nancy.

Nommé historiographe des duchés, il travailla assidûment et en 1728 parut son premier et magistral ouvrage : Histoire ecclésiastique et civile de Lorraine, augmenté et réédité de 1745 à 1757 et suivi de plusieurs autres sur le même sujet.

Parallèlement, il fit sortir une Histoire généalogique de la Maison du Châtelet (1741), consacrée à l’une des plus anciennes et brillantes familles du duché. L’année où sortit la première édition de son Histoire de Lorraine (1728), dom Calmet fut élu abbé de Senones, où il se révéla grand bâtisseur, remarquable administrateur, tout en confirmant ses qualités de chercheur rigoureux et de bibliophile averti : l’esprit curieux de l’abbé de Senones, les maux dont il souffrait et son goût pour les voyages, le poussèrent encore à s’intéresser aux eaux thermales de Lorraine et aux abbayes suisses, sur lesquelles il publia des écrits.

Outre ses ouvrages, la correspondance échangée entre dom Calmet et les grands de son temps (le maréchal de Belle-Isle, le cardinal de Rohan, Mabillon) est un miroir de la profonde sagesse d’un des plus grands hommes d’Église du XVlIIe siècle.

Dom Calmet est également l’auteur de plusieurs ouvrages importants sur la Bible, sur la règle de saint Benoît, sur l’histoire universelle sacrée et profane, préparés à partir des travaux exécutés sous sa direction par des moines bénédictins lorsqu’il était professeur à l’académie de Moyenmoutier, puis abbé de Senones.

En 1755, il hébergea Voltaire durant 3 semaines à Senones, ses relations avec le philosophe ayant toujours été empreintes de sympathie et de respect mutuel. Deux ans plus tard, il s’éteignit, à l’âge de 85 ans, victime d’une fluxion de poitrine, et fut enterré dans l’église abbatiale de Senones.


Bibl. : Gaber (Stéphane).- Dom Calmet, in Revue lorraine populaire, décembre 1987.
Taveneaux (René).- Le Jansénisme en Lorraine, Paris, 1960.
Godefroy/Cherest.- Bibliothèque des Bénédictins de Saint-Vanne (donne sa bibliographie).
D.B.F., tome VII, col. 913-914.
Digot (A.).- Notice biographique et littéraire sur dom Calmet, Nancy, 1860 (donne la bibliographie de ses oeuvres).


[Jean-François Michel].

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