1829 —
Biographie historique et généalogique / Louis Antoine Michel
LEFÈBVRE Nicolas Joseph.- Conseiller de S.A.R. en tous ses conseils, premier président de la chambre des comptes de Lorraine, né à Épinal en 1663, mort à Nancy en 1736 ; politique profond, dont la pénétration et la prudence firent réussir les,négociations les plus difficiles et les plus importantes [Note 1].
Vrai patriote, qui fit tout pour le bien public, et rien pour sa propre fortune : âme grande et généreuse, faite pour les plus beaux siècles de la vertu. Appelé au gouvernement, dès l’entrée du duc Léopold dans ses États, jamais le prince, dans la confiance longue et générale qui lui fut donnée, n’eut à revenir sur aucune de ses opérations ; jamais personne ne souffrit de son crédit, et il sortit du ministère avec le même patrimoine qu’il avait en y entrant. Consulté sur tout, il était l’âme des conseils ; Léopold ne cessa de lui accorder la confiance la plus intime, on peut dire la plus honorable familiarité : souvent le père du peuple se reposait sur lui du bien qu’il voulait faire [Note 2].
On aurait peine à rendre, dit un historien aussi vrai qu’érudit, la prudence de ses avis, la sagacité de ses discussions, l’étendue de ses vues, la sagesse de ses résolutions, la richesse de ses projets. Il faut voir ces vérités dans les nombreux écrits qu’il a laissés ; on pourrait y puiser un recueil tout à fait digne du titre intéressant de Mémoire du règne de Léopold. On a de lui : Discours sur le Barrois, imprimé à Nancy, in-folio ; l’Apologie du duc Léopold, et l’Histoire de Lorraine, par demandes et par réponses ; ces deux derniers manuscrits.
Note 1 : En 1705, il traita l’affaire du code Léopold à Rome, terminée en 1709 ; cette même année, il dressa les mémoires qui soutinrent les intérêts de la Lorraine au congrès de Gertruydemberg ; en 1711, il fut envoyé à Barcelone près du roi Charles III, depuis empereur ; dépositaire d’un secret d’état, Lefebvre l’ensevelit avec lui ; en 1716, il négocia près de la cour de France le traité de Paris ; plénipotentiaire en 1720, il obtint l’indemnité du Montferrat, la propriété du comté de Falkestein, et l’accession de S.A.R. à la fameuse quadruple alliance projetée alors. Ce fut encore Lefebvre qui traita près de l’empereur Charles IV, de la succession de la maison d’Autriche, dans le cas du défaut d’enfants mâles, etc.
Note 2 : « Dans vos résolutions n’ayez point d’égard à mon avantage, mais uniquement au bien de mon peuple » (Instruction du duc Léopold aux présidents Lefebvre et de Mahuet).
1845 —
Le Département des Vosges / Henri Lepage, Charles Charton
Nicolas—Joseph LEFEBVRE, premier président de la chambre des comptes, conseiller de S. A. R., né en 1663, mort en 1736.
Léopold l’employa avec succès dans plusieurs négociations difficiles, et, entr’autres, dans celle du code Léopold, à la cour de Rome.
M. Lefebvre unissait à de rares talents dans la magistrature et la politique, un patriotisme véritable , qui lui fit toujours sacrifier ses intérêts à ceux du bien public.
Il a laissé plusieurs ouvrages sur notre histoire : Discours sur le Barrois ; Apologie du duc Léopold et Histoire de Lorraine par demandes et réponses ; ces deux derniers sont restés manuscrits.
[Tome 2, p. 200].
1848 —
Biographie vosgienne / François Vuillemin
LEFEBVRE Nicolas Joseph.- Naquit à Épinal le 11 juillet 1663, quelques-uns disent 1664. Après de fortes études à l’université de Pont-à-Mousson, il se fit recevoir avocat et alla s’établir à Metz, où il s’acquit une grande réputation. En 1698, les deux jurisconsultes chargés de réorganiser la justice en Lorraine, inscrivirent son nom au nombre de ceux des magistrats de la cour souveraine. Le duc Léopold distingua bientôt le grand mérite de Lefebvre, et ne laissa échapper aucune occasion de récompenser ses services et de le mettre en évidence.
Il le nomma successivement premier président de la chambre des requêtes, procureur général de la chambre des comptes et premier président de cette chambre. Il lui donna, peu de temps après, une plus haute marque de confiance, en l’appelant dans son conseil privé (1706). A partir de cette époque, le président Lefebvre devint le confident intime de Léopold et fut chargé de toutes les négociations difficiles. Il s’acquitta des nombreuses missions diplomatiques qui lui furent confiées, de manière à faire le plus grand honneur a son souverain et à son pays ; il consacra tout son temps à la réalisation des projets conçus par sa vaste intelligence et qui font l’éloge du règne de Léopold. Publiciste distingué, autant que jurisconsulte profond, il poussa le savoir jusqu’à l’érudition et brilla au premier rang des savants de cette époque.
Par la simplicité de ses manières, par son incorruptible intégrité, par son indépendance, Lefebvre s’éleva à la hauteur des Harlay, des de Thou, des Molé, des Lamoignon. Modèle des grands citoyens, il fit tout pour son pays et rien pour lui-même. Ne s’occupant jamais de sa fortune, il conserva son modeste patrimoine, mais il ne l’accrut point. Il avait accepté les premières dignités de l’État pour contribuer à la gloire de son pays, et il eût rougi d’en retirer quelque profit personnel. Son désintéressement était le même à l’endroit des honneurs. Je citerai un trait qui peint admirablement ce côté de son caractère : un jour que Léopold le pressait de prendre à Rome la qualité d’envoyé extraordinaire, pour y suivre une négociation difficile, il en reçut cette réponse remarquable : Une représentation d’éclat annonce un ambassadeur, et le préjugé veut qu’on s’en défie ; mais un homme qu’on ne remarque point réussit plus sûrement ; je vais à Rome pour servir V. A. R., et non pour étaler des hommes et des chevaux.
Léopold avait voué à Lefebvre la plus grande affection et ne se lassait pas de louer publiquement ses éminentes qualités. Un jour il disait à deux seigneurs de sa cour : Vous êtes mes amis, Messieurs ; mais Lefebvre est mon homme d’État. Admirables paroles, qui font autant d’honneur à l’esprit éclairé de ce prince, qu’au dévouement à toute épreuve de son savant conseiller.
Lefebvre, quoique issu d’une famille noble du Barrois, ne prit jamais aucune qualité de noble. Le duc Léopold lui ayant donné en 1706 des lettres de noblesse, il ne se donna pas même la peine de les faire enregistrer, tant il était persuadé qu’elles ne pourraient rien ajouter à son mérite ; et cependant il ne s’agissait que d’une simple formalité, car ces lettres portaient qu’elles seraient enregistrées sans finance, à la chambre des comptes. Elles ne le furent que deux ans après, sur l’ordre exprès de Léopold.
Lefebvre est mort à Nancy, le 26 octobre 1736, sept ans après Léopold. Il est auteur d’une multitude de mémoires, où le bon sens le plus exquis s’allie toujours aux vues les plus profondes. Il a écrit, en outre, des Discours sur le Barrois, une Apologie du duc Léopold et une Histoire abrégée de Lorraine.
1866 —
Notices biographiques des célébrités vosgiennes / Humbert le Vosgien
LEFEBVRE (Nicolas-Joseph), chevalier, seigneur de Montjoie, conseiller du duc de Lorraine en tous ses conseils et premier président de la chambre des comptes de Lorraine, naquit à Épinal, le 26 février 1663.
Ses qualités personnelles lui avaient mérité la confiance du duc Léopold, qui l’avait employé en différentes négociations, tant en Italie et en Allemagne, qu’en France. Il fut envoyé deux fois à la cour de Rome pour terminer les différends qu’il y avait entre le Saint-Siège et la Lorraine au sujet du code Léopold ; pour solliciter des brefs d’éligibilité pour les grands bénéfices d’Allemagne en faveur des princes Charles et François, frères du duc Léopold ; pour obtenir des bulles de Remiremont pour la princesse Charlotte-Elisabeth, aînée pour lors des enfants du duc Léopold ; pour la réforme de l’abbaye de Beauprey et pour d’autres affaires dont il était chargé.
Il fut député deux fois à Vienne, pour y solliciter l’indemnité du duché de Montferrat, et pour lequel, il obtint en 1720 la principauté de Teschen en Silésie. Il fut aussi député à Munster en Westphalie en 1706, afin d’engager le chapitre à élire pour évêque le prince Charles, frère du duc, qui fut en effet élu par une partie du chapitre, qui députa à Rome un chanoine de son corps, et que Lefebvre eut ordre d’accompagner. Il fut chargé de prier le Pape de tenir sur les fonts le prince Léopold-Clément. Après avoir heureusement terminé l’affaire du code Léopold, il revint en Lorraine en novembre 1708, avec le bref d’éligibilité à l’archevêché de Trèves, pour le prince Charles, frère du duc, lequel fut effectivement élu.
Il fut envoyé auprès de l’empereur Charles VI, en 1711, pour la neutralité de la Lorraine, et pour solliciter l’admission du duc dans la Quadruple Alliance. Enfin, en cour de France, en 1716, il contribua beaucoup à la conclusion du traité de Paris de 1718, entre la France et la Lorraine.
Le duc François III lui conserva la même bienveillance, en le continuant dans le maniement des principales affaires de l’État, ne voulant pas qu’on fit rien au Conseil de Régence, sans l’avoir secrètement consulté pour ensuite les ordres lui être adressés. Dans ces négociations, Lefebvre eut toujours la modestie de refuser toutes sortes de caractères publics, dont son souverain voulait le revêtir, disant continuellement à son maître, qu’il lui rendrait plus de services n’étant pas connu de tout le monde par des honneurs, des qualités et des titres brillants. Il mourut à Nancy, le 26 octobre 1736 , âgé de 73 ans, et fut inhumé dans l’église Primatiale. Il a composé plusieurs ouvrages.
C’est un des magistrats, dit M. Noël dans son Cinquième Mémoire pour servir à l’histoire de Lorraine, les plus modestes, les plus savants et les plus patriotes qu’eut produit cette province.
1881 —
Voyages dans les Vosges / Charles Chapiat
LEFEBVRE.- Quand on a été, pendant un quart de siècle, le conseiller intègre d’un souverain qui fut les délices de son peuple, on mérite les hommages, les respects et les regrets de la postérité ; le nom qu’on laisse est un nom glorieux que l’histoire doit perpétuer dans la mémoire des hommes. La gloire de cet homme d’État serait sans ombre, s’il ne s’était laissé entraîner, par les opinions de son temps, au malheureux gallicanisme politique des légistes.
Né à Épinal en 1663, Lefebvre fit de brillantes et fortes études à l’université, alors fameuse, de Pont-à-Mousson, devint avocat et alla s’établir à Metz, où il ne tarda pas à se faire une réputation au barreau. Il y demeura pendant tout le temps de l’occupation de son pays par l’invasion française. Cependant il fut, en 1698, mis au nombre des magistrats de la cour suprême de Nancy. Le duc Léopold, rentré en possession du trône de ses aïeux, ne tarda pas à découvrir le mérite du nouveau conseiller, et il ne perdit aucune occasion de le mettre en évidence. Lefebvre devint successivement président de la chambre des requêtes, procureur général et président de la chambre des comptes, et en 1706, membre du conseil privé.
A partir de ce jour, Lefebvre ne cessa d’être le confident intime de son souverain, qui le chargea de toutes les négociations difficiles. Jurisconsulte éminent, publiciste distingué, habile administrateur, il fut encore un savant très érudit : il a écrit une multitude de mémoires, où le bon sens le plus exquis s’allie toujours aux vues les plus profondes. Par la simplicité de ses manières, par son incorruptible intégrité, par son indépendance modeste, il s’éleva à la hauteur des Harlay, des Lamoignon et des Molé.
Modèle des grands citoyens, il fit tout pour son pays et rien pour lui-même. N’ayant accepté les premières dignités de l’État que pour contribuer à la gloire et au bonheur de son pays, ce ministre généreux eût rougi d’en retirer un profit personnel : aussi ne s’occupa-t-il jamais d’accroître sa fortune, et fut-il parfaitement indifférent à l’endroit des honneurs.
Étant à Rome pour y suivre une négociation difficile, touchant le code publié dans les états lorrains, Léopold l’avait pressé de prendre le titre d’envoyé extraordinaire ; le duc de Lorraine reçut cette réponse : Cela sentirait l’ambassadeur, et le préjugé veut qu’on se défie de ces sortes de gens ; on réussit mieux quand on n’est point remarqué ; je suis à Rome pour vous servir, et non pour étaler des hommes et des chevaux. Un tel homme vérifiait et méritait bien le mot suivant : Vous êtes mes amis, dit un jour Léopold aux seigneurs qui l’entouraient ; mais Lefebvre est mon homme d’État.
C’est cet homme d’État qui conseilla le mariage du fils de Léopold avec la fille aînée de l’Empereur d’Allemagne. C’est lui aussi qui, usant de l’autorité que lui donnait son âge, son expérience et ses services, adressa fréquemment à son maître, à propos de ses dépenses, que lui, ministre économe, trouvait excessives, des remontrances sévères et presque rudes.
Lefebvre reçut en 1706 des lettres de noblesse ; il ne se donna pas même la peine de 1es faire enregistrer ; et cependant ces lettres devaient être enregistrées sans finance. Elles ne le furent qu’au bout de deux ans, sur l’ordre exprès et formel du souverain.
Et cet homme modeste, ce ministre si intègre, il fut disgracié après la mort de Léopold : ce qui ne l’empêcha pas, à l’arrivée du nouveau duc, François III, venant de Vienne, de présenter, d’une manière ferme et solennelle, une apologie du duc Léopold et la sienne propre par là même : il fut réintégré dans ses places, mais il ne jouit plus de la même faveur qu’auparavant. Lefebvre eut la douleur d’assister, le 21 mars 1737, en qualité de commissaire, à la prise de possession provisoire de la Lorraine, par M. de la Galaizière, au nom de Stanislas et de Louis XV.
Ce digne vieillard ne put survivre à la mort de sa chère patrie, et il s’éteignit le 26 octobre de la même année.
1889 —
Biographie vosgienne / Félix Bouvier
LEFEBVRE (Nicolas Joseph).- Né à Épinal le 26 février ou le 11 juillet 1663, il étudia à l’Université de Pont-à-Mousson et alla s’établir avocat à Metz.
Il devint en 1698 juge à la Cour souveraine de Lorraine, et le duc Léopold le nomma premier-président de la Chambre des requêtes ; procureur général, puis premier président de la Chambre des Comptes. En 1706, il l’anoblit et le désigna comme membre de son conseil privé et lui confia des missions diplomatiques difficiles dont il s’acquitta toujours avec honneur.
Il était chevalier et seigneur de Montjoie. C’était un jurisconsulte de premier ordre, un négociateur habile, et un écrivain érudit. Il a écrit entre autres ouvrages une Histoire abrégée de Lorraine, un Discours sur le Barrois et une Apologie du duc Léopold.
Lefebvre est mort à Nancy, le 26 octobre 1736.
1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
LE FEBVRE (Nicolas Joseph), premier président de la Chambre des Comptes de Lorraine
Epinal, 7 février 1663 – Nancy, 26 octobre 1736

Fils de Pierre Le Febvre, secrétaire et conseiller du duc de Lorraine, et de Jeanne Guichard, après ses études à Pont-à-Mousson il exerce d’abord la profession d’avocat à Epinal, puis se fait recevoir avocat au Parlement de Metz le 1er août 1685. Sa notoriété lui ouvre la charge de substitut près de la Cour Souveraine de Lorraine lorsque celle-ci est rétablie le 12 février 1698.
Conseiller d’Etat le 26 février 1711, il est ensuite premier président de la Chambre des Requêtes du palais le 21 avril suivant, puis procureur général de la Chambre des Comptes le 31 décembre 1713. Enfin il est élevé à la place de premier président de cette haute cour le 27 février 1726 en considération des services exceptionnels rendus aux duchés lors de missions effectuées en Allemagne, en France, en Italie et en Autriche, à la demande du duc Léopold qui a placé en lui sa confiance et l’a nommé membre de son conseil privé.
Il est l’auteur de
Histoire abrégée de Lorraine, par demandes et réponses (restée manuscrite),
Discours sur le Barrois (imprimé à Nancy) et
Apologie du duc Léopold (restée manuscrite).
Anobli le 14 août 1706, il est seigneur d’Hénaménil, Montjoie et Holvèse.
Il avait épousé Jeanne Claude Guillois dont il eut plusieurs enfants, dont :
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Charles François Xavier (Nancy c. 1698-1746), procureur général puis président de la Chambre des Comptes de Lorraine. Son fils
Etienne Charles (Nancy c. 1715-1798) fut conseiller à la Cour Souveraine.
-
Léopold Charles, 5e fils (Nancy 1702-1793), avocat général puis président de la Chambre des Comptes.
-
Joseph Charles, 6e fils (Nancy 1704-1768), avocat général à la Chambre des Comptes puis conseiller d’Etat. Son fils,
Christophe Michel Le Febvre de Montjoie (Nancy 1732 – Villers-les-Nancy 1793), fut président de la Chambre des Comptes.
Bibl. : Mahuet.-
Biographie de la Chambre des Comptes de Lorraine, p. 92-95.
Faultrier.-
Eloge de Le Febvre.– Metz, 1868.
Calmet (Dom).-
Bibliothèque Lorraine, col. 361-362.
[
Albert Ronsin
]