1829 —
Biographie historique et généalogique / Louis Antoine Michel
MARCHAL Joseph.- De Dombrot (Vosges), brûlé vif en 1757, pour crime de bestialité… : mille petites croix furent aussitôt plantées à l’endroit du bûcher, et se sont renouvelées jusqu’à nos jours.
Dans la notice qu’il consacre à Claude de BOUSSEY DROUAS, évêque de Toul depuis 1754 (décédé en 1773), Michel écrit : La déplorable fin de l’infortuné curé de Ludres versa de l’amertume sur le cours de sa vie.
1848 —
Biographie vosgienne / François Vuillemin
MARCHAL Jean-Baptiste.- Curé de Ludres, né à Dombrot (arrondissement de Neufchâteau), est célèbre par le jugement qui le condamna à être brûlé en 1757, comme coupable d’avoir vécu dans une épouvantable dissolution.
Marchal n’était pas un bon prêtre, il consacrait à la table et à la chasse une partie du temps qu’il devait à ses paroissiens ; mais tout porte à penser qu’il mourut victime d’une vengeance furieuse, trop bien servie par le faux témoignage. On était parvenu, à l’aide de menaces, à lui faire donner la démission de sa cure, sous la réserve verbale qu’une pension lui serait servie par son successeur. Cette condition n’ayant pas été remplie, il se pourvut au parlement pour rentrer dans son bénéfice. Aussitôt une ennemie puissante porta contre lui une accusation terrible ! On cita des faits, on désigna des témoins, et le procès dut commencer immédiatement. Marchal avoua les négligences qu’on lui reprochait comme prêtre, déclara les regretter amèrement, mais repoussa, avec la plus grande énergie, les crimes énormes [Note] dont on l’accusait.
Il exposa avec beaucoup de clarté ses moyens de défense, fut parfaitement convenable et toucha ses juges par sa douceur ; malheureusement les témoignages produits contre lui étant restés invariables, il fut condamné à être conduit dans un tombereau au devant de l’église primatiale, par l’exécuteur de la haute justice, où, étant tête nue et rasée, nu en chemise, à genoux, la corde au cou, et tenant en ses mains une torche de cire ardente du poids de deux livres, il fera amende honorable et déclarera que méchamment il a commis les différents crimes dont il est convaincu, qu’il s’en repent et en demande pardon à Dieu, au roi et à la justice. Ce fait, le dit Jean-Baptiste Marchal être conduit sur la place de Grève de cette ville, et de suite attaché à un poteau qui sera planté à cet effet sur un bûcher, pour, après y avoir été étranglé, son corps y être brûlé, consumé et réduit en cendres, de même que la procédure et les cendres jetées au vent.
Cette sentence reçut son exécution le 4 août, non à Nancy, mais à Ludres. Marchal montra jusqu’à son dernier soupir les plus grands sentiments de charité et de résignation ; il protesta une dernière fois de son innocence sur le bûcher, pardonna à ses accusateurs et à ses juges, et mourut, au dire de l’abbé François, vicaire de Saint-Epvre, qui l’assista dans ses derniers moments, comme un héros chrétien.
L’exécution était à peine consommée, que l’opinion publique, annulant le jugement, fit de ce malheureux un martyr. Les esprits s’agitèrent dans toute la Lorraine, mais particulièrement à Nancy. Les habitants de Ludres, considérés comme les agents d’une haine atroce, furent mis au ban de l’opinion ; il leur devint impossible de quitter leur village, sans s’exposer aux plus grands dangers. La confirmation ayant été administrée dans ce canton, quelques années après cet événement, ils furent oubliés, et personne ne s’en aperçut ou n’osa en faire la remarque.
Des pèlerins accoururent de tous côtés et s’agenouillèrent sur l’emplacement du bûcher. Cet emplacement fut bientôt couvert d’une multitude de petites croix de bois qui se renouvellent encore aujourd’hui.
M. H. Lepage a publié, dans la Statistique de la Meurthe, cinq documents inédits et pleins d’intérêt sur le procès et le supplice de l’abbé Marchal.
Note : Ce sont ses propres expressions.
1866 —
Notices biographiques des célébrités vosgiennes / Humbert le Vosgien
MARCHAL (Jean-Baptiste), curé de Ludres, département de la Meurthe, né à Dombrot (Vosges), est devenu célèbre par le jugement qui le condamna à être brûlé en 1757, comme coupable d’avoir vécu dans une épouvantable dissolution. Marchal négligeait un peu ses paroissiens, il aimait la table et la chasse, mais il ne méritait point la mort horrible qu’on lui fit subir ; victime d’une vengeance furieuse trop bien servie par de faux témoignages, il fut invité à quitter sa paroisse, et, sur son refus, une ennemie puissante porta contre lui une accusation terrible ! On cita des faits, on cita des témoins, et le procès eut lieu immédiatement.
Marchal avoua et regretta sincèrement ses négligences, mais protesta, le Christ en main, contre les horreurs dont on l’accusait ; il se défendit avec convenance et attendrit les juges qui, infailliblement l’eussent acquitté, sans les témoignages qui restèrent invariables. Ce malheureux prêtre fut condamné à être conduit dans un tombereau au- devant de l’église Primatiale, par l’exécuteur de la haute justice, où, étant tête nue et rasée, nu en chemise, à genoux, la corde au cou, et tenant en ses mains une torche de cire ardente du poids de deux livres, il fera amende honorable et déclarera que méchamment il a commis les différents crimes dont il est convaincu, qu’il s’en repent et en demande pardon à Dieu, au roi et à la justice. Ce fait, le dit Jean-Baptiste Marchal être conduit sur la place de Grève de cette ville, et de suite attaché à un poteau qui sera planté à cet effet sur un bûcher, pour, après y avoir été étranglé, son corps y être brûlé, consumé et réduit en cendres, de même que la procédure, et les cendres jetées au vent.
Cette sentence reçut son horrible exécution à Ludres, sur le bord de la route de Nancy, où des pèlerins, les petits pâtres et les voyageurs se font un devoir de planter là, sur le lieu de l’exécution, une petite croix. Cette coutume a encore lieu aujourd’hui, c’est un stigmate pour la mémoire des auteurs de cette horrible exécution. Marchal est considéré comme innocent, non seulement par ses protestations sur le bûcher, mais par sa révélation à son confesseur, et par l’opinion publique qui se souleva de toute part le jour même de son martyre.
1889 —
Biographie générale vosgienne / Félix Bouvier
MARCHAL (Jean-Baptiste).- C’est cet infortuné curé de Ludres qui fut brûlé vif en 1757, comme coupable d’avoir mené une vie dissolue.
Né à Dombrot-sur-Vair, il fut exécuté à Ludres le 4 août 1757, victime de haines privées autant que du fanatisme.
1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
MARCHAL (Jean Baptiste), curé de Ludres
Dombrot-sur-Vair, ? – Ludres, 3 août 1757
Amateur de chasse, de bonne chère et de bon vin, Jean-Baptiste Marchal semble avoir mené une vie peu sacerdotale. Il commet surtout l’erreur de trop plaire ou de déplaire à la comtesse Catherine de Ludres qui se plaint à l’évêque de Toul Drouas. Celui-ci contraint Marchal à donner sa démission et lui promet une pension que versera son successeur.
Mais Jean-Baptiste Marchal se pourvoit au bailliage de Nancy pour être réintégré. Nouvelle intervention de l’accusatrice et une enquête rapide effectuée à Ludres par le procureur conduit à l’arrestation du curé de Ludres, le 13 juillet 1757. Il est accusé de sodomie. L’officialité de Toul n’obtient pas de le juger et le bailliage, dès le 27 juillet, avec une étonnante précipitation, le condamne à être brûlé. Le lendemain, 28, la cour souveraine, évoquant l’appel interjeté par Marchal, confirme la sentence et il est étranglé et brûlé à Ludres le 3 août.
L’opinion publique considère aussitôt Marchal comme un martyr, un innocent, victime d’une erreur judiciaire. Le lieu du supplice devient un lieu de pèlerinage qui devint le lieu-dit du « bon curé ».
Bibl. : Meaume (E.).- Le Curé de Ludres, in Mémoires Académie Stanislas, 1886, p. 416-450.
Bouvier.- Biographie générale vosgienne, p. 465.
Martin (E.).- Histoire des diocèses, p. 577-582.
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Albert Ronsin
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