Claude Victor PERRIN dit VICTOR

[ Lamarche (88), 07/12/1764 – Paris (75), 01/03/1841 ]

ministre

Maréchal d’Empire, duc de Bellune, pair de France, ministre de la guerre...

Biographie vosgienne

1829 — Biographie historique et généalogique / Louis Antoine Michel

VICTOR Perrin duc de Bellune.- Pair et maréchal de France, etc. ; né à Lamarche (Vosges), en 1766 ; il prit part à tous les succès qui ont illustré nos campagnes. C’est lui qui par une manoeuvre hardie et des prodiges de valeur, fixa la victoire à la bataille de Dresde.

Louis XVIII ne cessa de lui donner des preuves de confiance. Il le désigna pour représenter l’armée française au mariage du duc de Berri ; le nomma ministre de la guerre, l’envoya à l’ambassade de Vienne, etc.

1838 — Annuaire administratif et statistique des Vosges 1838 / Charles Charton

PERRIN Claude Victor, duc de Bellune.- Au nombre des grands capitaines du siècle actuel, dont la gloire rejaillit sur le pays qui les a produits, l’histoire militaire de France rangera sans contredit le Maréchal duc de Bellune, et, en attendant que sa vie soit retracée par une plume plus habile que la mienne, je vais essayer de redire à mes compatriotes les faits qui ont illustré sa longue carrière.

Claude-Victor Perrin est né [Note 1] le 7 décembre 1764 à Lamarche, non pas au sein d’une famille noble et opulente, mais sous l’humble toit d’un cultivateur. Il n’est pas rare de voir la patrie trouver parmi les hommes des champs, ses plus braves et plus généreux défenseurs. Victor, arrivé à l’âge de 17 ans, prend du service dans le 4e régiment d’artillerie d’où il sort avec son congé, le 1er mars 1791 : il entre comme volontaire dans le 3e bataillon de la Drôme, le 12 octobre 1794, et y devient adjudant sous-officier le 15 février suivant. Le 4 août de la même année, il est promu au grade d’adjudant major dans le 5e bataillon des Bouches-du-Rhône, et le 15 septembre à celui de chef de bataillon. A cette époque, la France affermissant sa révolution que veulent en vain détruire les puissances étrangères, les repousse de tous les points où elles l’attaquent. Victor part avec ces armées improvisées qu’elle est fière d’opposer à ces ennemis. Il fait ses premières armes sous le général Anselme, dans le comté de Nice, et au combat de Coaraza, il culbute avec son seul bataillon un corps de 3000 Piémontais.

Appelé au siège de Toulon, il contribue puissamment à la reddition de cette place. Il s’empare du fort Faron, et, sur le champ de bataille, le 2 octobre 1793, il est nommé adjudant général chef de brigade : peu de jours après, un nouveau fait d’armes, la prise de la redoute anglaise connue sous le nom de Petit-Gibraltar, dont on lui a confié la principale attaque, lui vaut le grade de général de brigade. De graves blessures mettent ses jours en danger : elles sont à peine cicatrisées qu’il passe à l’armée des Pyrénées-Orientales et se signale particulièrement aux sièges de Figuières et de Roses.

En 1796, il prend le commandement de cette armée, la conduit en Italie, assiste à tous les combats de cette campagne à jamais mémorable et s’y distingue par de glorieux exploits. Ils ont du ressentiment en France, et à l’occasion de l’affaire de Dego, le général Carnot, président du Directoire, écrit à Victor, le 12 floréal an IV : "Vous vous êtes bien conduit : le Directoire vous en témoigne sa satisfaction". Le 19 thermidor de la même année, le général Victor, à la tête de la 18e demi-brigade, fait preuve d’une rare intrépidité dans l’attaque du camp retranché des Autrichiens près Peschiera, dont les Français prennent possession, et reçoit de nouvelles félicitations de la part du Directoire.

Le 4 vendémiaire an V, Laréveillère-Lépeaux lui transmet cette lettre :

Les moments du danger, citoyen général, sont aussi ceux de la gloire. Les blessures que vous venez de recevoir rendent plus chers à la République les services distingués que vous lui avez rendus. Aussitôt votre rétablissement, reparaissez à la tête des braves troupes auxquelles vous avez donné de si généreux exemples. Le Directoire exécutif verra arriver ce moment avec une nouvelle confiance pour le succès de nos armes.

En même temps, des témoignages qui ne lui sont pas moins chers et qu’il conserve comme un gage précieux, lui parviennent de son pays natal. L’administration départementale des Vosges, dans une lettre inspirée par la reconnaissance et le patriotisme, lui dit : Le département des Vosges va donc vous compter au rang des défenseurs de la patrie qu’il s’honorera d’avoir vus naître et parmi les chefs les plus distingués de l’inimitable armée d’Italie. Le département s’appropriera, en quelque sorte, les témoignages d’estime et de reconnaissance que vous doivent la république et son gouvernement.

Le lendemain de la bataille de Cérea, le général en chef Bonaparte fait mettre à l’ordre du jour : L’armée n’a dû son salut qu’au sang-froid et à l’intrépidité du général Victor.

Au siége de Mantoue, le général autrichien Provera veut opérer sa jonction avec le général Wurmser et celui-ci, pour la favoriser, sort de la ville avec la garnison qu’elle renferme. Victor, que ses succès rendent audacieux, marche contre les Autrichiens avec la 57e demi-brigade, leur livre un combat meurtrier et fait mettre bas les armes à 6 000 d’entre eux. A la suite de cette brillante action, la 57e demi-brigade reçoit le surnom de Terrible, et Victor est élevé au grade de général de division.

Après la reddition de Mantoue, le général Victor dirige l’expédition de la Romagne. Il disperse les bandes d’insurgés, les troupes papales et les corps autrichiens qui s’opposent à son passage, surprend Ancône et oblige le Saint- Siége a souscrire au traité de Tolentino.

Lors de la campagne d’Égypte, Bonaparte, qui n’a pas de compagnon d’armes plus courageux et plus habile que Victor, lui témoigne le désir de l’emmener avec lui, mais le gouvernement empêche son départ, et Bonaparte lui écrit à ce sujet une lettre où il lui exprime ses vifs regrets.

Le général Victor quitte néanmoins l’Italie pour prendre le commandement de la 12e division militaire, et achever l’oeuvre de pacification commencée dans la Vendée par le général Hoche. Mais bientôt après il franchit de nouveau les Alpes et se met à la tête d’une division de l’armée d’Italie. Les troupes qu’il a sous ses ordres battent l’ennemi partout où elles le rencontrent. Il se signale surtout devant Vérone, à Alexandrie, puis, par sa jonction à travers les Apennins avec l’armée de Naples, à la sanglante bataille de la Trébia et à celle de Fossano où, cerné de toutes parts, il se fait jour la baïonnette en avant. En 1800, le premier consul lui donne le commandement d’un corps d’armée, avec le titre de lieutenant général, et Victor se couvre de gloire dans cette courte et merveilleuse campagne qui venge si bien la France des revers que d’autres généraux ont essuyés en Italie, les deux années précédentes. A Montebello, le général Lannes lui dit: Mon ami, je te dois ma gloire. A Marengo, il soutient seul, depuis 4 heures du matin jusqu’à une heure de l’après-midi, l’effort de l’armée autrichienne entière : il prépare et assure ainsi le gain de cette bataille célèbre, qui livre toute l’Italie à la France. Aussi le premier consul s’empresse-t-il de lui décerner un sabre d’honneur.

De 1800 à 1806, Victor devient successivement gouverneur militaire en Hollande et ministre plénipotentiaire en Danemark. Pendant son séjour en Hollande, il est nommé capitaine général de la Louisiane, mais la rupture du traité d’Amiens empêche l’expédition projetée contre ce pays, et Victor reste à son poste.

En 1806, le général Victor quitte ses fonctions diplomatiques et reparaît sur les champs de bataille. C’est lui qui, par d’habiles dispositions prises sur le plateau d’Iéna, contribue au succès de cette bataille, où un biscayen lui fait à la cuisse une blessure grave.

Désigné par l’empereur Napoléon pour diriger les siéges de Dantzig et de Colberg, il est fait prisonnier par une troupe de partisans, en se rendant à son poste accompagné d’un seul aide de camp, et conduit à Honisberg. Napoléon le fait échanger contre le général Blücher et lui donne le commandement supérieur du 10e Corps d’armée, avec la direction du siége de Grandentz.

Peu de temps après, il prend le commandement du premier corps, en remplacement du maréchal Bernadotte. A la tête de ce corps, il enfonce le centre des Russes à la bataille de Friedland, fixe la victoire du côté des Français et l’empereur l’élève, sur le champ de bataille, à la dignité de maréchal de France. Napoléon lui confie ensuite le gouvernement militaire de la Prusse et, en récompense de ses éminents services, le crée duc de Bellune, avec une dotation de 200,000 francs de rentes, que les événements de 1814 lui enlèvent.

Vers la fin de 1808, le maréchal Victor quittera la Prusse, pour se rendre, avec son corps d’armée en Espagne où il cueille de nouveaux lauriers. Il y débute par la victoire d’Espinosa gagnée sur les armées de Blacke et de la Romana, qui y perdent plus de 10 000 hommes. A Sommo-Sierra, sous les yeux de Napoléon, il ouvre la route de Madrid et s’empare de cette capitale, après avoir livré à l’ennemi un combat acharné pendant 15 heures. A Uclés, il fait prisonnière toute l’armée du duc de l’Infantado, qui se compose des vainqueurs de Baylen. A Medellin, il défait complètement Cuesta, qui laisse 16 000 morts sur le champ de bataille. Ces deux affaires lui font d’autant plus d’honneur qu’il n’a à regretter de son côté que la perte d’un très petit nombre de braves. Par sa marche savante dans la Sierra-Morena, il répare le revers essuyé par les Français à Talaveyra et se rend bientôt maître de toute l’Andalousie. Devant Cadix, à la tête de 9 000 hommes qu’il oppose à l’armée anglo-espagnole forte de 25 000 combattants, il force l’ennemi d’abandonner le camp de San-Pedro et de se retirer dans l’île de Léon. Cette lutte sanglante dure une journée,entière : l’avantage remporté par le maréchal Victor lui mérite les éloges de l’empereur.

Napoléon le rappelle d’Espagne en 1812, et lui remet le commandement du 9e corps de l’armée de Russie. C’est surtout dans les désastres qui succèdent aux victoires par lesquelles cette campagne a d’abord été signalée, que le duc de Bellune rend de nouveaux et d’éclatants services. A la Bérézina, il tient tête, pendant tout un jour, avec les débris du 9e corps, à une armée russe trois fois plus nombreuse, et facilite le passage de cette effroyable cohue, dans laquelle il est impossible de reconnaître cette grande armée française, si belle et si valeureuse : il continue d’en protéger la retraite jusqu’a Wilna.

En 1813, le maréchal Victor organise et commande le 2e corps d’armée. A la bataille de Dresde, il met en une telle déroute l’aile gauche de l’ennemi, que la cavalerie de Murat fait prisonniers plus de 20 mille Autrichiens presque sans coup férir. A Leipzig, il se maintient victorieusement pendant deux jours dans la position de Probesteyde et sauve, par sa présence d’esprit, ses troupes et son artillerie de l’horrible catastrophe qui suit cette bataille. A Hanau, il bat le général bavarois de Wrède, qui veut couper la retraite de l’armée.

Dans la campagne de France, en 1814, le duc de Bellune défend les Vosges pied à pied, défait l’ennemi à Saint-Dizier, enlève le château de Brienne, pourvoit à la Sûreté de Nogent, de Nangis et sort victorieux de plusieurs combats consécutifs qu’il est obligé de livrer pour rejoindre l’empereur. Là, Napoléon, mal instruit des motifs qui ont quelque peu retardé la marche du maréchal, lui adresse d’injustes reproches, mais il reconnaît bientôt son erreur et la répare en confiant au duc de Bellune le commandement d’une partie de sa garde. A la tête de ce corps, le maréchal enlève à Craonne les positions formidables de l’ennemi, et dans cette affaire, il est grièvement blessé d’un coup de feu.

Sous la restauration, le maréchal Victor devient major général de la garde royale qu’il organise. Ami sincère de son pays, le duc de Bellune étouffe en 1820 l’insurrection du Rhône et de l’Isère, et dans une allocution qu’il adresse aux troupes placées sous ses ordres, il s’exprime ainsi :

Ministre de la guerre en 1821, il s’occupe particulièrement du sort du soldat et introduit dans l’armée des améliorations qui rendent moins pénible le métier des armes.

La probité du duc de Bellune n’est point au-dessous de sa valeur. Entre autres faits qui le prouvent, il convient de citer celui-ci. Le général en chef Championnet le charge de lever en Italie une contribution énorme pour subvenir à l’entretien des troupes. Victor en rend le compte le plus fidèle et reçoit de M. Haller, alors administrateur des finances en Italie, une lettre dans laquelle ce fonctionnaire lui dit : Il serait à désirer que l’exemple que vous venez de donner par la reddition de votre compte fût suivi dans toute l’armée. Il est clair, précis, exact, et, si vous attachez quelque prix à mon opinion, je vous prierai d’en agréer mes remerciements au nom de la république.

Et, comme on lui fait remarquer, à cette occasion, qu’il aurait dû faire une grande fortune, Victor répond : Je préfèrerai toujours une belle réputation à une belle fortune. Depuis plusieurs années, M. le duc de Bellune [Note 2] vit dans la retraite, et si, comme autrefois son nom ne retentit plus dans les diverses parties de l’Europe où il a si vaillamment et si heureusement combattu, il peut du moins, avec un juste orgueil, reporter ses regards vers un passé rempli pour lui de glorieux souvenirs.

  Note 1 : Sous le Consulat, le général Victor a fait réintégrer la ville de Lamarche dans la possession de diverses propriétés communales, évaluées à près de 50 000 francs. La ville a donné, en témoignage de sa reconnaissance, le nom de Bellune à la rue où il est né.

  Note 2 : Le maréchal Victor est pair de France, chevalier des ordres, grand’ croix de Saint-Louis, de la légion d’honneur, de Charles III d’Espagne, du Christ de Portugal, commandeur de la couronne de fer, etc.

1842 — Annuaire administratif et statistique des Vosges 1842 / Charles Charton

PERRIN Claude Victor, duc de Bellune.- M. le maréchal duc de Bellune, dont nous avons inséré la notice biographique dans notre annuaire de 1838, est mort le 2 mars 1841. Le Moniteur universel a, le 3 mars, annoncé cet événement en ces termes :

M. le maréchal duc de Bellune, dont la santé excitait depuis quelque temps de vives alarmes, a succombé hier dans la journée. Il s’est éteint presque sans souffrances, entouré de sa famille que cette perte douloureuse a plongée dans le deuil.

1845 — Le Département des Vosges / Henri Lepage, Charles Charton

Claude-Victor PERRIN, duc de Bellune, né le 7 décembre 1764, de simples cultivateurs.

Il prit du service à l’âge de 17 ans, dans le 4e régiment d’artillerie. Rentré comme volontaire dans le 3e bataillon de la Drôme, il fut fait adjudant sous-officier le 15 février 1795, adjudant—major le 4 août de la même année, chef de bataillon le 15 septembre, adjudant-général chef de brigade le 2 octobre 1796, peu de jours après, général de brigade, général de division après le siége de Mantoue, lieutenant—général en 1800 ; de cette époque à 1806, gouverneur militaire en Hollande et ministre plénipotentiaire en Danemarck, maréchal de France et duc de Bellune après la bataille de Friedland.

Sous la Restauration, il devint major—général de la garde royale, qu’il organisa, et enfin ministre de la guerre en 1821. Le duc de Bellune est mort en 1841, et la ville va lui ériger un monument dans ses murs.

Plusieurs parents du maréchal Victor ont suivi avec distinction la carrière des armes ; on doit citer, parmi eux, M. FLORIOT, maire actuel de Lamarche. (Annuaire de 1838.)


[Tome 2, p. 292].

1848 — Biographie vosgienne / François Vuillemin

PERRIN Claude Victor, Maréchal, duc de Bellune.- Un des plus grands capitaines du siècle de Napoléon, est né à Lamarche (arrondissement de Neufchâteau), le 7 décembre 1764. Il a pris la part la plus glorieuse aux campagnes de la république et de l’empire, et a déployé, dans cent batailles, le plus grand sang-froid uni à la plus audacieuse intrépidité. Le cadre restreint de ce livre m’oblige à une simple citation de ses actions les plus héroïques.

Engagé comme volontaire dans le 3e bataillon de la Drôme, en 1794, après avoir fait un congé dans le 4e régiment d’artillerie, il se trouve pour la première fois en présence de l’ennemi, avec le grade de chef de bataillon, au combat de Coaraza, où il met en pleine déroute, avec son bataillon, un corps de 3000 Piémontais.

Au siége de Toulon, il s’empare du fort Faron et reçoit, pour ce fait, le brevet d’adjudant-général, chef de brigade.

Peu de temps après, il force la redoute le Petit Gibraltar, reçoit plusieurs blessures, et ce nouveau fait d’armes lui vaut le grade de général de brigade.

Appelé à l’armée des Pyrénées orientales, il se distingue particulièrement aux siéges de Roses et de Figuières.

En 1796, il commande un corps de l’armée d’Italie, prend part à tous les beaux faits d’armes de cette campagne, et reçoit de Carnot, au nom du Directoire exécutif, un précieux témoignage de satisfaction.

Il est de nouveau félicité, au nom du Directoire, à l’occasion de la part qu’il prend à la bataille de Peschiera.

Il contribue tellement au succès de la bataille de Cérea, que Bonaparte, général en chef de l’armée d’Italie, fait mettre à l’ordre du jour : L’armée n’a dû son salut qu’au sang-froid et à l’intrépidité du général Victor.

Lors du siége de Mantoue, il attaque les Autrichiens avec une seule demi-brigade, la 57e ; l’audace supplée au nombre ; il s’élance sur Provera, renverse tout ce qui se présente devant lui, et après un combat de plusieurs heures, fait mettre bas les armes à 6 000 hommes. Après ce fait d’armes, qui ferait à lui seul la gloire d’un capitaine, il est élevé au grade de général de division, et la 57e demi-brigade reçoit le surnom de terrible !

Pendant que Bonaparte commande en Égypte, il reste à la tête d’une division de l’armée d’Italie, et bat l’ennemi à toutes les rencontres, notamment à Vérone, à Alexandrie, à la Trébia et à Fossano, où, entouré de toutes part, il est obligé de s’ouvrir un passage à la baïonnette à travers les lignes ennemies.

Il fait avec l’armée d’Italie la mémorable campagne de 1800, qui sera éternellement glorieuse pour nos armes. Après la bataille de Montébello, le général Lannes lui dit : Mon ami, je te dois ma gloire, et à la bataille de Marengo, il lutte pendant sept heures avec sa division contre l’armée autrichienne entière. Le premier consul lui donne à cette occasion un sabre d’honneur.

De 1800 à 1806, il quitte les champs de bataille, et remplit diverses fonctions diplomatiques. Il revient ensuite à la grande armée, et contribue puissamment au gain de la sanglante bataille d’Iéna.

A Friedland, il se jette avec le premier corps qu’il commande, au centre de l’armée Russe, l’enfonce, culbute tout ce qui se présente devant lui et décide la victoire. Napoléon l’élève sur-le-champ à la dignité de maréchal de France, et lui donne peu de temps après le titre de duc de Bellune, avec une dotation de 200 000 francs.

En 1808, il entre en Espagne avec son corps d’armée, et marche de triomphe en triomphe : il rencontre successivement l’ennemi à Espinosa, et lui fait perdre 10 000 hommes ; à Somosierra, où il ouvre la route de Madrid, dont il s’empare ; à Uclès, où il fait prisonnière l’armée entière de l’Infantado ; à Medellin, où Cuesta laisse 16 000 morts sur le champ de bataille ; à Cadix, où avec 9 000 hommes il lutte victorieusement contre 25 000, et mérite les éloges de l’Empereur. En 1812, il quitte l’armée d’Espagne pour commander un corps de l’armée de Russie, et protége le passage de la Bérézina en contenant l’ennemi a la tète de quelques soldats qui s’intitulent encore : le 9e Corps de la grande armée.

En 1813, il fait des prodiges de valeur : a la bataille de Dresde, il enfonce la gauche de l’ennemi, et la met dans un désordre tel, que les cavaliers de Murat font mettre bas les armes à 20 000 hommes ; à l’interminable bataille de Leipzig, il sauve, par son sang-froid et sa présence d’esprit, tout son corps d’armée de la catastrophe épouvantable qui devait en être le dernier épisode ; à Hanau, il met le corps du général bavarois de Vrède dans une déroute complète. L’année suivante, il bat les coalisés à Saint-Dizier, à Brienne, et opère sa jonction avec l’Empereur, qui l’accuse un instant de lenteur, mais qui, reconnaissant bientôt son erreur, lui confie une partie de sa garde ! C’est à la tête de ce corps d’élite qu’il enlève, à Craonne, les positions de l’ennemi, et qu’il tombe grièvement blessé d’un coup de feu.

Ce fut le dernier fait d’armes du maréchal Victor, mais non le dernier service rendu par lui au pays. En 1821, il fut nommé ministre de la guerre, et quelques années plus tard, ambassadeur à Vienne. Pendant ses dernières années, il se retira des affaires et leur resta complètement étranger jusqu’à sa mort, arrivée le 2 mars 1841.

Une statue en bronze du maréchal Victor a été inaugurée dans son lieu natal, le 26 septembre 1846.

1866 — Notices biographiques des célébrités vosgiennes / Humbert le Vosgien

PERRIN (Victor-Claude, duc de Bellune). Victor-Claude Perrin, duc de Bellune, maréchal et pair de France, grand’croix des Ordres royaux de la légion d’honneur et de Saint-Louis, est né le 7 décembre 1764, à La Marche, arrondissement de Neufchâteau. Il n’avait encore que 17 ans lorsque, le 16 décembre 1781, il entra au service, comme soldat, dans le 4e régiment d’artillerie, en garnison à Auxonne.

Il venait n’obtenir son congé au moment où la révolution de 1789 éclata. Son bouillant courage ne pouvait demeurer spectateur tranquille des événements politiques et militaires qui se préparaient, et il suivit l’élan de la jeunesse de cette époque.

Il servit en qualité de volontaire dans le 5e bataillon de la Drôme, depuis le 7 août 1792, et parvint, en peu de mois, aux grades d’adjudant major et de chef de bataillon, après avoir fait avec distinction la première campagne d’Italie.

Attaqué à Coaraza par 3 000 Piémontais et un régiment d’émigrés, son bataillon se défendit avec beaucoup de résolution, et parvint à rendre nuls les efforts de l’ennemi.

Cette action, qui dévoila la destinée future de Victor, fut mise à l’ordre du jour de l’armée. En 1793, il était employé, avec ce même bataillon, au siège de Toulon : les hauteurs de Pharaon, avantageusement établies, offraient à l’ennemi une position qui pouvait inquiéter l’armée assiégeante ; le général Lapoype donna l’ordre à Victor de s’emparer de ces retranchements : pris avec promptitude, ils demeurèrent en son pouvoir, et on lui en confia la garde.

Chargé au même siège de diriger l’attaque de la redoute anglaise, dite le Petit-Gibraltar, située sur le promontoire de l’Aiguillette, il parvint à s’en emparer après un combat opiniâtre, dans l’obscurité de la nuit, sous le feu d’une artillerie formidable, et achevé à l’arme blanche. La prise de cette position délogea l’ennemi des postes qu’il occupait, et amena la reddition de la place, qui capitula quelques instants après. Cette brillante affaire, où Victor reçut deux coups de feu, lui mérita le brevet d’adjudant général.

Passé à l’armée des Pyrénées-Orientales à la fin de 1793, avec le grade de général de brigade, il contribua au succès des siéges de Collioure et de Roses, commanda l’attaque de cette dernière place, et parvint à faire gravir de l’artillerie sur les hauteurs qui la dominent. C’est encore à ses dispositions heureuses que l’on dut la prise du fort de la Trinité, qui commande et défend le golfe de Roses.

Le traité de paix du 22 juillet 1795, ayant terminé la guerre entre la France et l’Espagne, Victor repassa, en 1796 à l’armée d’Italie, alors commandée par Schérer.

Placé à la tête de cette armée, il y trouva de nouvelles occasions de signaler son courage. Chargé de débusquer l’ennemi de la position qu’il occupait sur un mamelon devant Borghetto, il exécuta cet ordre avec intelligence et bravoure. Lorsque le général Bonaparte remplaça Schérer dans le commandement de l’armée d’Italie, il confia au jeune général les postes les plus périlleux ; c’est ainsi qu’on lui vit courir les plus grands dangers aux affaires de Loano, de Cassaria, de Dégo et de Mondovi.

Il fut cité pour sa brillante conduite dans ces différents combats, et reçut à ce sujet une lettre flatteuse du gouvernement. L’année suivante il couvrit avec sa brigade le mouvement rétrograde de l’armée, au moment de l’attaque de Wursmer à la Corona, retarda, par ses adroites manœuvres la marche de l’ennemi de trente-six heures, et facilita la réunion des colonnes françaises.

Sa bonne contenance à Lonado, où, avec huit cents hommes, il imposa à quatre mille autrichiens, donna au général Bonaparte, qui arrivait en ce moment de Salo, les moyens de faire prisonnier ce corps d’armée. La précision de ses mouvements, qui assura le gain de la bataille de Castiglione, lui valut de nouveaux lauriers au combat de Peschiera ; à Roveredo, dont il s’empara après avoir forcé l’ennemi, et à Cérea, où, avec quatre cents grenadiers, il mit en déroute une colonne autrichienne qui avait un instant compromis la sûreté de l’armée.

Il se fit remarquer au combat de Saint-Georges, où il dirigeait une des principales attaques sous les ordres du général Masséna, et parvint, par son attitude, à acculer l’ennemi dans ses retranchements ; puis il alla investir Porto-Lougone.

Au combat de la Favorite, il culbuta la division Provéra, mit le désordre et la confusion dams ses rangs et la força à capituler.

La gloire qu’il avait acquis pendant cette campagne et les précédentes, lui valut le brevet de général de division, que le général en chef avait sollicité pour lui.

De nouveaux et brillants succès devaient bientôt justifier cette nomination. Chargé de seconder les opérations du général Lannes, qui se dirigeait sur Rome, il bat les troupes papales retranchées sur la rive du Sério, occupe Faënza, se rend maître de Forli et surprend la place d’Ancône, où il fait mettre bas les armes à la garnison, forte de cinq mille hommes.

A peu de temps de là, et presque au moment de la signature de la paix de Tolentino, il parvint à déjouer un complot formé par le sénat de Venise, dont le but était d’attaquer l’armée française sur ses derrières. Après le traité de Campo-Formio, le général Victor fut appelé au commandement du département de la Vendée : il rétablit le calme qui avait été un instant troublé dans cette contrée, et s’y conduit avec la plus grande modération.

A cette époque, le général Bonaparte ajoutait un nouveau titre à la réputation de son lieutenant ; il lui écrivait de Toulon : Lorsque vous recevrez ma lettre, je serai à l’extrémité de la Méditerranée. Vous deviez venir avec moi, mais le gouvernement a cru vos services utiles ailleurs. Quelque part que je sois, comptez sur mon amitié.

Rappelé en Italie en 1798, pour y commander une division, il s’occupa avec activité de son organisation et de son instruction, jusqu’au moment de l’ouverture de la campagne qui se préparait. En 1799, il se distingua aux batailles de l’Adige et de Vérone, battit les Russes sur le Pô, et figura à la tête de sa division aux batailles de Sainte Lucie, de Villafranca, d’Alexandrie et de la Trébia.

Il était à Alexandrie lorsqu’il reçut l’ordre de marcher à l’ennemi ; il rassemble sa division à la hâte, passe là Bormida, se dirige sur le village de Marengo où était l’avant-garde autrichienne, qu’il culbute, attaque la première ligne, et oblige l’armée ennemie à se déployer. Forcé de battre en retraite, il effectue ce mouvement avec ordre. Peu de temps après, il reçoit l’ordre de traverser l’Apennin, pour faciliter la retraite de l’armée de Naples par la vallée de la Bormida, Gènes et Sarzane. Sa division, attaquée par un grand nombre d’insurgés piémontais, se fraie un passage à la baïonnette, dans des gorges et des chemins difficiles, et parvient à entrer dans Gènes ; de là, il se dirige au devant de l’armée dont il doit protéger la retraite, et opère sa jonction avec le général Macdonald.

Les rives de la Trébia allaient encore être les témoins d’une lutte sanglante et opiniâtre ; les deux armées étaient en présence, et après des efforts inouïs la victoire paraissait enfin se fixer en faveur de l’armée française, lorsque le centre, obligé de se reployer, compromit par ce mouvement rétrograde, l’aile droite et l’aile gauche, qui, à leur tour, se virent forcées d’abandonner le terrain. Tel fut le résultat de cette bataille dans laquelle on vit le général Victor soutenir sa haute réputation.

Après cette journée, le général Moreau envoya Victor à Paris, pour solliciter du gouvernement des renforts pour l’armée d’Italie. Sa mission n’ayant pas réussi, il revint prendre le commandement de sa division, qui se fit remarquer à la bataille de Bassano, où elle formait la centre du corps de Championnet.

Un champ plus vaste va être ouvert à la gloire de nos armées. L’homme qui doit bientôt présider aux destinées de l’Europe a quitté le sol brûlant de l’Afrique : chef d’un gouvernement de sa création, il va donner un nouvel élan aux armées de la république, et ajouter de nouveaux trophées à ceux des pyramides et d’Aboukir : déjà s’organise une armée de réserve, déjà la coalition a frémi au bruit du canon de Marengo. La division de Victor formait l’avant-garde dans les trois mémorables journées de cette grande bataille, elle soutint pendant huit heures les efforts de l’armée autrichienne, et s’y couvrit de gloire.

L’audace, la fermeté et, les heureuses dispositions du général, en permettant à l’armée de se rallier, et de revenir à la charge, contribuèrent puissamment au succès de cette brillante victoire. Un arrêté des consuls lui accorda un sabre d’honneur, sur lequel furent inscrits ces mots : Bataille de Marengo, commandée en personne par le premier consul. Donné par le gouvernement au général Victor.

Passé immédiatement à l’armée Gallo-Batave, en qualité de lieutenant du général en chef, il s’y conduisit avec habileté, et sut tirer parti de la faiblesse de ses troupes et de la difficulté de sa position.

Il quitta ce commandement après le traité d’Amiens, et, en février 1805, se rendit en Danemark avec le titre d’ambassadeur de la république. Il occupait ce poste, lorsqu’en 1806, la guerre avec la Prusse vint réclamer son bras et son courage.

Blessé d’un biscaïen à la bataille d’Iéna, cet accident ne l’empêcha pas de continuer le commandement du 10e corps de la grande armée, qui lui avait été confié, de contribuer puissamment au gain de la bataille de Pultusck et de prendre une part active aux brillants succès obtenus, pendant cette courte et si glorieuse campagne, sur les armées russes et prussiennes.

Fait prisonnier par un corps de partisans, il fut bientôt échangé et rendu à ses compagnons d’armes. L’empereur lui donna, en 1807, le commandement du 1er corps, et la France n’a pas oublié que c’est à la tête de ses troupes que le général Victor détermina le succès de la bataille de Friedland, et que c’est sur le terrain, témoin de sa valeur, qu’il fut élevé à la dignité de maréchal de l’empire.

Après le traité de Tilsitt, Napoléon lui donna le gouvernement de Berlin et d’une grande partie de la Prusse, poste qu’il conserva pendant quinze mois. Lorsque l’Espagne leva l’étendard de l’indépendance, et se déclara en faveur de ses princes, le maréchal Victor y fut envoyé pour y prendre le commandement en chef du 1er corps d’armée. Là, comme dans les champs de l’Italie ; là, comme sur les rives du Rhin et du Danube, il donna de nouvelles preuves de talent, de nouvelles marques de courage. Il battit complètement l’armée espagnole aux batailles de Spinosa, de Sommo-Sierra et de Madrid.

En 1809, il poursuit ses succès avec vigueur, et se distingue par son habileté, et par la précision de ses manœuvres.

Il joint l’armée ennemie sous les murs d’Uclès, lui livre bataille, et lui fait 15 000 prisonniers. De nouveaux lauriers l’attendaient encore à Médelin ; il y bat également l’ennemi, y détruit l’armée commandée par Cuesta, et se joint aux différents corps qui, dans la nouvelle Castille, devaient porter le dernier coup à l’insurrection espagnole. Il n’en fut toutefois pas ainsi.

La bataille, de Talavera, où l’ardeur des troupes françaises ne se ralentit pas, ne fut cependant pas heureuse. Le corps de Victor y fit des prodiges de valeur ; mais n’ayant pas été soutenu avec vigueur, il fut forcé de se redéployer, et ce mouvement entraîna la perte de la bataille.

Chargé de l’investissement de Cadix, le duc de Bellune prit toutes les dispositions nécessaires pour assurer l’exécution de cette opération. Des fortifications furent élevées dans le double but d’intercepter toute communication entre la place, l’armée ennemie et la mer, et pour défendre les troupes chargées de l’investissement, d’une attaque combinée ou de vive force. Cette sage précaution fut bientôt justifiée. Un corps anglo-espagnol de 2 400 hommes se présente sur les derrières de l’armée française, peu de temps après l’achèvement des préparatifs d’attaque et de défense. L’attaque de l’ennemi est soutenue avec vigueur, et après un engagement de quelques heures il est obligé de s’éloigner. Le maréchal Victor quitta le blocus de cette place, en 1812, pour se rendre à la grande armée où l’avait appelé l’Empereur, qui lui confia le commandement du 9e corps. Il fit avec distinction cette mémorable campagne, il se fit également remarquer pendant tout le temps que dura la retraite, et particulièrement au passage de la Bérésina.

L’année suivante, il commandait le 2e corps qui décida la victoire de Dresde, et qui fit 15 000 Autrichiens prisonniers. Il assista, avec son corps d’armée, aux batailles de Wachau, de Leipsiek et de Hanau, et soutint, dans ces différentes affaires, l’honneur et la gloire des armées françaises.

Après le passage du Rhin, le maréchal Victor s’occupa activement d’assurer les moyens de défense des places de l’Alsace et d’une partie de la Franche-Comté, défendit pendant quelque temps l’entrée des Vosges à l’armée russe, et ne céda le terrain qu’après une résistance glorieuse et opiniâtre.

Forcé de se replier sur la Meuse, il exécuta cette manœuvre avec sa bravoure accoutumée ; chassa l’ennemi de sa position de Saint-Dizier, le 27 janvier 1814, et peu de jours après, emporta à la baïonnette le village de Brienne.

Pendant tout le reste de la campagne, il seconda, avec le même zèle et la même ardeur, les efforts de Napoléon et de l’armée, dans la brillante et célèbre défense du territoire national ; se porta le 9 février sur la Seine pour coordonner ses mouvements avez ceux du grand capitaine, qui se dirigeait sur Champ-Aubert et sur La Ferté ; défendit avec beaucoup de vigueur et de résolution les ponts de Nogent, et dirigea avec habileté les affaires de Mangis et de Villeneuve-le-Roi.

Il commandait l’avant-garde à la bataille de Craonne, le 7 mars suivant, lorsqu’il reçut une blessure à la tête qui le mit hors de combat. Ici se termine la carrière militaire du maréchal Victor, parcourue avec tant d’éclat...

... Ici, il faut bien le dire, va s’obscurcir l’auréole de gloire qui ombrageait son front...

... Les évènements politiques et l’abdication de l’empereur venaient d’imposer un nouveau gouvernement à la France. Les baïonnettes de l’Europe avaient ouvert l’entrée du royaume, et accompagné une famille que la génération d’alors ne connaissait pas, ou avait totalement oubliée. Le duc de Bellune se livra corps et biens à la Restauration et ne conserva pas même le souvenir des bienfaits de son ancien maître. Après le rétablissement des Bourbons, il obtint le gouvernement de la 2e division militaire ; à l’époque des événements du 20 mars, il suivit le roi à Gand ; il rentra avec lui en juillet, et fut nommé pair de France peu de temps après. Lors de la création de la garde royale, Louis XVIII le nomma l’un des quatre majors généraux de cette garde (1815).

Son dévouement aveugle lui fit accepter la présidence de la commission chargée d’examiner la conduite des officiers pendant les Cents-Jours.

On lui reproche, et avec justice, d’avoir employé, dans cette circonstance, une trop grande rigueur contre ses anciens compagnons d’armes, de gloire et de périls, qui avaient contribué à l’élever au premier rang de l’armée, et de s’être fait l’agent des hommes du château...

Au commencement de 1816, il fut nommé gouverneur de la 16e division militaire ; en 1821, le roi lui donna le gouvernement supérieur des 6e, 7e, 8e et 19e divisions militaires, et le nomma enfin ministre de la guerre.

Les talents administratifs du maréchal Victor ne répondirent pas à ses talents militaires : il fit des fautes, s’aliéna la nouvelle armée, comme il avait fait de l’ancienne, et acheva de porter le dernier coup au peu de popularité dont il jouissait encore. Il organisa l’armée que le gouvernement devait envoyer en Espagne, pour y paralyser les efforts d’une population généreuse qui aspirait au bienfait d’une constitution libérale, fut nommé major général de cette armée, et rentra en France peu de temps après. Déjà le baron de Damas l’avait remplacé au ministère de la guerre.

En 1825, le roi Charles X lui donna le commandement du camp de Rheims, établi à l’occasion du sacre de ce prince.

Il était encore major général de la garde au moment des évènements de juillet 1830. Depuis cette époque, il vécut dans la retraite, et cessa de prendre part aux affaires.

Le duc de Bellune est mort à Paris le premier mars 1841.

1881 — Voyages dans les Vosges / Charles Chapiat

PERRIN Claude Victor, connu sous le nom de maréchal Victor.- Né à Lamarche en 1764, dans une famille de cultivateurs, il se sentit, dès son jeune âge, du goût pour les armes ; il prit du service à dix-sept ans, au quatrième régiment d’artillerie, où il demeura simple soldat, et son congé fini, le futur maréchal de France vint suivre la charrue paternelle.

Engagé volontaire en 1794, il devint adjudant sous-officier ; adjudant major, en 1775 ; chef de bataillon, en 1791 ; parut pour la première fois en face de l’ennemi, et mit en pleine déroule un corps de 3 000 Piémontais, à Coaraza. Au siège de Toulon, il s’empara du fort Faron, et reçut le titre d’adjudant général ; peu de temps après, il força la redoute du Petit-Gibraltar, où il essuya plusieurs blessures, et fut créé général de brigade.

Appelé aux Pyrénées, il se distingua au siège de Roses et à celui de Figuières, et partit pour l’Italie, où il prit part à tous les hauts faits de la campagne. Il contribua tellement au succès de la bataille de Cérea, que Bonaparte fit porter à l’ordre du jour : L’armée a dû son salut au sang-froid et à l’intrépidité du général Victor.

Au siège de Mantoue, il attaqua les Autrichiens à la tête sa brigade, renversa tout ce qui se trouvait devant lui, et, après un combat de plusieurs heures, fit poser les armes à un corps de six mille hommes. Ce fait d’armes, qui suffirait à la gloire d’un capitaine, lui valut le grade de général de division, et sa brigade reçut le nom de TERRIBLE.

Pendant l’expédition d’Égypte, si fatale à nos armes en Italie, le général Victor n’essuya aucune défaite avec sa division : partout il se replia en bon ordre, et à Fossano il se fit jour à la baïonnette.

La mémorable campagne de 1800 le revit sur ses champs de bataille, et après Montebello, Lannes lui dit : Mon ami, je te dois ma gloire. A Marengo il lutta pendant sept heures avec sa division, et il reçut, après la bataille, un sabre d’honneur.

Aussi bon diplomate que soldat intrépide, Victor Perrin quitta l’armée pour l’administration : il devint successivement gouverneur de la Hollande et ambassadeur en Danemark.

Revenu à la grande armée, en 1806, il contribua puissamment au gain de la sanglante bataille d’Iéna, et décida, par son intrépidité, la victoire à Friedland. Napoléon l’éleva, en récompense, à la dignité de maréchal de France, et lui donna le titre de duc de Bellune.

Nommé gouverneur de Berlin, le maréchal Victor traita la cité vaincue avec tant de justice et de clémence, que la cité reconnaissante lui vota une calèche et deux chevaux d’honneur, à son retour en France. En 1871, la Prusse, victorieuse à son tour, épargna la ville de Lamarche, en souvenir du maréchal gouverneur de Berlin. Il n’est pas toujours bon de crier malheur aux vaincus. En 1808, le duc de Bellune entra en Espagne avec un corps d’armée, et marcha de victoire en victoire ; à Espinosa, il culbuta l’ennemi et lui fit perdre 10 000 hommes ; à Sommo-Sierra, il s’ouvrit la route de Madrid, dont il s’empara ; à Velès, il fit prisonnière toute l’armée du duc de l’Infantado ; à Médelin, il écrasa l’armée de Cuesta, qui laissa 16 000 morts sur le terrain ; à Cadix, il lutta victorieusement avec 9 000 hommes contre 25 000.

En 1812, il quitta l’Espagne pour l’expédition de Russie ; mis à la tête d’un corps de réserve, il disposa de ses forces pour contenir l’ennemi au passage désastreux de la Bérézina.

En 1813, il fit à Dresde des prodiges de valeur ; à Leipzig, il sauva, par son sang-froid, tout son corps d’armée de l’épouvantable catastrophe ; à Hanau, il mit en déroute le corps du général bavarois de Vrède.

En 1814, il crut devoir abandonner les cols des Vosges, parce que la France était envahie par trop d’autres côtés ; mais ce ne fut point - comme on a osé le dire -, par impéritie, encore moins par trahison ; c’était pour voler plus vite au secours de Paris. Aussi, à peine arrivé à Saint-Dizier, il y battit les coalisés ; quelques jours après, il les battit à Brienne, et opéra sa jonction avec l’Empereur. Dans un accès d’humeur, Napoléon l’accuse d’un retard dont il n’était point coupable, et lui demande la remise de son épée. Sire, a-t-il répondu, laissez-la moi, du moins pour combattre en soldat. Et, frappé de cet héroïsme, l’Empereur lui confie le commandement d’une partie de sa garde, avec laquelle il enlève à Craonne les positions de l’ennemi, et tombe grièvement blessé. Ce fut son dernier fait d’armes.

Le maréchal duc de Bellune fut assurément l’un des grands capitaines de Napoléon ; sa bravoure, sa modestie, son honnêteté, l’ont fait surnommer le Bayard de l’Empire.

Rallié, en 1814, à la Royauté, il lui garda sa parole et ses serments en 1815. En qualité de major général il organisa la garde ; devint ministre de la guerre en 1821, puis ambassadeur à Vienne.

A la révolution de 1830, fidèle à la royauté légitime, il se retira complètement des affaires publiques, et vécut en simple et paisible citoyen jusqu’à sa mort, qui arriva en 1841.

Un buste en bronze, surmontant une pyramide en granit, sur laquelle ont été inscrites les victoires de cet enfant du peuple, a été inauguré, en 1846, à Lamarche, en l’honneur de Claude Victor Perrin, duc de Bellune, maréchal de France. Il était digne d’un monument plus grandiose.

1889 — Biographie générale vosgienne / Félix Bouvier

VICTOR (Claude Victor PERRIN, dit) duc de Bellune, maréchal de France.- Le maréchal Victor est né à Lamarche le 7 décembre 1764. A 17 ans, le 16 décembre 1781, il entrait au service militaire comme soldat au régiment d’artillerie d’Auxonne, devenu plus tard 4e régiment ; il y gagna le grade de sous-officier et fut libéré peu de temps avant la Révolution.

Officier, puis adjudant-major au 5e bataillon des volontaires de la Drôme, le 7 août 1792, il en devint le chef et se distingua au siège de Toulon, en 1793, sous les yeux de Bonaparte, où il s’empara du Petit-Gibraltar et reçut deux blessures. Il fut nommé alors adjudant-général (colonel d’état-major) le 2 octobre 1793 ; général de brigade le 13 juin 1795, il combattit à l’armée des Pyrénées, où il prit d’assaut Collioure et Roses.

Il passa ensuite à l’armée d’Italie où il servit sous Schérer, puis sous Bonaparte ; il se fit remarquer à Loano, à Cassaria, à Dégo, à Mondovi, à Lonato et surtout à Castiglione et à Roveredo. Il fut nommé général de division le 10 mars 1797. Il marcha alors sur Rome et s’empara d’Ancône. Après la paix, il commanda en Vendée où il continua la pacification. Il retourna en Italie en 1798 et se distingua encore dans la malheureuse campagne de 1799 où périt Joubert, notamment à La Trebbia et à Bassano.

Bonaparte, retour d’Égypte, descend en Italie ; il confie à Victor la division d’avant-garde qui franchit le mont Saint-Bernard et triomphe à Montebello, puis à Marengo après une lutte acharnée. Il va ensuite commander en Hollande, puis, en 1805, devient ambassadeur de France en Danemark. Il revient prendre en 1806 sa place dans la Grande-Armée, où il est mis à la tête du 10e corps ; il est blessé à Iéna et vainqueur à Pultusk, puis fait prisonnier enlevé par des éclaireurs.

Commandant du 1er corps de la Grande-Armée en 1807, il prend une large part à la bataille de Friedland et est nommé le 13 juillet 1807, en récompense de sa conduite, maréchal de France. On lui confia alors le poste de gouverneur de Berlin. A ce moment aussi il est créé duc de Bellune. En 1809 on l’envoya en Espagne, où il combattit à Somo-Sierra, à Medellin, à Talaveyra de la Reina ; il dirigea aussi le siège de Cadix. Mis à la tête du 9e corps de la Grande-Armée de 1812, il prit part à la bataille de la Moskowa.

Passé en 1813 au commandement du 2e corps, il combat à Dresde, à Wachau, à Leipzig, à Hanau, et, quand l’invasion se répand sur la France, il défend l’Alsace et les Vosges avant d’aller lutter dans les plaines de Champagne, à Saint-Dizier et à Brienne. Blessé à Craonne le 7 mars 1814, il avait eu déjà la douleur de voir tuer son gendre, le général Huguet- Châtaux, au combat de Montereau le 18 février 1814.

Au retour des Bourbons, il se rallia sans hésitation à Louis XVIII, fut nommé gouverneur de la 2e division militaire et suivit le roi à Gand pendant les Cent-Jours. Rentré en France après le désastre de Waterloo, il est nommé Pair de France. Puis il est un des quatre majors-généraux de la garde royale, en 1815. Gouverneur de la 16e division militaire en 1816, il fut choisi pour ministre de la guerre le 14 décembre 1821 jusqu’en octobre 1823 et eut à organiser l’armée destinée à opérer en 1823 en Espagne. Il devint même major-général de cette armée en 1823.

Il fut quelque temps ambassadeur de France en Autriche, puis reprit alors ses fonctions de major-général de la garde royale, qu’il conserva jusqu’en 1830, après avoir commandé, en 1825, les troupes du camp de Reims, à l’occasion du couronnement de Charles X. Après la révolution de Juillet, il vécut dans la retraite, tout en conservant son titre de Pair de France. Il était en outre grand-croix de la Légion d’honneur et de l’ordre de Saint-Louis.

Le maréchal Victor est mort à Paris, le 1er mars 1841. Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise.

Sa ville natale lui a élevé, en 1846, un monument sur une des places, avec son buste en bronze.

1990 — Dictionnaire des Vosgiens célèbres

VICTOR (Claude Victor Perrin, dit), pair et maréchal de France
Lamarche, 7 décembre 1764 – Paris, 1er mars 1841


Claude Victor Perrin est l’un des fils de Charles Perrin, huissier royal au bailliage de Bassigny, résidant à Lamarche, et de Marianne Floriot. En 1781, il s’engage dans le régiment d’artillerie de Grenoble en qualité de tambour. Versé dans le régiment d’artillerie d’Auxonne quelques mois plus tard, il est finalement libéré avec le grade de sous-officier. En 1791, il est grenadier dans la Garde nationale de Valence.

Au cours de la même année, il s’engage derechef dans le 3e bataillon des volontaires de la Drôme. Il est successivement promu adjudant sous-officier, adjudant major, puis capitaine dans le 5e bataillon de volontaires du Bas-Rhin en 1792. Il sert un peu plus tard en qualité de lieutenant-colonel dans le même bataillon. Durant le siège de Toulon, il se distingue sous les yeux de Bonaparte. Il s’empare notamment du Petit Gibraltar et reçoit deux blessures. Nommé adjudant-général chef de brigade le 2 octobre 1794, puis général de brigade le 13 juin 1795, il est versé dans l’armée des Pyrénées. Il s’empare de Collioure et de Rosas. Il sert ensuite sous les ordres de Schérer, puis de Bonaparte en Italie. Sa bravoure et remarquée durant les combats de Loano, Cassaria, Dego, Mondovi, Lonato et surtout à Castiglione et à Roveredo.

Le 10 mars 1797, il est nommé général de division. Il marche ensuite sur Rome et s’empare du port d’Ancône. Après la signature de la paix, il pacifie la Vendée. Il retourne en Italie de 1798 à 1799. Quand Bonaparte descend à nouveau dans ce pays, après son retour d’Égypte, il confie à Victor la division d’avant-garde qui franchit le Grand Saint-Bernard. Il peut ainsi triompher à Montebello, puis à Marengo et sur d’autres champs de bataille. En 1801, il commande le corps français stationné en Batavie. Quatre ans plus tard, il est nommé ministre plénipotentiaire au Danemark.

Il reprend sa place dans la Grande armée en 1806, en qualité de chef d’état-major de Lannes. Il combat à Iéna ou il est blessé. Après avoir remporté la victoire de Multusk, il est enlevé par des éclaireurs. Libéré, il devient commandant du 1er corps d’armée qui prend une large part à la victoire de Friedland. Pour récompenser sa conduite, Napoléon le nomme Maréchal de France le 13 juillet 1807, puis duc de Bellune. Il lui confie ensuite le gouvernement de la Prusse et de Berlin.

Durant la guerre d’Espagne, Victor combat à Somo-Sierra, Medellin, Talavera de la Reyna en 1808, puis il prend part au siège de Cadix en 1809. Trois ans plus tard, il est placé à la tête du 9e corps, puis du 2e corps de la Grande armée qui combattent à la Moskova. En 1813, il participe à de nombreuses autres batailles : Dresde, Wachau, Leipzig et Hanau. Chargé ensuite de contenir les Alliés qui menacent d’envahir les Vosges, il est mis dans l’obligation de se replier en direction de la Champagne par manque d’effectifs. Il est blessé à Craonne le 7 mars 1814 et se retire momentanément dans l’une de ses propriétés. Quand les Bourbons reviennent en France, il se rallie sans hésiter à Louis XVIII. Nommé gouverneur de la 2e division militaire, il suit le roi à Gand pendant les Cent Jours.

Après Waterloo, il est promu pair de France, major général de la Garde royale en 1815, puis gouverneur de la 16e division militaire en 1816. En qualité de ministre de la Guerre du 14 décembre 1821 au mois d’octobre 1823, il réorganise l’armée qui doit opérer en Espagne. Il est nommé major général de ce corps expéditionnaire. Après avoir effectué une mission diplomatique en Autriche, il reprend son poste de major général de la Garde royale et devient en 1828 membre du Conseil supérieur de guerre. Il se retire de la vie publique après la révolution de juillet 1830.

Quand il disparaît, il est notamment grand-croix dans l’ordre de la Légion d’honneur et dans l’ordre de Saint-Louis. Il est inhumé au Père-Lachaise où sa tombe est toujours visible. En 1846, son buste en bronze est placé sur l’une des places principales de Lamarche, sa ville natale. Plusieurs enfants sont nés de ses deux mariages avec Jeanne Joséphine Muguet, puis avec Julie Vosch van Avesaet.


Bibl. : Valynseele (J.).- Les maréchaux du premier empire, 1957, p. 251-257.
Poull (G.).- Les Vosges.- Éditions France Empire, 1985, p. 227-229.
Vartier (Jean).- La tombe du maréchal Victor ne sera pas rasée, in journal L’Est républicain du 12 octobre 1967.


[Georges Poull]

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