Pierre AYOTTE

[ Luxeuil (70), 13/06/1767 – Senaide (88), 22/09/1841 ]

ecclésiastique

Biographie vosgienne

1848 — Biographie vosgienne / François Vuillemin

AYOTTE Pierre.- Né à Fontaine-lès-Luxeuil, en Franche-Comté, le 13 juin 1767, embrassa de bonne heure l’état ecclésiastique, et fut bientôt cité pour ses nombreuses vertus.

Ayant refusé de prêter serment à la constitution, il fut obligé de s’exiler, et vécut caché pendant près de sept ans, supportant, avec résignation, des privations de toute espèce. A la suite du concordat, il prit possession de la cure de Senaide, où il a fondé une école de latinité reconnue par l’Université, et qui ne compte pas moins de deux cents élèves.

Il y est mort le 22 septembre 184l, à l’âge de 74 ans.

1881 — Voyages dans les Vosges / Charles Chapiat

AYOTTE Pierre.- Curé de Senaide. Né en 1767, à Fontaine, près de Luxeuil, au sein d’une famille de laboureurs, il fut élevé dans les sentiments d’une tendre piété par les soins d’une mère chrétienne. Un goût prononcé pour l’étude, une vive pénétration d’esprit, une tendance exemplaire à la vertu, décidèrent ses parents à le donner à Dieu, et il commença ses études à Luxeuil, et alla les terminer à Besançon.

Les plus heureux succès couronnèrent ses études théologiques, et, en 1790, malgré l’orage qui grondait à l’horizon sur l’Église de France, il s’engagea au Seigneur en recevant le sous-diaconat. L’orage éclata en 1791 ; l’abbé Ayotte franchit la frontière, à travers tous les dangers, pour aller recevoir le diaconat à Soleure, rentra dans sa famille, et retourna, bravant les mêmes périls, à Soleure, pour y être élevé au sacerdoce.

Il osa revenir chanter solennellement sa première messe à Fontaine, et y célébrer publiquement les offices pendant six mois. Cependant, pour ne compromettre ni sa famille, ni sa paroisse, il passa une troisième fois la frontière et se réfugia en Suisse, où il devait sentir les rigueurs de la misère, qu’il sut adoucir en travaillant chez un pauvre menuisier.

Les nouvelles de la France, livrée à l’impiété et au crime, lui inspirèrent le désir de se sacrifier pour le salut des âmes ; il rentra dans sa patrie, avec un compagnon de son zèle, M. Janin, déguisés tous deux en marchand colporteur. Ces prêtres intrépides errèrent d’asile en asile, de forêt en forêt, ayant pour abri les caves ou les greniers des métairies, les cavernes des rochers, endurant le froid et la chaleur, la soif et la faim, tous les jours exposés aux prisons et à la mort. Ces apôtres trouvaient dans la foi des catholiques et dans le succès de leur ministère une source abondante de consolations : les populations s’attachaient à ces prêtres qui se dévouaient ainsi pour leur salut.

A la restauration du culte catholique, l’abbé Ayotte fut nommé, en 1803, à la cure de Senaide, où il passa quarante années de sa vie à faire le bien. Ce prêtre zélé, voyant le clergé presque anéanti par le martyre, l’exil ou la mort, se sentit poussé à concourir à sa rénovation. Il prit, en 1805, quelques élèves de sa paroisse ; dès l’année suivante, il en reçut des paroisses voisines ; en 1807, son école fut reconnue par l’Université. En 1813, son école comptait une trentaine d’étudiants, mais elle n’avait d’autre asile que le presbytère. Plein de confiance au Seigneur, le pieux fondateur n’hésita pas, en 1817, d’acheter une maison, et des élèves plus nombreux lui arrivèrent : 50 internes et 30 externes étaient là en 1820. Pour se délivrer de la vexatoire rétribution universitaire, le pauvre curé sollicita pour son école un titre de petit séminaire des Vosges, et il l’obtint en 1821. Le résultat ne se fit pas attendre : l’année 1823 vit 200 élèves dans l’enceinte de l’établissement.

Le petit séminaire de Senaide était donc en pleine prospérité, quand parurent les tristes ordonnances de 1828, signées par le faible Charles X. Le vénérable supérieur ne put s’empêcher d’y voir, comme tous les hommes de foi, le prélude d’une révolution nouvelle, et cette révolution ne tarda guère. Cependant, avant qu’elle éclatât, le petit séminaire de Senaide, élevé avec tant de peines et de labeurs, devait se voir mutiler par la main même qui l’avait plus d’une fois bénit. L’évêque de Saint-Dié, Mgr Jacquemin, lui enleva les trois classes supérieures pour les transporter à Châtel : le digne supérieur accepta, péniblement, mais sans aucun murmure, un sacrifice d’autant plus amer qu’il en présageai un autre pour l’avenir.

La révolution de 1830 passa, sans toucher au pieux asile fondé par M. Ayotte. Le choléra, cette affreuse épidémie qui décimales populations en 1832, le respecta dans son terrible passage. Mgr Dupont et Mgr de Jerphanion comblèrent de leurs marques d’estime le vénérable supérieur, qui mourut saintement en 1841, et qui fut remplacé par son ancien élève et collaborateur dévoué, l’abbé Sergent, auquel, plus tard, celte oeuvre de tant de travaux devait être enlevée de son vivant aussi, pour être transportée à Autrey, ancienne abbaye d’Augustins, acquise par Mgr Caverot. Senaide, a-t-on dit, était trop excentrique ! Mais Saint-Dié l’est-il moins ?

1889 — Biographie générale vosgienne / Félix Bouvier

AYOTTE (Pierre).- Il est né en Franche-Comté, à Fontaine-lès-Luxeuil (Haute-Saône), le 13 juin 1767. Entré dans les ordres avant la Révolution, il refusa de prêter le serment ecclésiastique et s’exila.

Lorsqu’il rentra en France, il fut nommé curé de Senaide ; il y fonda l’école de latinité qui eut, quelque temps, une certaine importance. Il mourut à Senaide le 22 septembre 1841.

1990 — Dictionnaire des Vosgiens célèbres

AYOTTE (Pierre), prêtre
(Fontaine-lès-Luxeuil (Haute-Saône), 13 juin 1767 - Senaide, 22 septembre 1841)

Après cinq ans d’études chez un oratorien de Luxeuil, il suit les cours du collège de Besançon, est reçu bachelier en 1787 et poursuit sa théologie jusqu’au moment de la Révolution où il prend le chemin de l’exil. En 1791, il reçoit la prêtrise à Fribourg en Suisse et revient célébrer sa première messe dans son village natal. Dénoncé par le curé constitutionnel du lieu, il retourne quelque temps en Suisse pour en revenir, en 1794, déguisé en colporteur ; avec d’autres prêtres réfractaires, il exerce secrètement son ministère dans la région de Jonvelle et de Châtillon-sur-Saône, aux confins des trois départements des Vosges, de la Haute-Saône et de la Haute-Marne.

Après le Concordat de 1801 qui ramène la paix religieuse, il ne se résout pas à se soumettre aux ordres du nouvel évêque de Besançon, un ancien constitutionnel. Il obtient son exeat et va se mettre à la disposition de Mgr d’Osmond, évêque de Nancy et de Saint-Dié, qui le nomme curé de Senaide en 1803. Il réunit dans son presbytère quelques enfants de la paroisse et leur enseigne le latin. En 1813, il a déjà 30 élèves. Sous la Restauration, il les installe dans une maison du village. L’essor est spectaculaire : l’effectif atteint 200 élèves en 1823 ; l’établissement est reconnu officiellement école secondaire ecclésiastique du département des Vosges et devient ainsi le premier séminaire du diocèse de Saint-Dié. Toute une génération de prêtres vosgiens y sera formée.

Cependant, mal situé géographiquement, le petit séminaire fondé par l’abbé Ayotte se vit retirer ses classes en deux étapes en faveur de Châtel-sur-Moselle (1828) et Autrey (1861).


Bibl. : Guinot (Abbé A.).- Notice historique sur la vie de Pierre Ayotte, Paris : Débécourt, 1843.
Lhote (E.).- Nos séminaires Vosgiens, Saint-Dié, 1902, p. 149-159.


[Pierre Heili].

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