1872 —
Annuaire administratif des Vosges 1872 / Léon Louis
Le Lieutenant-Colonel Ropper.- ROPPER (Claude-Eugène-Léon), naquit à Épinal le 11 octobre 1823, fit ses études au lycée de Metz et entra à l’École spéciale militaire le 2 novembre 1842. Il fut tué à Gravelotte, devant Metz, le 16 août 1870, frappé à la tête d’un éclat d’obus. Quelques mots de regrets sont bien dus à la mémoire de ce brave enfant d’Épinal, tombé avant l’heure pour la défense de son pays.
Bon sang ne peut mentir. Fils d’un major de cavalerie, Léon Hopper, comme son père, comme ses oncles, les colonels Piolaine et Walter, embrassa la carrière des armes. Beaucoup d’entre nous se rappellent ce jeune et brillant officier, sortant de Saint-Cyr, en tenue de chasseur de Vincennes. L’uniforme lui allait à merveille, et il était tout militaire de la tête aux pieds, simplement, naturellement. Son mérite et sa bravoure, souvent éprouvés, devaient lui procurer un avancement rapide. A quarante-six ans, lieutenant-colonel et officier de la Légion d’honneur, il voyait s’ouvrir devant lui un brillant avenir, quand la mort du soldat, mort glorieuse, mais cruelle aussi, est venue briser ses légitimes espérances et plonger sa famille dans le deuil.
Le simple exposé de ses campagnes est son plus bel éloge. Au début de sa carrière, il va une première fois en Afrique, à la grande et rude école qui nous a formé tant de bons officiers. La guerre de Crimée éclate : le régiment de Hopper est de l’expédition. Dans la Dobrutscha, le typhus et le choléra enlèvent 14 000 hommes ; Ropper lui-même est atteint du choléra, mais son excellente constitution le tire d’affaire, et il assiste à tous les brillants combats livrés devant Sébastopol.
Le 7 septembre, il reçut deux blessures, une forte contusion à la jambe et une autre à la tête. Sous la tente, il montra ce qu’il était, un vrai soldat : privations, fatigues, service des tranchées, rien ne l’abat, rien n’altère sa bonne humeur. Sa gaieté est contagieuse, c’est à qui l’invitera pour jouir d’un si agréable convive et partager avec lui la fortune d’un extra. Ces détails, nous les tenons d’un officier qui l’a vu en Crimée, car il ne parlait jamais de lui-même que pour répondre aux questions qu’on lui adressait.
Sa belle conduite à l’assaut de Malakoff lui valut d’abord la croix de la Légion d’honneur, et, bientôt après, les épaulettes de capitaine. Marié et déjà père de deux enfants, il partit pour le Mexique, d’où il revint avec le grade de commandant. Il ne tarda pas à retourner en Afrique pour prendre le commandement du 1er bataillon des compagnies de discipline, fonctions périlleuses et délicates dans lesquelles il montra un tact et une fermeté qui lui firent le plus grand honneur.
Il était là quand il fut nommé lieutenant-colonel du 66e de ligne. C’est le 66e et le 67e, faisant brigade sous le général Bataille, qui ouvrirent la campagne à Sarrebruck. Au combat de Forbach, le 66e, de la division Frossard, fut écharpé et eut 16 officiers tués ou blessés. A Gravelotte, le corps de Frossard fut encore le plus maltraité et Ropper y trouva la mort.
Voilà le soldat, l’homme ne mérite pas moins d’être connu. Coeur bon et affectueux, caractère liant et facile, Ropper, avec sa figure ouverte et sympathique, devait avoir et eut beaucoup d’amis. La loyauté, la franchise, l’aimable brusquerie qui le distinguaient sont-elles des qualités si communes qu’il faille les passer sous silence ? Dans l’intimité, quel abandon, quel entrain, quel rire franc et communicatif ! Comme il aimait sa mère, sa femme et ses enfants ! Quand les deux sœurs, les beaux-frères, les enfants se trouvaient réunis, ils ne formaient vraiment qu’une famille. Cet intérieur faisait plaisir à voir. C’en est fait désormais de ce bonheur domestique ; la place laissée vide par l’absent rappellera douloureusement aux siens celui qui n’est plus là pour le partager.
[1872, notice signée J. C. (J. Conus ?)].
1881 —
Voyages dans les Vosges / Charles Chapiat
ROPPER.- Colonel. [Né à Épinal]. Tué à Gravelotte, 1823-1870.
1889 —
Biographie générale vosgienne / Félix Bouvier
ROPPER (Claude Eugène Léon).- Il naquit le 11 octobre 1823, à Épinal, entra à l’École militaire de Saint-Cyr, le 2 novembre 1842, en sortit le 1er octobre 1844, sous-lieutenant au 22e léger (devenu en 1854, 97e de ligne). Fils et neveu d’officiers supérieurs, il était soldat dans toute l’acception du mot.
Lieutenant, le 21 juin 1848, toujours au 22e léger, il fait campagne en Afrique et au siège de Rome en 1849 ; capitaine au 22e léger le 14 août 1854, il passe bientôt après capitaine au 1er bataillon de chasseurs à pied, qu’il suit à l’armée d’Orient. Il se trouve dans la fatale expédition de la Dobrutscha où toute la division Canrobert est détruite par le choléra et le typhus ; Ropper est frappé d’une attaque de choléra, mais il en réchappe, part pour la Crimée, et peut assister à tous les combats livrés sous les murs de Sébastopol. Blessé à la tête et à la jambe, à l’assaut de Malakoff, il reçut la croix de la Légion d’honneur.
En 1862, il s’embarquait pour le Mexique avec le 1er chasseurs à pied alors commandé par un autre lorrain, presque un Vosgien, Léon Mangin, mort général. Il se distingue au siège de Puebla ; est nommé, le 2 juillet 1862, chef de bataillon au 28e de ligne, puis en 1866, il prend le commandement à Mascara du 1er bataillon d’infanterie légère d’Afrique (Zéphyrs), où il reçoit la rosette d’officier de la Légion d’honneur.
A la veille de la guerre, le 9 juillet 1870, il est promu au grade de lieutenant-colonel du 66e de ligne. Son régiment fit partie du 2e corps (général Frossard) ; il combat à Sarrebrück, à Spickeren. Le 16 août 1870, à la bataille de Gravelotte, il supporte le premier choc et le plus rude assaut des Prussiens. C’est l’épée à la main, auprès du village de Vionville, que le lieutenant-colonel Ropper fut frappé mortellement, un mois à peine après sa nomination.