Jean Baptiste Joseph André DEMANGE

[ Golbey (88), 16/01/1819 – Mouzon (08), 12/09/1870 ]

colonel

Biographie vosgienne

1872 — Annuaire administratif des Vosges 1872 / Léon Louis

Le colonel Demange.- DEMANGE (Jean-Baptiste-Joseph-André) est né à Golbey (Vosges), le 16 janvier 1819. Fils d’un brave officier du premier Empire, il montra de bonne heure un goût prononcé pour les armes, et entra â Saint-Cyr le 15 novembre 1837.

Pendant sa seconde année d’école, il gagna successivement les galons de caporal, de sergent et de sergent-major. Il sortit avec le numéro 33.

Sous-lieutenant au 44e de ligne, en 1831, il séjourna une première fois cinq ans en Afrique, et, comme capitaine-adjudant-major, la campagne de Crimée, après laquelle il fut nommé major au 87e de ligne. Il reçut la croix de chevalier de la Légion d’honneur le 30 décembre 1858.

Après un second séjour en Afrique, il fit partie du corps expéditionnaire de Rome, puis passa, le 10 août 1868, avec le grade de lieutenant-colonel, au 88e de ligne. Il était officier de la Légion d’honneur depuis l’année 1865.

La guerre de 1870 éclate. Malgré une angine et un commencement d’abcès, Demange part de Lyon avec son régiment, le 17 juillet, à 5 heures du soir, et arrive à Bitche le 19 à 6 heures du matin. Il faisait partie de la brigade Morand et de la division du général de Failly.

Le 25 juillet, il campe devant Sarreguemines, à une petite portée de fusil de la frontière prussienne. Il écrit de là que les opérations ne pourront pas commencer avant une dizaine de jours. On n’est pas outillé, on manque de tout, on dirait que l’administration n’a rien.

Le 30 août, lors de la fatale surprise du corps de de Failly, à Beaumont, Demange, nommé colonel le 22, prend le commandement de la brigade, à la place du général Morand, blessé, et, par son attitude énergique, il parvient à contenir l’ennemi.

Le lendemain, à 5 heures du matin, il attaque vigoureusement, sans artillerie, au pont de Mouzon, un corps prussien plus nombreux et pourvu d’une bonne artillerie. De Failly, qui devait soutenir l’attaque, était parti au milieu de la nuit sans prévenir Demange. Le passage de la Meuse fut néanmoins forcé. Cette brillante affaire fit le plus grand honneur au 88e et à son brave colonel qui, blessé de deux balles aux deux aisselles et la cuisse fracassée d’un éclat d’obus, dut être transporté à l’hôpital de Mouzon. Demange y reçut les soins du docteur Sée, de Paris, et subit une opération douloureuse. On lui enleva nombre d’esquilles, et on remit à la place un os de 14 centimètres de longueur. Il mourut le 12 septembre, après douze jours des plus vives souffrances.

L’armée perdait en lui un officier brave et instruit. Ce n’est pas ici un éloge banal, on va en juger. Les loisirs de garnison, il savait les utiliser, pour lui et pour les hommes de son régiment. C’est ainsi qu’en Afrique, il faisait, aux soldats, des conférences sur l’astronomie, la télégraphie ou tout autre point de science propre à intéresser son auditoire. Esprit curieux et actif, il lisait tout, et lisait bien. Sa belle bibliothèque, une vraie bibliothèque de travailleur, est composée d’ouvrages excellents : on y trouve des livres d’histoire, la Revue des deux mondes, dont il avait la collection complète ; des traités de toutes sortes ; de sciences, d’art militaire pour chaque arme spéciale. Il n’avait rien à apprendre en fait de comptabilité, de jurisprudence militaire et de service d’intendance. La lecture de l’histoire avait pour lui un attrait particulier. On ne lui eût pas fait le reproche d’ignorer la géographie, car il aimait passionnément cette étude, et il avait une belle collection de cartes dont beaucoup faites par lui-même avec le plus grand soin. Les langues vivantes, il en connaissait plusieurs : l’arabe, qu’il avait étudié en Afrique, l’espagnol à Perpignan, l’italien à Rome, l’allemand, une précieuse arme de guerre pour un soldat. Homme d’action et d’étude, Demange était un militaire complet ; travailleur infatigable, il donnait un bon exemple aux jeunes officiers et avait toute la confiance du soldat. On le vit bien à l’attaque du pont de Mouzon, qui fut peut-être le plus bel épisode des trois journées de Beaumont, de Mouzon et de Sedan. Ces beaux faits d’armes, hélas ? ne pouvaient que sauver l’honneur militaire, mais non conjurer la mauvaise fortune de la France. Les restes du colonel Demange reposent à côté de ceux de son père, dans le cimetière de son village natal.

[Notice signée : J. C. (J. Conus ?)].

1889 — Biographie générale vosgienne / Félix Bouvier

DEMANGE (Jean-Baptiste Joseph André).- Fils d’un lieutenant d’infanterie de la Grande-Armée, il est né à Golbey le 16 janvier 1819.

Élève à l’École de Saint-Cyr le 17 novembre 1837, il y obtint les galons de caporal le 12 septembre 1838 et ceux de sergent le 18 janvier 1839. Sous-lieutenant au 44e de ligne le 1er octobre 1839 ; lieutenant au 44e le 11 février 1844, il fit toutes les campagnes d’Afrique de 1844 à 1849. Capitaine au 44e le 29 avril 1848 et adjudant-major le 6 février 1849, il prit part à la répression qui suivit le coup d’État du 2 décembre 1851. La guerre d’Orient le conduisit en Crimée. A son retour il fut nommé, le 1er mars 1856, major du 87e de ligne puis chevalier de la Légion d’honneur, le 30 décembre 1858.

Chef de bataillon au 87e le 29 avril 1859, il ne fut pas désigné pour la guerre d’Italie et retourna faire campagne en Algérie, pendant la grande insurrection de 1864. Il y fut nommé officier de la Légion d’honneur le 7 juin 1865. On le trouve ensuite, en 1867, au corps expéditionnaire de Rome. Lieutenant-colonel du 88e de ligne le 10 août 1868, il conduisit ce régiment à l’armée du Rhin (5e corps).

Il venait d’en être nommé colonel, sans que le décret de nomination eût paru, lorsque eut lieu la bataille de Beaumont, le 30 août 1870. Le colonel Demange y fut admirable de calme, de vigueur, de solidité. Après avoir lutté pied à pied, il battit en retraite lentement, faisant face à chaque pas à l’ennemi. La nuit vint sans le désarmer. A l’aube, séparé du reste de l’armée française, il voulut, avec une poignée de survivants du 88e forcer le passage du pont de Mouzon pour rejoindre le 5e corps. La petite troupe se jeta avec un entrain héroïque sur les avants-postes prussiens ; beaucoup périrent en combattant ou se noyèrent dans la Meuse ; le reste passa, les armes à la main, à travers les lignes allemandes.

Le colonel Demange était tombé mortellement blessé. On le transporta à l’hospice de Mouzon où on lui fit l’amputation de la jambe gauche ; il la supporta avec un courage stoïque. Mais ce fut en vain, il expira le 12 septembre 1870, à trois heures du soir. Son corps repose près de celui de son père, dans le petit cimetière de Golbey.

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