Marcel BOUSSAC

[ Clavières (15), 17/04/1889 – Dammarie-sur-Loing (45), 21/03/1980 ]

industriel

Biographie vosgienne

1990 — Dictionnaire des Vosgiens célèbres

BOUSSAC (Marcel).- lndustriel
(Clavières, 17 avril 1889 - Château de Mivoisin, 21 mars 1980)

Marcel Boussac est le second fils de Louis Boussac, confectionneur et de Jeanne Mette. A l’issue de ses études, il ouvre une chemiserie située boulevard Haussmann à Paris, en 1907. Il se spécialise dans la vente d’articles fabriqués avec des tissus vosgiens, moins chers que ceux des autres centres textiles. Il noue des affaires avec V. Peters, de Nomexy, Georges Cuny, de Cornimont, René Laederich et Paul Lederlin, qui deviennent bientôt ses amis.

L’importance et le renom de son entreprise augmentent au fil des années. Le déclanchement du premier conflit mondial lui permet de franchir rapidement une série d’étapes. En 1916, il loue le tissage Colson, de Julienrupt où il entreprend la fabrication de sa célèbre toile d’avion. Avec un certain nombre d’industriels de la région, il fonde la Société d’importation et d’exportation du Nord et de l’Est qui approvisionne en matières premières et en combustibles les usines des Vosges. Un peu plus tard, il devient l’un des actionnaires gérants du Consortium du coton. Avec l’aide de René Laederich, il crée le Comptoir de l’industrie cotonnière le 3 février 1917. Lorsque la paix revient, il possède déjà une grosse fortune.

Durant la décennie suivante, il devient d’un des plus puissants industriels textiles de l’Est. Pour ce faire, il rachète les manufactures de Senones, puis les filatures et des tissages situés à Nomexy, Thaon-les-Vosges, Igney, Vincey, Épinal, Golbey et Saint-Laurent de 1921 à 1937. Il multiplie les oeuvres sociales à l’intention des ouvriers de ses usines. Il tient cependant à être le seul propriétaire, maître de ses décisions, et vérifiant tout jusqu’au moindre détail. L’indépendance de ses directeurs est symbolique. Pendant ce temps, il crée des sociétés immobilières et il achète des entreprises qui fabriquent des biens d’équipement, telle Bendix France ou encore un groupe textile situé en Pologne. Il joue et gagne des sommes considérables en bourse.

Il traverse la seconde guerre mondiale sans faire beaucoup parler de lui. Lorsque ce conflit se termine, il rachète les actifs des frères Schwob placés sous séquestre par les Allemands comme biens juifs. Il s’agit des Cotonnières d’Héricourt et de Fives, près de Lille. En 1947 il découvre Christian Dior et il l’aide à lancer son new-look dont les grandes jupes corolles exigent d’importants métrages de tissu. La célèbre phrase publicitaire Tissu garanti Boussac voit le jour en 1949. Elle est suivie par le dépôt d’une série de marques prestigieuses : Noveltex, James Bond, Blizzand, Tissgar, Jalla et Romanex. Bientôt, Marcel Boussac produit le dixième des articles de coton achetés par les Français. Il exporte le tiers de ses diverses fabrications. Son chiffre d’affaires dépasse un milliard et il emploie environ 60.000 personnes dans ses soixante usines.

La crise qui sévit à partir de 1960 désorganise son entreprise. Homme du XIXeme siècle égaré au XXème siècle, il continue à entasser des stocks qui deviennent de moins en moins compétitifs face à l’arrivée massive des articles produits en Extrême-Orient. Son déclin est suivi de sa chute en 1978. Marcel Boussac s’intéresse aussi à la presse. En 1951, il entre en possession de 74,3% du capital de L’Aurore par l’intermédiaire de diverses sociétés qu’il contrôle.

Il est également une figure légendaire du monde hippique. Hôte des champs de course à partir de 1920, il possède des chevaux illustres, tels Pharis que les Allemands lui prennent, Tourbillon qui gagne le prix du Jockey-Club en 1951 et Acamas qui vaut 30 millions en 1978. Il préside la Société d’encouragement de 1959 a 1974 et rénove l’hippodrome de Longchamp en 1965. La reine d’Angleterre visite ses haras de Normandie en mai 1967. Sous la pression des événements, il vend son écurie de course à l’Aga Khan en juillet 1978. Après avoir cédé ses usines, il conserve la jouissance de son château de Mivoisin sa vie durant avec une rente annuelle de 2.000.000 de francs.

Il a épousé en octobre 1939 Margarita de Ceuninck, connue sous le nom de Fanny Heldy. Colette Boussac, leur fille, est devenue la femme d’André Aupetit, ingénieur en 1946.


Bibl. : Marie France Pochna.- Bonjour Monsieur Boussac.
Georges Poull.- L’Industrie textile vosgienne, 1765-1987, p. 220 à 232 et 395 à 396.


[Georges Poull].

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