1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
BREVÊT (François Marie), commissaire des guerres, maire de Saint-Dié
(Mauchamps (Seine-et-Oise), 9 octobre 1763 - Saint-Dié, 2 août 1829)

Ce fils du négociant Jean-Louis Brevêt et de Marie Catherine Herbron choisit à 17 ans la carrière des armes. Engagé le 24 janvier 1780 dans le régiment de Bretagne-Infanterie en garnison à Dunkerque, il suit son unité à Metz la même année, puis à Toulon où il embarque pour la conquête de l’île de Minorque où s’illustre le fameux La Tour d’Auvergne.
En 1783, Brevêt participe à la campagne espagnole devant Gibraltar et il est nommé fourrier le 1er mai 1783 et sergent major à Metz le 1er juillet 1789. De là, il est envoyé à Huningue et, son régiment étant devenu le 46ème de ligne, il y est promu adjudant le 23 février 1792, lieutenant le 29 avril suivant, et le 1er mai, quartier-maître trésorier. Puis il est versé dans l’Intendance. Le 22 septembre 1793, il devient commissaire des guerres de l’armée du Rhin, en poste à Strasbourg. Acquis aux idées révolutionnaires, il adhère au club des Jacobins de Strasbourg.
Appelé par ses fonctions à Saint-Dié, où est installé un grand magasin d’habillement, il y fait connaissance de Charles Joseph Fachot, receveur du district, et de sa fille Marguerite Elisabeth, qu’il épouse le 4 pluviôse an Il (23 janvier 1791). Un mois plus tard, Brevêt ayant achevé sa mission à Saint-Dié emmène sa femme à Strasbourg, où le couple réside durant quatre ans. Protégé par les Déodatiens influents Dubois et Souhait, François Brevêt est chargé de la direction des revues à l’armée du Rhin en 1797, puis de celle de l’hôpital de Strasbourg. En 1798, il est à l’armée d’Italie, en 1800 au ministère de la guerre comme chef des dépenses des troupes. Réformé en 1800, il est rappelé en activité le 23 septembre 1805 et nommé ordonnateur de l’arrondissement d’Elbing.
Il participe aux campagnes d’ Autriche, de Prusse et de Pologne. En 1808, il est intendant des domaines de l’empereur en Westphalie. Il acquiert une propriété à Horcheim, dans le département du Mont-Tonnerre, et s’y installe avec son épouse. Mais, dès l’année suivante, il sert à Anvers et en 1813, il est nommé directeur général du service de l’habillement à la Grande Armée. Il se trouve à Torgau lorsque cette forteresse, assiégée par les Prussiens, est contrainte à la reddition. Brevêt est prisonnier de guerre avec le général Durrieu jusqu’au 25 mai 1814. Il arrive à Saint-Dié, dans la famille de son épouse - décédée à Horcheim le 9 octobre 1813 - et il est mis en demi-solde. Rappelé à l’activité du 8 avril au 23 juillet 1815, il obtient ensuite la liquidation de sa retraite et s’établit à Saint-Dié.
Le 26 février 1817, il est nommé par ordonnance royale maire de Saint-Dié, en suite de la démission de Claude-Nicolas Thurin.
Comme premier magistrat, il a la tâche difficile de faire rentrer dans la caisse municipale les avances faites par la ville en 1814 et 1815, pour payer les réquisitions. Il organise la compagnie de sapeurs pompiers, créée par ordonnance royale du 12 mars 1817, et la garde nationale, installée solennellement le 10 mai 1818. En 1817, le Conseil Municipal établit à titre définitif l’école des filles du faubourg, puis en 1818 et 1819, il acquiert les maisons contiguës à l’hôtel de ville pour agrandir ses prisons et loger la sous-préfecture ; en 1823, la ville dote ses principales artères d’un éclairage parabolique ; en 1826, elle achète l’ancien magasin à sel et le transforme en logements et écuries pour les militaires.
La grande affaire de la municipalité de Brevêt est la réinstallation de l’évêque ; la ville offre 25.000 francs pour conserver l’évêché à Saint-Dié (Épinal avait offert 60.000 francs pour l’obtenir). L’État rachète l’ancien palais épiscopal et les locaux du séminaire en 1824, et Mgr Jacquemin peut s’installer dans la cité.
Brevêt fait procéder à de nouveaux embellissements de la ville. C’est lui qui fait installer la fontaine de la Meurthe, place Royale. Pour l’orner, il fait appel au sculpteur nancéien Glorieux qui crée une naïade seulement vêtue de filet de pêche, au grand scandale du clergé et des bien pensants. Il aménage deux autres fontaines au centre ville, demande à Glorieux de sculpter des griffons pour sommer la porte Stanislas, accepte la création en promenade publique boisée du Rain de Grattain.
S’il s’intéresse au développement de la bibliothèque municipale, Brevêt, hélas, commet deux erreurs. Il accepte en 1822 l’échange du livre d’heures de Philippe de Gueldres, manuscrit enluminé du XVème siècle, contre 33 volumes des oeuvres de Jean-Jacques Rousseau, Montesquieu et Montaigne.
La seconde erreur est la vente en 1826 d’une partie des archives du chapitre de Saint-Dié et de la principauté de Salm, qu’on ne pouvait loger au-dessus du narthex de l’église Notre-Dame. Bien que la vente ait été faite avec l’accord du préfet et du sous-préfet de Saint-Dié, c’est au maire que ceux-ci reprochent l’opération dès qu’ils se rendent compte de l’énormité de la faute. En 1829, Brevêt est contraint de racheter fort cher au garde à cheval Hecbar ce qui lui reste de son acquisition.
Il meurt peu après, le 2 août 1829. Il était chevalier de Saint-Louis et de la Légion d’honneur. Il n’avait pas eu d’enfant de son épouse décédée en 1813 et ne se remaria pas.
Bibl. : Bardy (H.).-
Saint-Dié pendant la restauration. F. M. Brevêt, maire royal du 26 février 1817 au 2 août 1829, in
Bulletin de la Société philomatique vosgienne, tome XXV, 1899-1900, p. 235-329.
[Albert Ronsin].