Maire de Celles-sur-Plaine (1884-). Chevalier de la Légion d’Honneur.
1921 —
Le Pays lorrain
M. Charles Cartier-Bresson qui vient de mourir était, dans toute l’acception du mot, un homme de bien. Venu de Paris à Celles-sur-Plaine, où il dirigeait une industrie importante, il était devenu Lorrain de coeur. Ce fut un ami de la première heure de notre revue.
Maire de Celles, il n’abandonna point son poste en août 1914, et sut courageusement résister aux prétentions allemandes, sauvant sa commune du pillage et de la destruction. Il s’en faillit de peu qu’il ne fut fusillé. La Croix de Guerre, puis la Légion d’Honneur récompensèrent son courage.
Des deuils cruels et successifs avaient frappé dans ses dernières années M. Cartier-Bresson et avaient miné sa santé.
[Le Pays Lorrain, juin 1921, p. 303, signé de Charles Sadoul]
1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
CARTIER-BRESSON (Charles), industriel
(Paris, 10° arrondissement, 17 juillet 1852 - Nancy, 19 mai 1921)
Charles Cartier, appelé plus tard Cartier-Bresson, est le fils de Claude Cartier, manufacturier parisien spécialisé dans l’industrie textile et de Lucie Bresson. Ces derniers exploitent à la fin du Second Empire, une importante usine située à Pantin.
Vers 1872, ils décident de développer cette entreprise et de créer une succursale dans les Vosges. Il s’agit d’un atelier de pliage et de mise en écheveaux de fils de coton à repriser qui est mis en route en avril de cette année. Ils en confient la direction à leur fils Charles. Le 10 août 1873, ils rachètent, non loin de là, la manufacture de Celles-sur-Plaine, dont le propriétaire vient de disparaître. Charles Cartier en assure également la direction quand elle est remise en route à la fin de cette année. Il y installe de nouvelles machines destinées à produire d’importantes quantités de fil à coudre, à tricoter et à repriser. Un atelier de bobinerie est créé en janvier 1875. Il fonctionne sous la responsabilité de deux contremaîtres venus de Pantin. Deux autres ateliers de pliage et de fabrication de boîtes en carton sont fondés pendant ce temps à Raon-lès-Leau et à Allarmont.
D’importants travaux sont entrepris par Charles Cartier-Bresson de 1888 à 1890. Ils aboutissent à la mise en service d’un certain nombre de dépendances de la filature de Celles. Elles renferment des machines de tressage de lacets, de retordage, de gazage et de mercerisage. Elles sont actionnées par une puissante machine à vapeur et par la chute d’eau de l’ancien moulin de Charbonpré. La petite unité de mise en écheveaux de Vexaincourt, créée en 1885, est fermée en 1889.
Dix ans plus tard, les administrateurs de la société Les Fils de Cartier-Bresson qui gèrent la manufacture de Celles et ses dépendances s’entendent avec ceux de la société Suzor pour fonder la Société française des cotons à coudre. Charles Cartier-Bresson, maire de la commune où se trouve son usine principale depuis une quinzaine d’années, est chargé de diriger cette nouvelle entreprise.
Cette unité de production de Celles s’arrête quand l’armée allemande pénètre dans ce village dans la nuit du 23 au 24 août 1914. Charles Cartier-Bresson fait face à cette situation nouvelle avec la simplicité et le calme qui le caractérisent. Les occupants se retirent le 12 septembre sans avoir commis d’exactions notables. La filiale de Celles-sur-Plaine de la Société française des cotons à coudre n’est cependant remise en route de façon normale que lorsque la paix revient en novembre 1918. Charles Cartier-Bresson est décoré de la croix de guerre et de la Légion d’honneur en raison de sa conduite durant le conflit.
Bibl. : Renseignements recueillis auprès de M. Pierre Fourchy, petit-fils de Charles Cartier-Bresson.
Throo (Auguste).- Historique des Établissements Cartier-Bresson dans la vallée de Celles, in Bulletin de la Société Philomatique vosgienne, 1979, p. 102 et suiv.
Fourchy (Pierre).- Souvenirs d’un maire de la frontière, Charles Cartier-Bresson, Celles-sur-Plaine, Vosges, août 1914, in Le Pays Lorrain, N° 4 de 1978, p. 163 à 177.
Poull (G.).- L’Industrie textile vosgienne, 1982, p. 366 à 368.
[Georges Poull].
2009 —
Vosges Matin
Quand le passé ressurgit au coeur du tourisme
Du Centre d’interprétation de la Menelle, la Chapelotte, à l’ouverture de la voie verte, l’image de Charles Cartier-Bresson plane sur ces sites.
Sur le site de la Chapelotte, la chapelle construite en 1895 porte sur son fronton les initiales CC. Charles Cartier-Bresson, né à Paris en 1852, fils de l’industriel Claude Cartier-Bresson industriel possédant la manufacture textile à Pantin, arrive à Celles-sur-Plaine en 1872 pour prendre en chare la manufacture que son père vient d’acquérir. Il va moderniser l’outil de travail à Celles et en même temps va créer une cartonnerie à Allarmont, un atelier de pliage à Raon-lès-Leau, à Luvigny.
A Pierre-Percée, au lieu-dit la Ménelle, en 1875, est créé un atelier de fabrication de caisses d’emballage, autour de cet atelier, de 1888 à 1890 des ateliers annexes sont créés : tressage de lacets, mercerisage, découpage d’étiquettes, une puissante machine à vapeur actionne la machinerie de l’usine. Des ingénieurs compétents sont à ses côtés, l’un d’eux sera logé à la Menelle, maison de maître construit par l’industriel. Cette maison de maître va accueillir en rez-de-chaussée le Centre d’interprétation de la Grande guerre de l’association "Guerre en Vosges". Ce centre sera le lien entre les chemins de mémoire et le site des combats de la Chapelotte.
C’est à la Chapelotte que l’on retrouve les traces de l’industriel, avec la chapelle qu’il a fait construire en grès des Vosges, sur son fronton les initiales de l’industriel, édifiée en 1895 avec les fonds de Charles Cartier-Bresson. Il fut ce que l’on a appelé un patron paternaliste appliquant une politique sociale avancée, il créa au village une école libre et bien sûr il est à l’origine du tacot de la vallée pour le transport des ouvriers et des marchandises. L’industriel fut élu maire de Celles en 1885, il l’était à l’irruption des Allemands dans la nuit du 23 au 24 août 1914, à la fin de la guerre il devait recevoir la Croix de Guerre et la Légion d’honneur. Il est mort en 1921.
La voie verte un siècle après le tacot de la vallée.
Autre événement touristique sous l’égide de la communauté de communes de la vallée de la Plaine, la voie verte (vélo- route) qui sera inaugurée le 16 mai prochain. Vingt-sept kilomètres qui vont joindre les villages de Raon-l’Étape au pied du Donon. Là encore on ne peut s’empêcher de penser à Charles Cartier-Bresson qui en 1902, pour le transport de ses employés, femmes et hommes de la vallée, le transport des matières premières et des produits manufacturés dans les différents ateliers, va remuer ciel et terre pour mettre sur voie le petit train le tacot de la Vallée de Celles. C’est en 1907 que la ligne sera ouverte, une exposition de cartes postales anciennes sur l’événement sera présentée au foyer rural de Raon-lès-Leau le 16 mai prochain, un parallèle intéressant de deux liens sociaux.
[Vosges Matin, 18 avril 2009]