1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
DESCHASEAUX (Marcel) , administrateur, député des Vosges
Plombières-les-Bains, 16 janvier 1885 - Plombières, 13 février 1977
D’abord hôtelier dans sa ville natale, il devient administrateur de la Compagnie des Thermes de Plombières en 1909 et le reste jusqu’en 1971 ; de 1928 à 1967, il en est l’inamovible président-directeur général. Durant ce long mandat, il fait procéder à un réaménagement complet des installations thermales. En 1933, il fait reconstruire le Bain National, creuser la piscine des Capucins et rénover les Thermes Napoléon. Quatre ans plus tard, il rajeunit le Bain romain et remet en état le Grand Hôtel. En 1946, il agrandit le casino.
De nouvelles sources sont découvertes, le captage des sources existantes est amélioré et la distribution des eaux thermales subit une refonte complète. Il augmente ainsi le volume des eaux disponibles, donc la capacité d’accueil des curistes qui passent de 2500 dans les années 1920 à 8200 en 1967. Fondateur du syndicat des hôtels thermaux, il est également à l’origine du groupement en fédération des stations thermales de l’Est. Sa réputation d’habile hydraulicien lui vaut d’être choisi par Kemal Ataturk pour diriger en 1935 les travaux de captage des sources d’Yalova en Turquie.
Parallèlement à son action en faveur du thermalisme, Marcel Deschaseaux mène une vie publique des plus actives. Conseiller municipal en 1912, maire de Plombières de 1924 à 1944, conseiller général de 1937 à 1940, il est élu député pour l’arrondissement de Remiremont le 28 mai 1939 comme candidat d’Union des Républicains nationaux et antimarxistes.
Il l’emporte au 2ème tour de scrutin avec 8745 voix contre 7854 à Jacquot. Au palais Bourbon, il s’inscrit au groupe parlementaire du Parti Social Français et fait partie de la commission de la santé publique. Arrêté par la gestapo en 1943, il s’évade et regagne Plombières en 1944 où il reprend ses activités hôtelière et thermale.
Bibl. : Jolly.- Dictionnaire des Parlementaires français (1889-1940).
L’Est Républicain, 14 février 1977, article nécrologique.
[
Pierre HEILI
, Les Vosgiens célèbres ]
2003 —
Le Grand livre des élus vosgiens
DESCHASEAUX Marcel (Marie Émile)
(16 janvier 1885, Plombières-les-Bains – 13 février 1977, Plombières-les-Bains)
• Conseiller municipal de Plombières-les-Bains de 1912 à 1924.
• Maire de Plombières-les-Bains de 1924 à 1945.
• Conseiller général du canton de Plombières-les-Bains de 1937 à 1942 et de 1944 à 1945.
• Conseiller départemental des Vosges de 1942 à 1944.
• Député des Vosges de 1939 à 1942.
• Hôtelier.
• Marié, six enfants.
Maire, conseiller d’arrondissement, conseiller général, député, Marcel Deschaseaux contribue pendant plus de trente ans à la rénovation et à l’essor de la station thermale plombinoise. Après de bonnes études classiques à Nancy et à Lille, Marcel Deschaseaux, que ses activités au sein de la station mettent en contact avec de nombreuses personnalités depuis l’âge de dix-neuf ans, se tourne très jeune vers la politique locale.
En 1912, année où il entre au conseil d’administration de la Compagnie des Thermes, il devient conseiller municipal. Officier du train pendant la Grande Guerre, il rentre à Plombières-les-Bains avec la croix de guerre et deux citations.
Aussitôt, il apporte son concours à la station impériale, en créant, place du Bain-Romain, un hôtel qui porte son nom. Auparavant, Marcel Deschaseaux unit sa destinée à Pauline Villeminey, native de Ruaux, qui lui donne six enfants : Jeanne, Anne-Marie, Pierre, Andrée, Colette et une fille décédée en bas âge.
L’estime de ses concitoyens le porte, en 1924, à la première magistrature municipale qu’il conserve jusqu’en 1944, succédant au docteur Pelletier. Quatre ans plus tard, il devient président-directeur général de la Compagnie des Thermes. Après avoir été élu conseiller d’arrondissement, il abandonne ce mandat en 1937, au profit de celui de conseiller général du canton de Plombières-les-Bains. À l’élection partielle du 28 mai 1939, Marcel Deschaseaux est élu député de l’arrondissement de Remiremont en remplacement du docteur Louis Gaillemin, devenu sénateur. Il adhère au groupe du Parti social français et entre à la commission de la santé publique.
Et puis arrive la difficile journée du 10 juillet 1940 pour tous les parlementaires français. Le maréchal Pétain convoque au grand casino de Vichy les deux assemblées. Celles-ci vont voter la loi constitutionnelle lui donnant pleins pouvoirs lui seul peut les exercer. Philippe Pétain promulgue immédiatement les trois actes constitutionnels fondant l’État français, confiant la vice-présidence à l’ambitieux Pierre Laval. Ceci est le résultat du vote des députés et sénateurs présents : 569 sont pour, 80 contre et 18 s’abstiennent. Marcel Deschaseaux vote, comme la majorité de ses collègues, pour les pouvoirs constituants demandés par le maréchal Pétain. À la décharge de la plupart des parlementaires, Philippe Pétain est le vainqueur moral de la Grande Guerre et personne ne conteste son aura et sa formule magique : Travail, Famille, Patrie.
Comme beaucoup, Marcel Deschaseaux ne peut revenir sur sa décision et subit de plein fouet la barbarie allemande. Pourtant conseiller départemental, il est arrêté par la Gestapo le 23 avril 1943. Envoyé au camp de Compiègne, il s’évade le 10 août 1944 d’un convoi à destination de Buchenwald et regagne Plombières-les-Bains dès son évacuation par les Allemands. Après la Libération, l’hôtelier réunit à nouveau sur son nom, aux élections municipales, les suffrages de ses concitoyens. Mais, par décision du 6 juillet 1945, le jury d’honneur maintient l’inéligibilité qui le frappe en raison de son vote du 10 juillet 1940, favorable au projet de la loi constitutionnelle.
En fait, il lui est reproché d’avoir pris contact avec la Kommandantur au tout début de l’Occupation afin d’éviter la destruction des communes de son canton par l’armée allemande. Marcel Deschaseaux abandonne la vie politique mais continue à se consacrer à ses tâches professionnelles. Nommé officier de la santé publique, fait chevalier dans l’ordre de la Légion d’honneur en 1953, il s’éteint à Plombières-les-Bains le 13 février 1977.
[
Bertrand MUNIER
, Le Grand livre des élus vosgiens ]