2003 —
Le Grand livre des élus vosgiens
JEANDON Maurice (Jacques)
(13 mai 1931, Montois-la-Montagne, Moselle)
• Maire de Saint-Dié de 1977 à 1989
• Conseil municipal de Saint-Dié de 1989 à 1995
• Conseiller général du canton de Saint-Dié Ouest de 1982 à 1994
• Député des Vosges de 1986 à 1988
• Conseiller municipal de Coinches de 1995 à 2001
• Marié, trois enfants
Je pense avoir réussi dans ta vie, j’espère avoir réussi ma vie. Aujourd'hui je fais mienne cette citation de Saint-Exupéry : tout acte est prière quand il est don de soi. Homme de foi et de convictions profondes, tels sont les propos de Maurice Jeandon au terme de sa vie publique, couronnée, en 1990, par sa nomination à l'ordre de chevalier de la Légion d'honneur. Une distinction qu'il reçoit des mains de Michel Langloix, conseiller général du canton de Bruyères.
C'est une vie passionnante et passionnée que celle de Maurice Jeandon... Son père, ouvrier-bûcheron des Vosges montagneuses, est une force de la nature. Sa mère, d'origine alsacienne, est employée à demeure dans des familles bourgeoises. Leur rencontre, après la Grande Guerre, se traduit par un mariage, et la naissance d'un premier fils, André. Ce dernier, malheureusement engagé dans le maquis, est arrêté par la police française et trouve la mort au camp d’Auschwitz... à l’âge de dix-neuf ans. Tout l'amour parental se reporte alors sur le dernier enfant, Maurice. Celui-ci naît en 1931 à Montois-la-Montagne, petit village mosellan près de Jœuf, son père, Alphonse étant devenu ouvrier sidérurgiste dans les mines de fer.
Une maladie des poumons oblige ce dernier à retourner dans ses Vosges natales, au village de Frappelle où il s'installe avec son épouse Marie-Anne Eyermann et son fils Maurice, âgé seulement de deux ans. A l'école communale, le futur édile déodatien n‘a cure de toute évidence des tables de multiplication ou des règles grammaticales. Toutefois, il se souvient qu’au cours de cette période trois personnes ont donné une direction a sa vie future... Sa mère, catholique pratiquante avec la foi du charbonnier, lui inculque très tôt et fermement les lois de la morale chrétienne ; son instituteur, mutilé de la guerre 1914-18, lui apprend la morale laïque, et son curé, qui est pour lui un exemple, renforce encore la morale chrétienne que lui donne sa mère. Aussi, subitement, Maurice Jeandon veut devenir prêtre missionnaire. Mais il n'aime pas l’école. Outre sa vocation, vouloir être prêtre demande des études très poussées. C'est ainsi que sa première préoccupation est, et reste, étudier, toujours et encore étudier !
Seul, un peu désemparé, il quitte son village à l’âge de treize ans et gagne la Drôme pour le séminaire de Saint-Joseph d’Allex, une école de la congrégation du Saint-Esprit qui envoie ses prêtres en Afrique. La vie à l'école est très dure, discipline rigoureuse, à laquelle il faut se conformer sous peine de renvoi. Maurice Jeandon se voue à la tâche afin de ne pas décevoir ses parents qui ont fait d'énormes sacrifices financiers, d’autant plus qu'il reste leur unique enfant.
A la fin de ses études à Allex, il éprouve le besoin de faire le point quant à sa vocation et prend la décision d'abandonner tout naturellement son projet de prêtrise. Revenu dans le giron familial, l'ancien séminariste travaille momentanément à la filature Bazelaire de Lesseux avant de s'engager dans l’armée au 8e régiment des chasseurs d'Afrique, cantonné à Roanne. Il en sort avec le grade de maréchal-des-logis. Mais sa vie bascule lorsqu'il rencontre sa future épouse. À l’époque de ses études, il aide durant la période des vacances d'été l'abbé Bonnard, curé de la paroisse de Bertrimoutier, pour animer les après-midis de patronage. C'est ainsi qu'il fait la connaissance de sa nièce Colette Adam, native de Langres, qui devient son épouse en avril 1952. Sylvette, Michel et Claudine viennent égayer leur foyer. Une épouse qu'il aura la grande douleur de perdre en 1971.
Avant la naissance de leurs enfants, le couple Jeandon décide de partir en Algérie, Elle, fonctionnaire des P.TT., lui, prenant un engagement. Militaire de carrière, il est alors affecté en Indochine, laissant son épouse à Alger. A peine huit mois se sont écoulés que se déclenche chez lui une tuberculose. Rapatrié sanitaire sur Oran, il est soigné ensuite à Médéa et au sanatorium militaire du plateau d'Assy. Là, les médecins ne lui laissent aucun espoir quant à la guérison et inscrivent sur son livret militaire
maladie incurable. N’acceptant pas cette situation, Maurice Jeandon signe une décharge pour fuir l’hôpital et part rejoindre son épouse... avant de pouvoir revenir en métropole et s'installer définitivement à Saint-Dié.
Soigné et guéri, il prend le chemin de la vie professionnelle. Manœuvre-pompiste, un heureux concours de circonstances le conduit stagiaire à la Caisse d'Épargne de la ville. Une nouvelle aventure commence qui va durer trente ans. Après avoir monté tous les échelons de cette société, l'heure de la retraite sonne en 1987 avec le grade de sous-directeur, refusant la fonction suprême en raison de son implication politique. En effet, son cheminement professionnel, son militantisme syndical, lui font découvrir peu à peu la nécessité d'un engagement public. Son intérêt pour la politique n’est pas une révélation soudaine, plutôt une longue réflexion ; surtout après avoir accompagné le parcours du ministre-parlementaire,
Maurice Lemaire.
L’année 1977 est à marquer d'une pierre blanche. Faisant appel aux bonnes volontés par voie de presse, il constitue une formation et part à la conquête de la mairie de Saint-Dié. Au soir du premier tour de scrutin, Maurice Jeandon est le seul élu et huit jours plus tard, vingt-cinq autres colistiers le rejoignent, laissant le dernier poste à pourvoir à son adversaire Pierre Noël qui fut pendant douze ans maire de Saint-Dié. La liste de Maurice Jeandon
Tous Ensemble pour Saint-Dié devenue entre les deux tours :
Tous Ensemble avec Jeandon a la préférence des Déodatiens.
A cette occasion, Maurice Jeandon qui dirige désormais la deuxième ville du département souligne :
Je salue mon ami Pierre Noël. Il y a des gagnants, il y a des battus, mais les sortants sont dignes de respect. Le mandat suivant, sa liste
Saint-Dié d’abord l'emporte face au député Christian Pierret ; mais, en mars 1989, il seconde Michel Boulet et devient seulement conseiller municipal. Au terme de ce mandat, il quitte l’équipe édilitaire de Saint-Dié et rejoint celle de Coinches où il est venu se fixer avec sa seconde épouse, Reine Fays. Une épouse qui imite son mari dans sa démarche politique, puisqu’elle devient conseillère municipale et maire de Coinches.
Maire de Saint-Dié, Maurice Jeandon est également l’avocat de son canton à l’Hôtel du département des Vosges. Le 14 mars 1982 est une date historique dans les annales de la Déodatie... et pour le maire Maurice Jeandon qui est le premier conseiller général du nouveau canton ouest de Saint-Dié. A cette occasion, il défait Robert Georges et surtout Robert Bernard, ancien adjoint de la municipalité de Pierre Noël et futur maire de la ville.
Cette première victoire, c'est celle de l'opposition unie derrière moi. La seconde victoire, c'est cette réponse des électeurs d'un canton, découpé sur mesure par la majorité... pour ne pas dire charcuté ! Mais ce succès est avant tout la victoire d'un homme au charisme et à la popularité rarissime.
S'appuyant sur ses excellents résultats dans sa région, Maurice Jeandon est invité aux élections législatives à la proportionnelle de 1986, sur la formation conduite par le député-maire spinalien Philippe Séguin. Au sortir des urnes, les Vosgiens le conduisent au Palais-Bourbon. Son escapade parisienne dure deux années. Au terme de ce mandat, il repart en campagne afin de conserver son poste à l'assemblée départementale mais, le 25 septembre 1988, il est mis en ballottage par le docteur
Alain Dumas, inconnu en politique. Au second tour de scrutin, Maurice Jeandon est confirmé dans ses fonctions cantonales et reçoit même la vice-présidence du conseil général.
A l'issue de cette mandature, le 27 mars 1994, les électeurs lui donnent congé de la vie politique déodatienne. Qu'importe, Maurice Jeandon reste à jamais une très forte personnalité du paysage politique vosgien... comme un certain Albert Voilquin. Tous deux anciens séminaristes, épris de justice et d'égalité, ont gagné leurs combats
en allant au devant du peuple, avec une foi en Dieu et une foi en l’homme.