1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
WERTH (Léon), écrivain, romancier, essayiste, critique d’art et journaliste
Remiremont, 17 février 1878 – Paris, 13 décembre 1955
Fils d’Albert Werth et de Sophie Rauh. Son père, originaire de Sainte-Marie-aux-Mines, s’installe à Remiremont après l’annexion de l’Alsace en 1870 en compagnie de son épouse, sœur du philosophe Frédéric Rauh. La famille quitte la cité des chanoinesses en 1886 pour Lyon où le jeune Léon Werth fait ses études secondaires.
Il s’inscrit ensuite en Khâgne au lycée Henri IV à Paris, obtient un premier prix au concours général de philosophie puis une licence de lettres. Peu à l’aise dans les milieux universitaires qu’il apprécie modérément, il en sort vite pour entrer dans le monde littéraire et devenir secrétaire particulier d’Octave Mirbeau. On trouve dès 1900 sa signature dans plusieurs revues et hebdomadaires (Paris journal, la Grande revue, Gil Blas…). Très porté vers la peinture, il s’intéresse aux impressionnistes et collabore à la rédaction des Cahiers d’aujourd’hui à côté de Maurice Ravel, Jules Romains, Tristan Bernard et d’autres. Cette revue lui consacre en 1923 un numéro spécial.
Après un essai sur Puvis de Chavanne, en 1909, il publie en 1913 son premier roman,La Maison blanche, récit de l’épreuve subie dans une clinique lors d’une grave maladie. Son livre est sélectionné pour le Goncourt et obtient même quelques voix. En 1914, comme bien d’autres, et en dépit de ses opinions pacifistes, il s’engage et combat jusqu’en 1917. De son expérience militaire, il tire deux romans : Clavel soldat et Clavel chez les majors, parus en 1919, qui lui valent une certaine célébrité malgré le ton pessimiste, misanthrope et révolté des deux ouvrages.
La paix revenue, Léon Werth revient à la critique d’art. Il avait déjà donné, en 1914, un livre sur Cézanne. Suivent au cours des années folles, des études sur Bonnard (1923), Vlaminck (1924) et Claude Monet (1928). Il n’abandonne pas le roman puisqu’il fait paraître encore : Yvonne et Pijalet (1920), Les Amants invisibles (1921), Dix-neuf ans (1922) et Ghislaine (1926). Par ailleurs, il se révèle un observateur attentif de son temps dans des essais tels que : Danse, danseurs, dancings (1925), Voyages avec ma pipe (1920), Une soirée à l’Olympia (1927) et Cour d’assises (1932).
Dans Cochinchine (1926), il relate un voyage en Indochine dans lequel il dénonce courageusement le colonialisme. Il poursuit sa collaboration à de nombreuses revues dont les plus notables sont Europe et Marianne.
Son goût pour l’aviation l’amène à faire la connaissance de Saint-Exupéry qui devient son ami intime. Ce dernier lui consacre la dédicace imprimée du Petit Prince.
Sous l’Occupation, pendant la deuxième Guerre mondiale, Léon Werth qui est d’origine juive, est obligé de vivre, dans le Jura d’abord, à Paris ensuite, dans la clandestinité toujours. C’est à lui que pense Saint-Exupéry quand il écrit ses Lettres à un otage (1943).
Régulièrement, tout au long de cette période, il tient un journal qui paraîtra en 1946 sous le titre de : Déposition. Après la guerre, il publie encore des ouvrages sur la peinture, qui fut la grande passion de sa vie : La Peinture et la mode (1945), Eloge de Pierre Bonnard (1946) et d’Albert Marquet (1948). Enfin, il réserve une grande partie de ses dernières années à célébrer le souvenir de son ami Antoine de Saint-Exupéry, apportant son témoignage dans plusieurs biographies consacrées à cet écrivain.
Bibl. : Les Cahiers d’aujourd’hui, 1923, N° 11, numéro spécial consacré à Léon Werth.
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Pierre Heili
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