1952 —
Le Pays lorrain
Louis Lapicque.- La mort de L. Lapicque met la France en deuil et les Vosges en particulier.
Né à Epinal le 1er août 1866, ce fils de médecin eut très jeune une vocation de naturaliste. Dès 1886, il était licencié de Sciences naturelles et devenait chef-adjoint du laboratoire de clinique de la Faculté à l’Hôtel-Dieu ; sa carrière se poursuivit ensuite au Museum et à la Sorbonne ; il devint membre de l’Académie de Médecine et de l’Académie des Sciences, et docteur honoris causa de nombreuses universités.
Dès 1892, il s’embarquait pour l’Orient pour faire des études de morphologie humaine sur l’origine de diverses races, particulièrement des Négritos. Se spécialisant alors dans la physiologie, il entreprit des travaux sur le circuit du fer dans l’organisme, sur le poids relatif de l’encéphale, sur la ration d’entretien de l’homme. Mais sa découverte essentielle réalisée en collaboration avec Madame Lapicque consista à démontrer que les neurones transmettaient l’influx nerveux par un phénomène d’ondes qu’il appela la chronaxie. La portée pratique de cette découverte en médecine, particulièrement dans les anesthésies, fut considérable.
Louis Lapicque ne fut pas qu’un grand savant, il fut aussi un homme au noble coeur et au profond esprit social, quelquefois d’une façon fort combative, comme, lorsqu’au début de sa carrière, il prit violemment parti pour Dreyfus. Sa fidélité à sa petite patrie ne se démentit jamais au cours de sa vie : c’est ainsi qu’il tint à devenir conseiller municipal de Saint-Laurent, près d’Epinal, et toute la Lorraine peut pleurer en lui un illustre ami.
[
Le Pays Lorrain , 1952, N°4, p. 143-144 ]
1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
LAPICQUE (Louis), physiologue, membre de l’Institut, militant socialiste
Epinal, 1er août 1866 – Paris, 6 décembre 1952
Louis est l’un des quatre fils d’Auguste Lapicque, vétérinaire à Epinal, républicain et franc-maçon, fondateur et président du patronage laïque : l’Union vosgienne d’éducation populaire en 1897, et l’un des fondateurs de l’atelier socialiste de l’Imprimerie nouvelle à Epinal, disparu en 1908.
Louis, élève au collège d’Epinal puis étudiant à Paris, devient licencié ès-sciences et docteur en médecine. Il travaille avec E. Gley, un Vosgien, au laboratoire de la clinique de l’Hôtel-Dieu, puis étudie la physiologie avec le professeur Dastre. Il s’intéresse à l’anthropologie et effectue plusieurs séjours en Extrême-Orient à partir de 1892.
En 1899, il est maître de conférences à la Faculté des Sciences de Paris, puis y est nommé professeur. Il appartient également à l’Académie des Sciences, à celle de Médecine et est président de la Société de biologie.
Son activité scientifique ne le détourne pas de l’idéal socialiste dont son père avait été l’exemple. Ardent défenseur de Dreyfus à Epinal, il est membre de la Libre-Pensée, des Loges maçonniques d’Epinal et de Remiremont. Il est le fondateur de l’Université populaire d’Epinal en 1904, et bien qu’habitant Paris, il est en 1902 l’un des créateurs du journal L’Ouvrier Vosgien, journal socialiste auquel il collabore durant de nombreuses années. Il est également actif pour implanter dans les villes des sections du parti socialiste jusqu’en 1914.
En 1903, il commence à étudier l’excitabilité nerveuse et devient un maître incontesté de la physiologie nerveuse dont les travaux sont reconnus dans le monde entier. Il a écrit de nombreux ouvrages et des études scientifiques jusqu’à 87 ans.
En 1914, il est mobilisé comme médecin d’un bataillon, puis médecin-chef du 53e R.I., enfin il est attaché au cabiner technique du ministre des inventions et invente un système de protection collective contre les gaz de combat.
Membre actif de l’Association vosgienne de Paris, il s’en sépare à la suite d’un affront fait à l’avocat Charles Demange et avec ses amis E. Gley, F. Brunot, M. Pottecher et L. Flot, fonde les Vosgiens républicains de Paris qui ne reviennent à l’Association qu’en 1927.
Durant l’occupation 1940-1944, il est membre d’un réseau de résistance rattaché au Front National et connaît la prison. En 1945 il est l’un des fondateurs du Comité d’Assistance aux sinistrés vosgiens.
Il était titulaire de nombreuses décorations : Légion d’honneur, officier de l’instruction publique, croix de guerre.
Il avait épousé Marcelle de Hérédia à Paris le 14 mai 1902, qui se révéla pour lui une excellente collaboratrice et un grand savant et reçut – la première femme en France – le prix Albert de Monaco.
Bibl. : Dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier français, tome 13, page 199.
Bossu (J.).- Chronique des rues d’Epinal.- Epinal, 1976, page 152-155.
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Albert Ronsin
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