1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
CHEVRIER (Félix), syndicaliste et écrivain
Épinal, 25 août 1884 – Paris, novembre 1962
Félix Chevrier appartient à une famille de modestes ouvriers. Son grand-père a été boisselier au Haimant, hameau de la commune de Fresse sur Moselle. Son père a été notamment ouvrier terrassier et mineur, et il a participé au percement du tunnel de Bruyères en 1868, avant de venir habiter au Saut-le-Cerf, écart de la commune d’Épinal.
Les débuts de Félix Chevrier sont difficiles. Il est essentiellement un autodidacte. Après avoir obtenu son certificat d’études, il devient successivement aide-jardinier au château d’Épinal, puis porteur d’eau à Paris et chauffeur mécanicien. En 1906, il suit les cours du soir de technologie et fonde à Saint-Denis le syndicat des chauffeurs-mécaniciens.
Devenu administrateur de la Bourse du Travail de Paris, il s’élève au plus haut niveau parmi les militants syndicalistes français. En 1910, il organise le grand arrêt de travail des secteurs électriques qui touche toute la capitale. Il se lance ensuite dans la politique comme président de la commission des litiges du Parti républicain-socialiste.
Avant la guerre de 1939-1945, il est chargé de mission dans les cinq cabinets de Marc Rucart, ministre de la Santé publique et ancien député d’Épinal. Durant l’Occupation, il devient naturellement résistant et il s’efforce de préserver de la fureur des nazis les jeunes enfants israélites réfugiés en France après l’arrestation de leurs parents. Il les abrite dans un château de la Creuse. Sommé par la gendarmerie française de les livrer aux autorités, il se réfugie avec eux dans les forêts avoisinantes. Il contacte ensuite les F.T.P. locaux à qui il rend des services importants. La Légion d’honneur et la médaille de la Reconnaissance française lui sont attribuées pour son action après 1945.
Félix Chevrier est également chansonnier, membre de la Société des auteurs et compositeurs. Ses productions sont enregistrées sur disques. Ce sont des marches, des rumbas, des valses, des légendes, des chansons réalistes et des chansons du terroir. Il compose également Le Chant des Vosgiens, hymne régionaliste sur une musique de Georges Lauweryns, qui est créé à Paris le 22 janvier 1927.
Il est par ailleurs un des pionniers de L’Union fraternelle des Vosgiens de Paris qu’il préside durant de longues années avant d’en devenir le président d’honneur. Dans son journal Le Vosgien de Paris, il s’attache à défendre avec une grande largeur de vue les intérêts de ses compatriotes déracinés et leur attachement au pays natal. Il est aussi le collaborateur principal du Livre d’Or des Vosgiens édité en décembre 1947 sous le titre Nos Vosges, en collaboration avec J.-J. Martin. Il est aussi membre de l’Association fraternelle des journalistes écrivains, avant d’en devenir le président.
Avant de disparaître, il fait don à la bibliothèque d’Épinal de plusieurs manuscrits anciens. Sa demeure, au 7 de la villa Bosquet à Paris, portait un nom évocateur : Le quart de quiche. Jusqu’à la fin de son existence, tous les Vosgiens de passage y ont été reçus avec chaleur et ils ont pu admirer les tableaux, les portraits et les souvenirs des hommes et des choses de notre département.
Bibl. : La Liberté de l’Est, Biographie de Félix Chevrier, N° du 22 novembre 1962.
Chevrier (F.) et Martin (J.-J.).- Nos Vosges, 1947.
[Georges Poull].