2008,1118 —
La Liberté de l’Est -Epinal
Cérémonie d’adieu à Anne Compas

Nous avons appris avec peine la disparition de Anne Compas survenue le mercredi 12 novembre à Dinozé, dans sa 94e année.
Anne Potier, la plus jeune des nièces de l’abbé Joseph Potier, curé d’Oudrenne en Moselle est née à Sarreguemines le 8 décembre 1914. Son père Gustave fut tué en 1915 sur le front russe. Comme promis à son frère, l’abbé Potier recueille alors au presbytère ses trois nièces et leur mère privées de soutien familial.
Anne qui n’a donc pas connu son père, fera des études à Rustroff puis à Metz chez les soeurs de Sainte-Chrétienne où sa soeur aînée, Marie, était entrée comme postulante à l’âge de 15 ans. Elle quitte le privé pour le public, passe son brevet supérieur puis entre, sur concours, à l’École Normale de la rue du Pontiffroy à Metz. Elle en sort diplômée à 18 ans et sera nommée institutrice à Oudrenne où elle exerce de 1932 à 1937, année de son mariage avec Jean-Marie Compas.
Elle suivra son époux dans l’Oise et leur foyer accueillera une petite fille, Marie-Bénédicte en 1938. Son mari mobilisé puis fait prisonnier, Anne est rappelée par l’académie de Metz pour encadrer les enfants du village d’Oudrenne, réfugiés avec leur famille, à Vouillé-la-Bataille, dans la Vienne. Seule pour élever sa petite fille, elle partira dans l’Oise pour reprendre son métier. Jean-Marie Compas, évadé d’un camp de prisonniers la rejoint et bientôt naît un petit garçon, Pierre-Marie.
Jusqu’en 1947, elle sera l’institutrice de l’école de filles d’Apremont près de Chantilly. Pour suivre son mari appelé à de nouvelles fonctions dans les Vosges au service de l’entreprise Boussac, Anne exercera à l’école du Faubourg d’Ambrail de 1947 à 1967. Elle a soutenu son mari dans sa lourde tâche, tout en restant disponible à ses élèves et à ses enfants. A peine retraitée, elle accueille ses petits-enfants qui trouvent auprès d’elle indulgence, réconfort et amour, toujours disponible et pleine de mansuétude.
Elle aimait les arts, la musique, la peinture, les travaux d’aiguille, la nature et le jardin admirant les fleurs en toute saison, nourrissant les petits oiseaux dans la cabane perchée sur la fenêtre du séjour... Et puis ce fut l’accident du 7 juillet 2002 : une chute dans son jardin, l’hémorragie cérébrale, la trépanation, six mois de coma veillée au jour le jour par son cher Jean-Marie. Ce n’était plus elle qui était au service du
grand homme, c’est lui qui six années durant l’a servie, accompagnée, stimulée afin qu’elle reste à ses côtés.
Il s’est épuisé à la tâche, ses forces l’ont trahi, il a encore pu l’installer à la maison de retraite et il est parti le 9 février dernier. Anne a été très consciente de son départ. Le vide qu’il a laissé a miné sa volonté de vivre. La communication s’est affaiblie mais les sourires généreusement distribués disaient sa reconnaissance à ses visiteurs tout comme au personnel qui s’occupait d’elle. Elle aspirait profondément à retrouver son compagnon de route. Après 70 ans de mariage fêtés en octobre 2007, elle s’est éteinte à l’aube de ce 12 novembre. Les obsèques ont été célébrées en l’église d’Oudrenne (57) dans l’intimité familiale.
[
La Liberté de l’Est , mardi 18 novembre 2008 ]