Jean RODHAIN

[ Remiremont (88), 27/01/1900 – Lourdes (65), 01/02/1977 ]

prêtre, prélat du pape

Fondateur du Secours catholique.

Biographie vosgienne

1977 — Le Pays lorrain

Mgr Jean Rodhain est mort à Lourdes, à la cité Saint-Pierre, à l’êge de 76 ans.

Il était né à Remiremont le 29 janvier 1900, fils d’une institutrice et d’un épicier. Il fut hanté toute sa vie par la charité et la passion de servir son prochain. Après des études dans les Vosges, il entra au séminaire de Saint-Dié et devint vicaire à Saint-Maurice d’Epinal en 1924. Il fut noté tout de suite comme un prêtre remuant et d’avant-garde.

Curé à Mandres-sur-Vair, il est aumônier de la JOCF à Neufchâteau, puis à Paris (1934-1939).

Après avoir fait montre d’un courage héroïque en 1940, il est fait prisonnier à Avallon, s’évade, puis devient aumônier général des prisonniers. Il rencontrait fréquemment le maréchal Pétain, devint son ami et le défendit en toutes circonstances jusqu’à ses obsèques à l’île d’Yeu.

Après la guerre, il intercéda en faveur des prisonniers allemands, créa des infirmeries, un séminaire allemand.

Il fonda le Secours catholique, septembre 1946, qui lutta contre la famine dans tous les pays du monde. Son action, confortée par Mgr Roncalli qui devint Jean XXIII, se démultiplia : Mgr Rodhain fut à la base de plusieurs institutions charitables, pour les handicapés, les malades, les affamés, institutions qui jouent encore un rôle essentiel. Mgr Rodhain était aussi aumônier général des prisons.

En 1962, il était expert auprès du concile Vatican II. Il fut président de Caritas Internationalis de 1965 à 1972, date où il devint président du Secours catholique français.


[Le Pays Lorrain, 1977, N° 4, p. 211]

1990 — Dictionnaire des Vosgiens célèbres

RODHAIN (Mgr Jean), prêtre, prélat de Sa Sainteté, fondateur du Secours Catholique
Remiremont, 27 janvier 1900 – Lourdes, 1er février 1977


Né de Charles Rodhain, épicier en gros, et d’Anne Bour, il fait ses études à l’école Saint-Joseph puis au collège de sa ville natale. En 1918, il entre au grand séminaire, alors établi à Bazoilles-et-Ménil, puis à Saint-Dié une fois la paix revenue. Ordonné prêtre en 1924, il est nommé vicaire de la paroisse Saint-Maurice d’Epinal où il reste cinq ans. Mais son ministère très actif et très riche en initiatives en tous genres lui valent une réputation d’originalité et d’indépendance qui est la cause de son éloignement, en 1929, vers les paroisses rurales de Mandres et de Norroy-sur-Vair.

Dans ses nouvelles fonctions, il épuise vite les possibilités qu’offrent à son immense dynamisme un champ d’action trop limité et, lorsqu’il apprend que la section de Jeunesse ouvrière chrétienne féminine de Neufchâteau cherche un aumônier, il propose sa candidature qui est acceptée. Il trouve là un exutoire à son énergie et à son zèle pastoral insuffisamment employés dans ses paroisses. Remarqué par les responsables nationaux de l’Action catholique, il quitte le diocèse de Saint-Dié en 1934 pour devenir à Paris aumônier fédéral de la J.O.C.F. C’est lui qui, en juillet 1937, organise dans la capitale le grand rassemblement des jeunesses ouvrières pour leur 10ème Congrès. Il est l’auteur et le metteur en scène d’une grandiose paraliturgie qui, dans un Parc des Princes archi-comble, laisse un souvenir ineffaçable aux 70 000 participants.

La guerre vient interrompre le prodigieux essor des mouvements d’action catholique et l’abbé Rodhain se retrouve mobilisé comme 2ème classe à Epinal où il organise un service original de valises-bibliothèques pour lutter contre l’oisiveté dans la troupe. Après avoir, sur sa demande, participé comme aumônier militaire d’un régiment blindé à la campagne de mai-juin 1940 dans les environs de Sedan, il est fait prisonnier mais s’évade presqu’immédiatement. Grâce au soutien de Monseigneur Suhard, archevêque de Paris, il met sur pied, en dépit de multiples embûches, l’aumônerie des prisonniers de guerre. Pendant cinq années, il déploie une activité inouïe. Parti de rien, il réunit un fichier des P.G., prend contact avec les prêtres et séminaristes captifs, envoie valises-liturgiques, missels, livres de prières mais aussi des colis de vivres. Il parcourt des milliers de kilomètres et visite de nombreux stalags. A partir de 1942, il organise une aumônerie clandestine pour les jeunes du S.T.O. qui vaudra à plusieurs prêtres ouvriers et travailleurs militants de connaître les horreurs des camps de concentration. A la libération en 1944, il est nommé aumônier général des armées françaises. Au printemps 1945, à la tête des Missions vaticanes, il assiste, aux côtés des troupes alliées, à la libération des camps de la mort. Sa générosité ignore les nationalités et, la même année, dans un contexte difficile, il se préoccupe du sort des prisonniers allemands détenus en France et souffrant de malnutrition. Sa mission auprès des prisonniers prend fin en septembre 1946 par l’organisation à Lourdes d’un pèlerinage qui rassemble 100 000 anciens P.G.

La paix revenue, l’organisation mise sur pied pendant l’occupation pour venir en aide moralement et matériellement aux prisonniers est reconvertie par l’abbé Rodhain en une organisation caritative. C’est ainsi que naît, en 1946, le Secours Catholique. Son fondateur multiplie et diversifie les actions sur le terrain immense, planétaire, de la misère humaine.
- 1953 : aide aux inondés des Pays-Bas ;
- 1959 : assistance aux sinistrés du barrage de Fréjus ;
- 1969 : intervention lors de la famine au Biafra ;
- 1970 : inondations au Bengladesh, pour ne citer que quelques actions d’envergure parmi bien d’autres.

A chaque fois, l’abbé Rodhain est sur le terrain, infatigable, animé de la même foi et de la même générosité qu’à ses débuts. Homme de son temps, il met au service de la charité les moyens du XXème siècle. C’est un organisateur hors-pair qui sait adapter son action à toutes les éventualités : catastrophes naturelles, tremblements de terre, inondations, famines, guerres… Il innove constamment : on lui doit, entre autres, l’idée des microréalisations chères aux organisations non gouvernementales actuelles. En marge des grands plans de développement, il préfère la multiplication des objectifs précis d’ambition modeste mais facilement réalisables avec les moyens locaux : creusement de puits, développement des cultures vivrières, etc…

Dans les années 1960, son rayonnement devient mondial. Il devient prélat de Sa Sainteté en 1960 et participe comme expert aux travaux du Concile du Vatican II. Il est nommé par Jean XXIII président de Caritas Internationalis dont le but est de fédérer les organisations de secours nationaux pour une plus grande efficacité au niveau mondial. En France même, il fonde un certain nombre de cités-secours à Paris et à Lourdes notamment.

D’un abord distant, volontiers cassant, il cachait en fait une grande sensibilité. Chez lui comme chez ses grands modèles de la vie chrétienne, l’action n’avait jamais étouffé la vie mystique. Il a livré dans un certain nombre d’écrits le sens profondément religieux de ses fondations :
- Charité à géométrie variable (1969),
- Toi aussi fais de même : la charité pour aujourd’hui (1980),
- Charité et pastorale d’ensemble (1961).
- Dans Le Développement des peuples (1967), il donne les leçons qu’il a tirées pour son action de l’encyclique Populorum Progression de Paul VI. Malgré ses multiples activités, il revient régulièrement à Remiremont. Il avait une prédilection pour le Saint-Mont et ses pieux anachorètes. En 1953, il est un des principaux promoteurs des fêtes du 13ème centenaire de la mort de saint Romary. C’est à Lourdes, dans la cité-secours qu’il avait fondée, que s’éteint celui que l’on surnomma le Saint Vincent de Paul du XXème siècle.


Bibl. : Colson (Jean) et Klein (Charles).– Ce serviteur des Pauvres, Jean Rodhain (S.O.S., 1977) et Biographie en 2 volumes.
Klein (Charles).– Le Diocèse des barbelés, Fayard, 1973.


[Pierre Heili]

Nouvelle recherche