Charles SCHMIDT

[ Saint-Dié-des-Vosges (88) , 21/10/ 1872 – Sceaux (92) , 06/02/ 1956 ]

inspecteur général

Biographie vosgienne

1956 — Bibliothèque de l’école des chartes

Charles Schmidt

Dans une atmosphère commune, une multitude se recueillait le 9 février 1956, dans l’église luthérienne de Saint-Marcel de Paris, devant le cercueil de Charles Schmidt. Peu d’hommes ont eu le privilège d’éveiller autant de sympathie. Tout attirait en lui, une imperturbable sérénité, une foi vivante, confiante et résolue, la passion de la vérité, un sens inné de la justice, une âme généreuse, indulgente et affectueuse sous les dehors d’un aimable scepticisme.

Petit-fils d’un eminent professeur de la Faculté de théologie protestante de Strasbourg, excellent historien de l’Alsace, Charles Schmidt, né à Saint-Dié en 1872, était entré, après de bonnes études aux lycées Janson de Sailly et Buffon à Paris, puis à la Sorbonne où il acquit la licence, dans une promotion de l’École des chartes qui comprenait toute une pléiade d’esprits distingués : Philippe Lauer, Octave Morel, Charles Porée, son futur successeur à Auxerre, Georges de Manteyer, Bernard Palustre, Germain-Martin et Jules Mathorez.

A sa sortie de l’École, en 1897, après avoir soutenu sa thèse sur Sublet de Noyers, précurseur de Louvois et de Colbert, il fut durant quelques mois le chef de cabinet du préfet du Loiret, Boegner, avant de succéder à Francis Molard comme archiviste du département de l’Yonne. Au cours des deux années qu’il passa à Auxerre, Charles Schmidt témoigna de la plus louable activité, rédigeant une grande partie de deux volumes d’inventaires sommaires de la série H Supplément, consacrée aux commanderies et hôpitaux du diocèse d’Auxerre, une excellente étude sur les origines de l’opinion républicaine dans l’Yonne (1899), préfaçant un inventaire des délibérations du Directoire du département de l’Yonne (1791-1792). Il bataillait pour la construction d’un nouveau dépôt et faisait de gros efforts pour le reclassement et le répertoriage des Archives communales.

En octobre 1899, il était nommé archiviste à la section moderne des Archives nationales ; pendant vingt-sept années, il travailla au classement et au répertoriage des fonds de la Maison du roi O2 (1902) et de l’empereur O3 (1903), à l’État sommaire de F7 Police, aux Répertoires de F14 Travaux publics (1910), de F19 Cultes non catholiques (1922) et de F12 Commerce et Industrie (1921- 1928). En 1905, il avait présenté sa thèse de doctorat sur l’Histoire du Grand Duché de Berg (1806-1813) et le mémoire complémentaire sur La réforme de l’Université impériale en 1811. Il collabora au service éducatif du Musée pédagogique (1900-1902), à des revues comme la Révolution française (1902), à la Revue germanique (1905), à la Revue ďhistoire moderne et contemporaine, dont il fut l’un des fondateurs (1901-1904), au Bibliographe moderne (1899 -1913), à la Revue historique (1907), à la Revue de Paris (1912-1926), à Archives et bibliothèques (1935), à la Revue d’histoire des doctrines économiques et sociales et au Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse (1911).

Il fut un des premiers historiens à se préoccuper des perspectives économiques, multipliant les travaux sur l’évolution de l’industrie depuis la fin du XVIIIe siècle jusqu’au milieu du XIXe ; il fut l’un des pionniers des Comités départementaux pour l’étude des problèmes économiques de la Révolution française et prit une part importante dans la publication des Procès-verbaux des comités d’agriculture, du commerce et de l’industrie des Assemblées révolutionnaires (1910-1912) ; soucieux de faciliter les recherches des historiens, il éditait successivement les Sources de l’histoire d’un département aux Archives nationales (1902), le Fonds de Police générale aux Archives nationales (1902-1903), Les sources de l’histoire de France depuis 1789 aux Archives nationales (1907), les Documents de l’histoire économique du XIXe siècle (1911-1913), les Sources de l’histoire des territoires rhénans dans les archives rhénanes et à Paris (1921), les Archives économiques modernes (1926).

Profondément attaché à l’Alsace, il fut chargé, de 1918 à 1923, de réorganiser les Archives d’Alsace-Lorraine, et il s’appliquait en 1922 à dénoncer les Plans secrets de la politique allemande en Alsace-Lorraine (1915-1916), comme il s’efforça, seize années plus tard, de réunir tous les documents officiels sur la crise de Munich.

Nommé inspecteur général des Archives et des Bibliothèques à la mort d’Alexandre Vidier, en 1928, Charles Schmidt s’acquitta de sa tâche, jusqu’à, sa retraite survenue en 1941, avec un zèle scrupuleux, témoignant de la plus large compréhension de toutes les difficultés qu’il aidait patiemment bibliothécaires et archivistes à résoudre. Il se préoccupa de la diffusion de la lecture publique, de la création de bibliothèques pour enfants, de l’accroissement des instruments de travail : fichiers, répertoires, inventaires, s’appliquant aux fonds révolutionnaires et aux documents de l’histoire administrative, politique et surtout économique de la première moitié du XIXe siècle.

Ses mérites le firent accéder à la présidence de la Société de l’École des chartes, de la Société d’histoire moderne, de la Société de l’histoire de 1848, de l’Association des archivistes français, de la Société de l’histoire du protestantisme français ; au cours des quinze dernières années de sa vie, son activité ne faiblit pas ; il collabore à la Commission des archives diplomatiques du ministère des Affaires étrangères ; tous ceux qui s’intéressent à l’histoire de l’Alsace, à celle de la Réforme, aux études économiques tiennent à le consulter et trouvent en lui un guide clairvoyant et parfaitement informé.

Historien, archiviste, économiste, administrateur, autant de titres qu’il a porté avec distinction dans le seul souci de travailler utilement et sans jamais se départir d’une modestie franche et de bon aloi.


[ M. Baudot , Bibliothèque de l’école des chartes, 1956, tome 114, pp. 338-340 ]

1990 — Dictionnaire des Vosgiens célèbres

SCHMIDT (Charles) , inspecteur général des archives et des bibliothèques, historien
Saint-Dié, 21 octobre 1872 – Sceaux, 6 février 1956


Charles Schmidt est le fils d’une famille alsacienne qui a opté pour la France après l’annexion de l’Alsace et de la Lorraine du Nord à l’Empire allemand. Son père est Charles Paul Schmidt et sa mère Elisa Caroline Herrenschmidt.

À sa sortie de l’École des chartes, il est nommé archiviste dans l’Yonne où il travaille à la rédaction d’inventaire de fonds d’archives et il est immédiatement attiré par la période révolutionnaire, ce qui l’amène à publier Résumés des délibérations du directoire du département de l’Yonne du 29 octobre 1791 au 16 août 1792 (Auxerre, 1899, Documents sur la Révolution, Département de l’Yonne, tome IV) et plusieurs études. Il obtient en 1899 son affectation aux Archives nationales de Paris.

Il devient docteur ès lettres avec une thèse qui est publiée en 1905 : Le Grand-duché de Berg (1806 – 1813), études sur la domination française en Allemagne sous Napoléon 1er.

Nommé membre de la commission centrale de recherche et de publication des documents relatifs à la vie économique de la Révolution, il y déploie une grande activité, notamment avec la publication, faite en collaboration avec F. Gerbaux, des Procès-verbaux des comités d’agriculture et de commerce de la Constituante, de la Législative et de la Convention, cinq volumes, 1906 – 1937 (Collection de documents inédits sur l’histoire économique de la Révolution française).

Sur l’histoire de la Révolution et de l’Empire, il fournit de nombreuses études à la Revue germanique, le Bibliographe moderne, la Revue d’histoire économique et sociale, la Revue d’histoire moderne et contemporaine, la Revue d’histoire des doctrines économiques et sociales, la Révolution française et le Bulletin de la société industrielle de Mulhouse.

Il publie aussi des guides de recherches : Les Sources de l’histoire de la France depuis 1789 aux Archives nationales (Paris, 1907), puis Les Sources de l’histoire des territoires rhénans de 1792 à 1814 dans les archives rhénanes et à Paris (1921).

Ce dernier manuel est l’un des résultats de la mission d’inspection qu’il effectue dans l’Alsace-Lorraine libérée en 1919. Du travail qu’il réalise alors dans les archives d’Alsace et des pays rhénans, il donne aussi des études qui révèlent les projets de l’Empire allemand sur l’Est de la France : Ce qu’ils auraient fait de l’Alsace-Lorraine, Les Plans de germanisation pendant la guerre (Nancy, s.d.), et Les Plans secrets de la politique allemande en Alsace-Lorraine 1915–1918 (Paris, 1922).

Cette mission d’exploration des archives qui lui est confiée en 1919, et qu’il mène à bien, s’inscrit dans le programme de sa nouvelle carrière ; en effet, en 1918, il a été nommé inspecteur général des archives et des bibliothèques. Pour cet archiviste des Archives nationales, les bibliothèques sont un monde nouveau. Il s’y consacre avec application et les articles qu’il donne sur le sujet à la Revue de Paris en 1926 et 1931 montrent qu’il en connaît bien les problèmes. En 1928, il vient inspecter la bibliothèque de sa ville natale, à laquelle il laisse un livre dédicacé en souvenir.

Enfin, cet historien de haut niveau ne dédaigne pas de consacrer à l’éducation primaire beaucoup de son temps. Il rédige pour la série des projections lumineuses du musée pédagogique de la rue d’Ulm plusieurs dizaines de textes d’accompagnement sur des sujets historiques et géographiques.

Retraité en 1938, couvert de titres et de distinctions, il se retire dans sa résidence à Sceaux avec son épouse Julie Eugénie Ensminger.


Bibl. : Renseignements fournis par M. Guy Caplat.
Bulletin de la commission d’histoire économique de la Révolution.
Catalogue général des imprimés de la Bibliothèque Nationale (Liste de ses publications).


[ Albert Ronsin ]

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