1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
SEILLIERE (Nicolas Ernest), industriel
Reims, 1805 – Senones, 8 août 1864
Fils cadet d’Aimé Benoît Seillière, après un séjour industriel en Angleterre, il travaille dans la manufacture de laine dirigée par son père à Reims. Lors du départ de ce dernier pour Senones en 1832, il en assure la direction puis, en 1842, il quitte Reims pour venir reprendre la tête de la manufacture de coton Saint-Maurice à Senones.
Sous son autorité, l’entreprise connaît une expansion rapide : les usines, de Moyenmoutier à Moussey, le long de la rivière le Rabodeau, occupent 30 ha de terrain, abritent 875 métiers avec 32 000 broches et une blanchisserie.
Il travaille à la mise sur pied d’une caisse de retraite pour les ouvriers lorsqu’il meurt brutalement en 1864. L’entreprise passe alors entre les mains de son fils aîné, Edgar Aimé, le second fils Frédéric étant ingénieur.
De 1848 à 1852, il remplace Pierre Eugène Provensal, l’ami de son père, au conseil général des Vosges pour le canton de Senones.
Il avait épousé en 1832 à Charleville Joséphine Guillaume dont il y eut deux fils : Edgar Aimé et Frédéric (voir leurs notices).
Bibl. : Seillière (F.).- Documents pour servir à l’histoire de la Principauté de Salm, préface d’A. Ronsin, p. I-II.
Belhoste (J.-F.) et Rouquette (H.).- La maison Seillière Demachy.- Mayenne (61) : imprimerie Floch, 1987, p. 145-146.
Poull (G.).- L’Industrie textile vosgienne, 1982, p. 216-217.
[
Albert RONSIN
, Les Vosgiens célèbres ]
2003 —
Le Grand livre des élus vosgiens
SEILLIÈRE Ernest (Nicolas)
(13 octobre 1805, Reims, Marne - 8 août 1864, Senones)
• Conseiller général du canton de Senones de 1848 à 1852
• Manufacturier
• Marié, deux enfants
Le mariage célébré à La Broque (commune du département des Vosges jusqu'en 1871) entre Aimé Seillière et Eugénie Heywood, a une influence décisive sur la destinée de la branche aînée des Seillière, qui a suivi jusque-là une voie hésitante, incertaine, sans parvenir vraiment à s'établir dans l'industrie textile. Aimé, le grand-père du jeune marié, a commencé à Reims une carrière de négociant en laines, mais se retire au château de Montaigu à Laneuveville près de Nancy. Aussitôt, il achète en 1786 une charge de garde du corps dans la maison du comte de Provence.
Son fils, élève de l'école militaire de Nancy, passe quelques temps à l'état-major de Desaix, et s'initie à l'industrie au cours d'un voyage en Suisse. Les circonstances l'empêchent de fonder une entreprise durable ; sa filature mécanique de laine, la première installée à Reims en 1812, est incendiée par les Russes en 1814. Sans se décourager, il reconstruit avec une commandite de son cousin François Alexandre. Cependant, les difficultés financières l'obligent à lâcher prise dès 1818. En épousant mademoiselle Heywood, Aimé Seillière fixe, pour un temps du moins, sa famille dans les Vosges et contribue à assurer sa fortune. Son père Benoît-Aimé le rejoint en 1832 et son frère cadet Ernest en 1842.
Aimé Seillière, né à Reims en 1802, est le fils d'Aimé-Benoît Seillière (1776-1860) et de Marie-Victoire Le Louain. Il donne son nom à Eugénie Heywood native de Nancy et de ce mariage naissent deux enfants, Erwin et Blanche. Le père de la jeune mariée, né à Manchester en 1772, est l'un de ces techniciens anglais qui assurent un précieux transfert de technologie en faveur de l'industrie française. Après avoir été interné comme prisonnier de guerre à Montpellier, il s'installe à Bordeaux où il loge avec un concitoyen, James Longworth. Les deux hommes qui se présentent comme manufacturiers épousent le même jour, le 10 novembre 1800, les deux sœurs Duperrier. John Heywood se fixe rapidement dans l'Est et construit à Strasbourg une des premières filatures mécaniques d'Alsace. En novembre 1805, il s'associe avec des bourgeois de Nancy pour acheter les bâtiments de l'abbaye de Senones, vendus naguère comme biens nationaux, et créer la Société de la manufacture Saint-Maurice. Il y met en service, en juillet 1806, la première filature mécanique de coton des Vosges. Alors qu'il est directeur, à la mort de sa femme en juillet 1816, il se retire à la Broque où il a acquis le pavillon de chasse des princes de Salm. Il crée en 1818 à Schirmeck une filature qu'il exploite jusqu'en 1827. Il se lance aussi dans l'aventure du tissage mécanique, mais s'efface rapidement devant son fils Gustave et son gendre Aimé Seillière. Il meurt à La Broque le 8 novembre 1855.
Aimé Seillière, après son apprentissage à Senones dans les années précédant son mariage, s'installe chez son beau-père. En cinq ans, profitant du boom cotonnier des années 1832 à 1837, Seillière et Heywood construisent coup sur coup trois usines : l'une à La Broque, les deux autres en Alsace, à Lutzelhouse et à Muhlbach. Le début de 1841 est marqué par deux catastrophes : l'incendie et la destruction du tissage de Muhlbach et la disparition d'Eugénie Seillière-Heywood le 16 janvier. À cette époque, Aimé Seillière sacrifie beaucoup à son entreprise et mène une vie austère. Il ne possède aucun bien immobilier à titre privé et loge toujours dans la maison de son beau-père. Hormis son activité professionnelle, il ne se laisse guère distraire autrement. Il occupe néanmoins, de 1836 à 1841, la mairie de La Broque et siège au conseil général des Vosges de 1848 à 1852 comme représentant du canton de Schirmeck, ce qui est l'accomplissement normal de son rôle de notable local. Après le décès de son épouse survient le 29 janvier 1849, celui de son unique fils Erwin, à l'âge de dix-sept ans. Quant à sa fille Blanche, elle épouse à La Broque le 21 novembre 1849 un ingénieur civil, Constantin de Régel. De son second mariage à Strasbourg, le 16 février 1844 avec madame veuve Marie Jordy, Aimé Seillière n'a pas d'autres enfants. Il s'éteint à Paris le 20 mai 1852, et son inhumation a lieu à La Broque.
Comme son frère aîné, Ernest Seillière est né à Reims. Avant de venir seconder son père et son frère dans leurs entreprises textiles, il unit sa destinée en 1832 à Charleville, à Joséphine Guillaume. Il devient père de deux enfants : Edgar-Aimé (biographie précédente) et Frédéric. Issu du négoce, Ernest, comme son frère Aimé-Benoît, fait son métier d'industriel en marchand plutôt qu'en technicien. L'un et l'autre connaissent leur dette technologique et savent s'entourer d'ingénieurs compétents. Mais à l'inverse de beaucoup de leurs collègues alsaciens, ils ne savent pas assurer à leur dynastie les fondations solides que constitue une famille nombreuse. Quand son fils Edgar-Aimé décède à l'âge de trente-cinq ans, c'est une catastrophe pour l'avenir industriel de la famille. Frédéric, le second fils, ne souhaite pas consacrer sa vie à l'industrie ; à la sortie de l'École centrale, il préfère se consacrer aux Beaux-Arts, à l'archéologie et à l'histoire. Il faillit même être fusillé par les Allemands en 1870. La région de Senones lui doit la découverte des restes de Dom Calmet et, en grande partie, le monument élevé par souscription à l'illustre bénédictin meusien de Ménil-La-Horgne. Il est également l'auteur de plusieurs notices historiques.
Ernest Seillière comme son fils et son frère, entre au conseil général, succédant au manufacturier, Eugène Provensal. Il s'éteint à Senones le 8 août 1864. Le nom des Seillière disparaît des raisons sociales en Alsace et dans les Vosges, puis de la mémoire collective malgré la puissance du banquier Achille Seillière et la carrière prestigieuse de l'académicien Ernest Seillière.
[
Bertrand MUNIER
, Le Grand livre des élus vosgiens ]