1949 —
La Liberté de l’Est
Pour enrichir la galerie des Portraits vosgiens
Le père Etienne
artiste-peintre... cordonnier
Des articles parus récemment sur le mouvement artistique nous remettent en mémoire des souvenirs que notre ami Blaudez eut l’imprudence d’égrener un jour sans voir le crayon couvrir de griffonnages notre carnet de reporter.
Il s’agissait du père Etienne.
Il avait une échoppe de cordonnerie au pied de la rue d’Ambrail, mais il passait son temps à peindre. Il avait appris tout seul l’aquarelle. Il fut du reste professeur adjoint des cours municipaux de dessin. Il avait fondé aussi le Rapide Club Spinalien.
Le père Etienne débitait des boîtes d’aquarelles, avec la courroie, et tout et tout, pour cent sous. Il discutait volontiers peinture, aussi bien en clouant ses souliers qu’en dégustant son omelette aux champignons arrosée d’un bon litre de rouge.
Sa boutique était un capharnaüm unique, une exposition permanente ; on y trouvait des racines sculptées, des peintures, des pyrogravures, etc. Il élevait des souris blanches, une pie, un corbeau, que sais-je !
Le grand matin, gelât-il à pierre fendre, il mettait dehors le nez, qu’il avait fort aquilin, et partait en campagne avec un petit réchaud à alcool pour réchauffer l’eau, et de la paille plein ses sabots. A ce régime, il finit par attraper une congestion pulmonaire dont il mourut, vers 1910.
Il faisait des études d’oiseaux avec de la suie délayée dans de l’eau, ce qui donnait de vieilles teintes chaudes.
On lui fit un bronze médaillon sur sa tombe, aujourd’hui oubliée dans quelque coin du cimetière.
Il eut un fils directeur de la Manufacture de Sèvres.
Que c’est loin, ce temps-là !
[Jean Bossu, La Liberté de l’Est, 30 août 1949]
2011 —
ecriVosges
ÉTIENNE Auguste Maximilien
Épinal, 28 août 1856 – Epinal, 30 octobre 1910
Peintre, aquarelliste, sculpteur, arts décoratifs.
Ce bottier-cordonnier d’Épinal (il réside au 20 rue d’Ambrail en 1888), artiste autodidacte, est également professeur à l’École de dessin de la ville, lauréat de la Société d’Émulation et membre de la Société des Artistes français.
Il réalise les aquarelles et cuirs repoussés qui ornent le magnifique manuscrit de l’abbé Olivier consacré à Fontenoy-le-Château en 1906 (conservé à la BMI - Bibliothèque intercommunale d’Épinal-Golbey).
Il expose à Épinal en 1888 (Vieux pont du château d’Épinal, aquarelle et Vénus, trois statuettes en poirier) et 1908, à Paris (Salon des Artistes Français, cuirs repoussés).
[Bernard Visse]