2010 —
Vosges Matin
Henriette Remy nous a quittés
Avec la disparition d’Henriette Remy, qui s’est éteinte à Nice à l’âge de 98 ans le 7 juillet, c’est un peu du passé d’Epinal qui s’en est allé. Figure discrète, militante de l’ombre, d’un altruisme que tous lui reconnaissaient, elle aura été un témoin de la vie d’Epinal de presqu’un siècle.
Née à Epinal, elle fut tôt amenée à travailler dur après la séparation de ses parents, devenant seule à subvenir à ses besoins et à ceux de sa mère. Toutes deux habitaient rue Viviani dans la maison que leur avait laissée son père.
Elève au collège Clémenceau, elle suit des cours de secrétariat chez Pigier et commence à travailler à l’agence Havas à Epinal. En 1930, elle rencontre son futur mari, Marcel, employé à La Poste d’Epinal. Ils se marient en 1932. Commence alors une vie commune qui durera 73 ans ! Ils célébreront d’ailleurs leurs noces de platine en mairie d’Epinal en 2002.
Leur vie est marquée par un profond engagement mutuel au service des autres. D’abord en politique lorsqu’en 1936, au moment du Front Populaire, tous deux partent en campagne électorale dans les villages des Vosges. Marcel échouera de peu à la fonction de conseiller départemental socialiste dans la circonscription de Remiremont. Ensuite, aux côtés de son mari et de Pierre Blanck, futur maire d’Epinal, elle participe à la fondation de la fédération Force Ouvrière des Vosges et met ses talents de secrétaire au service de la rédaction du Travailleur Vosgien, que Marcel Remy, Pierre Blanck et Pierre Maimbourg lancent alors.
Toujours avec son mari, elle s’engage alors dans la diffusion et même dans l’enseignement de l’espéranto à Epinal, croyant en la possibilité d’une internationale des bonnes volontés.
Après la guerre, pendant laquelle elle fut séparée de son mari, retenu prisonnier en Allemagne pendant 5 ans, elle travaille à la préfecture dans le service des Pupilles de la Nation, étudiant les cas qu’on lui présente et plaçant les pauvres enfants que la guerre avait rendus orphelins de leurs deux parents.
Elle donne naissance à deux garçons, Michel, actuellement professeur à l’Université de Nice en anglais et Pierre, conducteur de trains et artiste-peintre, décédé en 2000.
En 1959, elle quitte l’administration pour suivre son mari, alors inspecteur des PTT à Epinal, nommé receveur des Postes à Mohon dans les Ardennes. Après un passage à Thaon, où Marcel avait été nommé receveur, elle revient à Epinal à la retraite de son mari, devenant déléguée de l’Education nationale pour les écoles maternelles et participant à la naissance de l’ACA et de la Boîte à films, alors située dans la salle paroissiale de Chantraine, assurant l’archivage des activités des deux associations.
Veuve en 2004, elle perdit alors ce punch qui la caractérisait, regrettant de devoir quitter sa ville natale pour, en 2009, se rapprocher de son fils à Nice où elle s’est éteinte paisiblement.
[Vosges Matin, 14 juillet 2010].