1958 —
La Liberté de l’Est
M. Maurice Garçot,
qui a récemment remporté le grand Prix littéraire de la ville de Nancy
est un enfant d’Epinal
Qui n’a point lu, dans la collection des provinces françaises, le livre En passant par la Lorraine ?
Les Vosges tiennent dans cet ouvrage une place notable, et tout s’explique si l’on sait que son auteur, M. Maurice Garçot - dont le nom vient d’être une fois de plus mis en lumière lors de l’attribution du grand prix littéraire de la ville de Nancy - est un Vosgien de naissance et un vieux Lorrain de race.
Notre compatriote a vu le jour à Epinal, aux alentours de la rue Léopold-Bourg, le 31 mai 1883. Son père, le capitaine Pierre Garçot, était alors officier au 26e de ligne en garnison à Epinal, et était d’origine messine ; sa mère, Marie Catherine Amélie Quanson, était native d’Epinal et parente éloignée des Pellerin.
Elle avait un frère, Gustave Quanson, percepteur à Corcieux, puis à Bains-les-Bains, où le jeune Maurice passa presque toutes ses vacances de lycéen. L’oncle était grand amateur de peinture et lui légua ce goût des arts qui, déclare notre compatriote, reste un des rares plaisirs de sa vieillesse. Il a sa tombe au cimetière de Bains-les-Bains.
Une carrière militaire interrompue
Après avoir achevé ses études au lycée de Nancy, M. Garçot entra en 1903 à Saint-Cyr et devint officier au 160e puis au 168e de ligne, demeurant ainsi dans sa province puisqu’il tint garnison à Toul et à Frouard.
Vint la guerre. Atteint en 1916 par la maladie des tranchées et rudement atteint, il dut abandonner la carrière militaire en 1918. Il se réadapta alors à la vie civile, exerçant de 1924 à 1940 les fonctions de secrétaire administrateur de l’Office d’hygiène sociale, où il contribua notamment à la création du préventorium de Flavigny.
C’est pour se délasser de travaux techniques et arides que M. Garçot se lança dans la carrière des lettres, où il devait brillamment réussir.
Déjà en 1912, il avait fait ses premières armes dans un roman, L’Entrave, publié chez Grasset, qui lui valut à Nancy le prix du Couarail.
Romans et maximes
A l’exemple de Vauvenargues, ainsi que l’a fait remarquer M. Dimoff, président de l’Académie de Stanislas, lors de sa réception, une destinée injuste - rupture de vocation militaire dans les deux cas - l’incita à réfléchir sur le sens de la vie. De là deux recueils de maximes, les Réflexions sur le courage et La Vie, l’Amour et les Femmes, où une sagesse mélancolique se dégage de pensées finement trempées : Si tu veux que la vie te sourie, commence par lui faire bon visage, ou encore Le bonheur ne se mesure bien que de loin, quand il est passé.
Mais, comme l’ajoute M. Dimoff, cette mélancolie n’est pas foncière, et c’est au contraire une gaieté narquoise qui anime le recueil de contes, Gens de Lorraine, parus d’abord de 1935 à 1940 dans Le Messager boîteux de Strasbourg.
Hormis ses articles très avertis de critique artistique dans feu L’Eclair de l’Est de 1929 à 1935, notre compatriote s’est surtout consacré à la littérature lorraine.
A la gloire de la Lorraine
Son livre, Nancy la Ducale, lui valait en 1934 le Prix Erckmann-Chatrian, et l’autre, Nancy, fut luxueusement édité par Arthaud dans la collection Aspects de la France.
Mais son ouvrage capital reste En passant par la Lorraine, magnifique ouvrage illustré par Léon Husson, où, comme nous l’avons dit, les Vosges ont la part belle sans que soient négligées pour autant Metz, Verdun, Nancy ou Lunéville.
La Lorraine y est étudiée en un style alerte, sous son triple aspect de l’histoire, de l’économie zt du tourisme, enfin du folklore.
La Lorraine de M. Maurice Garçot, c’est surtout la Lorraine de son efance. Aussi s’attache-t-il à faire revivre toutes les vieilles coutumes de jadis, donages, trimazos, mais, daillons, tout comme les métiers disparus, schlitteurs, flotteurs de la vallée de la Plaine ou dentellières de Mirecourt. Il est vrai qu’il écrivait son livre au lendemain de la guerre et qu’il ne pouvait alors que formuler des paroles d’espoir : Vous qui passez dans notre province dévastée, ne croyez pas que soient morts pour jamais ces villages et ces hameaux dont il ne reste plus que débris et décombres. Ils revivront. Ils revivent déjà.
Ce livre méritait vraiment les suffrages des universités, bibliothèques et écoles qui en ont fait l’acquisition. Comme l’écrivait le préfacier Belot : Si son texte est documentaire, il a su y mettre une saveur de bergamotte et de mirabelle, une odeur de sapinière.
[Jean Bossu, La Liberté de l’Est, 18 mars 1958]
1969 —
Le Pays lorrain
Maurice Garçot est décédé le 28 juillet 1969 à l’âge de 87 ans. C’était un écrivain comme la Lorraine en a peu compté.
Il avait cependant commencé par la carrière militaire. Gazé en 1914-1918, il dut ensuite abandonner l’armée et se consacra aux lettres.
Il était couriériste à L’Eclair de l’Est et publia de nombreux articles dans le Pays lorrain et la Revue lorraine illustrée. Dès 1912, il publiait son premier roman, L’Entrave, et resta toute sa vie un écrivain psychologue et moraliste, sous les formes littéraires les plus diverses, par exemple des pensées, comme La Vie, l’amour et les femmes (1927, republié en 1958), Réflexions sur le courage où transparaît l’ancien Saint-Cyrien, ou des pièces de théâtre, comme Courrier du coeur (1961).
Il fut toujours intéressé par l’histoire, notamment de la période napoléonienne : il écrivit ainsi le Duel Moreau-Napoléon (1951), un Kléber (1936), un Saint-Elme (1967) et aussi un récit du siège de Sébastopol (1955).
Né d’une mère spinalienne et d’un père messin, son oeuvre la plus connue reste essentiellement lorraine et particulièrement nancéienne, avec En passant par la Lorraine (1946), Gens de Lorrainecontes republiés en un volume en 1947, avec surtout Nancy la Ducale (1932, réédité en 1966), histoire de Nancy très vivante et sans prétention à l’érudition, avec un Nancy de 80 pages (1949) publié chez Arthaud, toujours très recherché.
Enfin, il s’intéressa en particulier à Stanislas Leszcynski (1953) et la La Mort du Téméraire (1961).
Il faudrait ajouter que M. Garçot était naturellement porté vers les arts et se montra toute sa vie un fin critique et un ami des artistes. Il avait eu le grand prix littéraire de la ville de Nancy, était membre de l’Académie de Stanislas, chevalier de la Légion d’honneur, titulaire de la médaille militaire et de la croix de guerre 1914-1918.
[Le Pays Lorrain, 1969, N° 4, p. 141]
1975 —
Terre Lorraine N° 9
Maurice Garçot.- Les maximes que nous allons lire ont été écrites par un excellent écrivain lorrain, Maurice Garçot, qui avait obtenu, en 1934, le Prix Erckmann-Chatrian pour son très beau livre, réédité en 1966 : Nancy la Ducale.
D’abord officier de carrière, le capitaine Garçot avait fait très courageusement la Grande Guerre, qui ruina sa santé, mais lui apporta les matériaux de son remarquable livre de Réflexions sur le courage (s. d.). De santé désormais délicate, il dut changer de métier, devint avocat et écrivain. Entré à l’Académie de Stanislas, dont il fut l’un des membres les plus éminents (et les plus modestes, les plus discrets), il obgtint après la deuxième guerre mondiale le Grand Prix de littérature de la Ville de Nancy pour l’ensemble de son oeuvre. Celle-ci est très variée, ouvrages d’histoires, contes, récits, romans, pièces de théâtre.
Maurice Garçot est un moraliste, selon la meilleure tradition française. Les connaisseurs goûtent beaucoup ses maximes sur La Vie, l’amour, les femmes (1927).
Il est mort en 1969, après une longue et pénible maladie. Presque jusqu’au bout, et soutenu par l’amitié de Paul Dimoff, professeur d’Université, et comme lui membre du Comité Erckmann-Chatrian et de l’Académie de Stanislas, il avait continué à écrire et à publier : Courrier du coeur (1961), une charmante comédie pleine d’intérêt et de fraîcheur, Saint-Elme, Une poule chez les aigles (1967), Gens de Lorraine, six contes.
Nous sommes heureux de rappeler le souvenir de ce grand et charmant Lorrain.
[Terre lorraine, mai 1975, N° 9, signé Albert Schneider].
Suivent trois pages de maximes sur La Vie et Le courage.
1990 —
Dictionnaire des Vosgiens célèbres
GARÇOT (Maurice), homme de lettres
Épinal, 31 mai 1883 - Nancy, 27 juillet 1969
Maurice Garçot est le fils de Pierre Garçot, capitaine au 26° de ligne en garnison à Épinal et de Marie Emilie Quanson. A l’issue de ses études dans cette ville, puis à Nancy, il entre à Saint-Cyr en 1903. Il devient ensuite officier au 160°, puis au 168° de ligne en garnison à Toul et Frouard. Durant la Grande guerre il est gazé. Reconnu grand malade, il est contraint d’abandonner la carrière militaire en 1919. Revenu à la vie civile, il devient notamment secrétaire d’administration de l’Office d’hygiène sociale et il contribue à la création du préventorium de Flavigny-sur-Moselle.
Pendant ce temps, il accomplit une carrière littéraire brillante. Son premier roman L’Entrave paraît en 1912, chez Grasset. Il est couronné a Nancy par le Prix du Couarail. Il publie ensuite deux recueils de maximes : Réflexions sur le courage et La Vie, l’amour et les femmes. Son recueil de contes intitulé Gens de Lorraine paraît de 1935 à 1940, dans le Messager boiteux de Strasbourg. Son ouvrage Nancy la Ducale lui vaut d’obtenir le prix Erckmann-Chatrian en 1934. Son autre livre consacré à la même ville est luxueusement édité chez Arthaud dans la collection Aspects de la France.
Son titre capital reste En passant par la Lorraine. Il obtient à son sujet le Grand prix littéraire de la ville de Nancy en 1958. Devenu membre du comité Erckmann-Chatrian, il publie encore en 1961 La Mort du Téméraire, ouvrage illustré par Michel Jamar. Dans un autre domaine, il devient critique littéraire de L’Éclair de l’Est de 1929 à 1935. Il est apparenté, par son épouse, à la grande famille des Pellerin, imprimeurs des images d’Épinal.
Bibl. : Journal La Liberté de l’Est des 18 mars 1958 et 3 janvier 1962.
[Georges Poull]