Henri Karcher, compagnon de la Libération
SAINT-DIÉ.- Henri Karcher est né à Saint-Dié au début d’un XXe siècle tourmenté par les conflits mondiaux.
C’est au cours du second d’entre eux qu’il écrivit une page d’Histoire.

Pour les cinéphiles, l’homme a le visage et la fougue de Jean-Pierre Cassel dans
Paris brûle-t-il ?. Pour les Déodatiens, le nom d’Henri Karcher n’est attaché qu’à de trop vagues souvenirs... Aussi vagues sans doute que sa tranche de vie déodatienne fut brève...
Henri Karcher est né à Saint-Dié à la faveur d’une affectation de son père Jean-Louis au sein du 3e Bataillon de chasseurs à pied. C’est au 17, de la rue Saint-Eloi que le petit garçon passe les cinq premières années de sa vie aux côtés de sa sœur Anne, d’un an son aînée, qui deviendra médecin anesthésiste. En 1913, la famille Karcher quitte Saint-Dié pour s’installer à Nancy où le père de famille vient d’être nommé capitaine et affecté au 69e RI. Un an plus tard, il est tué lors des combats du Grand Couronné. Une disparition qui contribuera sans doute à donner à Henri Karcher la force de caractère qui était la sienne.
Pour la défense de son pays
Après son baccalauréat, le jeune homme entre à la faculté de médecine de Paris et en 1935, il se spécialise en chirurgie et soutient sa thèse sur la chirurgie abdominale. En janvier 1940, alors qu’il a contracté une grave infection au contact de ses patients et qu’il est
réformé de tout service actif, Henri Karcher décide de prendre une part active dans la défense de son pays qui vient de déclarer la guerre à l’Allemagne. Il intègre le 24e Régiment d’infanterie au sein duquel il est rapidement promu caporal puis admis dans un peloton d’élèves sous-officiers. En juin 1940, il rejoint l’Angleterre et s’engage dans les Forces françaises libres. L’expédition de Dakar, la campagne du Gabon, la Syrie où il sera blessé en juin 1941 à Djebel El Kelb puis la Libye en octobre 1942 et El Alamein où les troupes de Rommel sont repoussées jusqu’en Tunisie.
En mai 1944, Henri Karcher gagne à nouveau l’Angleterre et la 2e DB du général Leclerc. Blessé le 11 août alors que sa division vient de débarquer près de Sainte-Mère-Eglise, il refuse de se laisser évacuer pour prendre part à la charge de la 2e DB sur Paris. Quelques jours plus tard, le 25 août, à la tête de sa section et après une progression le long de la rue de Rivoli et dans le jardin des Tuileries, il entre le premier dans l’Hôtel Meurisse, QG du général allemand von Choltitz qui lui remet ses armes...

Deuxième en partant de la droite, Henri Karcher a reçu la croix de la Libération des mains du général Koenig, le 14 juillet 1946 à Baden-Baden.
Après la libération de Paris, Henri Karcher, aide de camp du général Koenig, reste dans la capitale. En avril 1945, il est promu capitaine et le 17 novembre de la même année, le général de Gaulle lui décerne la croix de la Libération. Démobilisé en juillet 1946, extrêmement marqué par tout ce qu’il vient de vivre, il reprend ses activités chirurgicales et se spécialise en orthopédie. Une spécialité pour laquelle il intervient régulièrement à l’hôpital Bon-Secours de Metz, ce qui lui donne aussi l’occasion de séjourner dans la maison familiale d’Abreschviller où vivent sa mère, Marie, et son beau-père, le général Louis Béjard. Une façon d’amorcer un retour vers l’Est qu’il concrétise tout à fait en étant député de Moselle de 1962 à 1967 et, sur la même période, conseiller général du canton de Sarrebourg. Il fut également membre du conseil municipal d’Abreschviller, village auquel il était très attaché, où il décéda le 31 juillet 1983 et où il repose. A 40 km de Saint-Dié, sa ville natale.
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Vosges Matin, Frédérique MONGEL-BEDEL, 12 août 2014].

Au cœur de Paris, depuis l’an 2000, une place porte le nom du lieutenant Henri Karcher.
Si les grands hommes laissent leur nom dans l’Histoire, c’est parfois au cœur des villes, au gré des rues, des places et des avenues, que le passant prend la mesure de leurs actions...
A Saint-Dié-des-Vosges, la municipalité de David Valence a récemment constitué une commission d’odonymie chargée de laisser à quelques lieux emblématiques le patronyme d’hommes illustres. Au nombre des noms qui figureront bientôt sur le plan de la ville, celui d’Henri Karcher, qui devrait être apposé sur la plaque d’un rond-point afin que tous se souviennent que l’homme est né à Saint-Dié.
Village du sud mosellan où Henri Karcher se retira en 1979, Abreschviller a également donné à l’une de ses places le nom du chirurgien.
Dans la capitale, c’est en 2000 que la Ville de Paris décida d’accoler le nom d’Henri Karcher à celui d’une place du quartier des Halles, dans le premier arrondissement. Quelques kilomètres plus loin, un square accroché aux flancs du cimetière du Père-Lachaise, sur la colline de Ménilmontant, porte son nom.